Petit humain, mais qu'as-tu fait ? Ouvrir ce livre, pris de curiosité ! Quelle grave erreur, car dès maintenant, les contes te garderont pour eux !
La seule manière de t'en sortir, c'est de te battre et survivre. [RPG Survival Conte&Humain]

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 Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte

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MessageSujet: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Ven 10 Mai 2013 - 0:38
Malchance. Destin.
Pile ou face?
Alors qu’Amétysse et Nixie venaient tout juste d’échapper au cirque, voilà que la mauvaise fortune, ou la destinée, ou quoi que ce soit d’autre, venait s’en mêler.
On lui a rien demandé.

Lorsque les deux fugitives atteignirent la fête foraine, Amétysse eut un regain d’espoir. Dans cette foule, le Bourreau aurait beaucoup plus de mal à suivre leur piste. Quand bien même il réussirait à les retrouver, une agression ou un enlèvement ne passerait pas inaperçu, quelqu’un viendrait à leur secours. Elles étaient donc en sécurité, ici. Amétysse estima cependant préférable de s’éloigner du cirque le plus rapidement possible.
A cet instant, un homme masqué, portant haut-de-forme et costume extravagant arriva vers elles, leurs proposant un tour de magie. La jeune fille voulut protester –elles n’avaient pas de temps à perdre– mais l’homme ne leurs avait guère demandé leur avis, les entrainant dans un coin où la foule se faisait moins dense. Sortant une corde, il avait fait tout un entrelacs de nœuds, puis saisit les mains d’Amétysse. Avant qu’elle n’ait eu le temps de comprendre quoi que ce soit ni de se dégager, la corde s’était refermée autour de ses poignets tel un piège. Hébétée, elle tenta de la retirer. Impossible. L’homme masqué lui annonça qu’elle allait devoir le suivre, que sa maitresse voulait la voir.
Leur fuite aura été de courte durée. Etait-ce leur destinée d’être rattrapée par le Tortionnaire? Ou n’était-ce qu’un simple coup de malchance? Pile ou face? Le résultat était le même, la pièce de monnaie était truquée.

Mains entravées, l’homme au haut-de-forme la maintenant fermement, elle se débattit, tenta de se libérer de la corde, trépignant d’inquiétude et de contrariété de s’être faite avoir aussi facilement. Mais quelle cruche! Tu es ridicule!
Une terreur glacée coula dans ses veines, la faisant frissonner des pieds à la tête lorsqu’elle songea à sa compagne d’évasion. Il ne devait pas capturer Nixie, elle avait fait la promesse qu’il ne la récupérerait pas. Elle ne voulait pas que la jeune fille retourne dans sa cage, subissant les supplices auxquels elle venait tout juste d’échapper. Par pitié, non. Avant qu’elle ne hurle à Nixie de s’enfuir, l’homme déclara qu’elle pouvait partir, qu’il n’avait reçu pour ordre que de ramener Amétysse. Sur ce, il entraina la jeune fille en direction du cirque. Elle se tourna vers sa protégée, craignant que son ravisseur ne change d’avis au sujet de l’oiseau évadé comme il l’avait menacé:

«Continue ta route! Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer. Ce fut un plaisir de te rencontrer, Nixie. Nous aurons l’occasion de nous recroiser dans de meilleures circonstances.»

Avec le sourire. Le dernier qu’elle pouvait lui adresser. Pour la peine, il était franc, débordant d’espoir futile.  

Alors qu’elle suivait malgré elle l’inconnu à travers la fête foraine, elle jeta aux badauds  des regards désespérés. Je suis en train de me faire kidnapper, aidez-moi! Appelez les flics, s’il y en a dans ce pays, ou empêchez-le d’aller plus loin, faites quelque chose! Mais tous détournèrent les yeux, ou la regardèrent passer soit avec pitié, soit avec une sorte d’amusement malsain. Même le marchand de confiseries qui avait accepté de lui troquer une pomme d’amour contre de l’antiseptique l’ignora superbement lorsqu’ils passèrent devant son stand. Cette constatation dévasta la jeune fille. Alors qu’elle ne s’était jamais considérée comme particulièrement courageuse, elle avait risqué sa peau, toute seule avec un maillet, pour libérer Nixie. Et là, personne n’allait lui venir en aide, alors qu’ils étaient des dizaines contre un seul homme? Elle pouvait se faire enlever, passer à tabac, tuer sous leurs yeux, sans que personne n’intervienne? Une grimace de chagrin dépité tordit ses lèvres. Sans plus réclamer l’aide de qui que ce soit, elle traina des pieds en s’écorchant les poignets contre la corde, essayant de s’en défaire. Ils quittaient déjà la fête foraine, rejoignant les ombres denses du cirque.

Retrouver les cages-prisons ainsi que leurs occupants lui souleva le cœur. Maintenant qu’elle était pieds et poings liés (enfin, presque) que pourrait-elle faire pour eux? Comment les libérer alors qu’elle était elle-même prisonnière? Il était fort probable qu’elle les rejoigne de l’autre côté des barreaux d’ici peu… Le spectre revint répandre ses lambeaux ectoplasmiques dans son cerveau, l’empêchant de réfléchir correctement.

L’idée de frapper son kidnappeur lui vint à l’esprit, de mettre en pratique ses cours de self-défense, mais la simple idée de lever les poings sur lui dans l’intention de lui faire mal la révulsa. Une solution plus diplomatique était toujours possible. Aussi commença-t-elle à l’agonir d’injures, lui ordonnant de la laisser partir, se débattant afin de se libérer de ses liens. Cela n’eut aucun autre effet que de permettre à Amétysse de chasser son angoisse. Angoisse qui s’imposait malgré tout dans son esprit lorsqu’elle fit le point sur sa situation, telle un papillon étendant ses ailes aux motifs cauchemardesques. Elle avait réussi à s’enfuir avec Nixie alors qu’elle avait cru voir cent fois le Bourreau surgir d’entre les ombres; ce n’était que dans un endroit où elle se croyait en sécurité que cet homme était venu la chercher, la trainant désormais dans l’indifférence générale droit dans les griffes du Tortionnaire.

Foutue malchance. Foutu destin.

Qu’allait-il lui faire subir? Plutôt, qu’allait-elle lui faire subir, le ravisseur avait dit "ma maitresse". Venant d’une personne gardant dans des cages des victimes atrocement mutilée, Amétysse n’avait aucun espoir sur son sort; la délicate invitation sous un haut-de-forme ne lui proposait pas de venir boire le thé.
Au moins, Nixie était sauve. C’était le principal objectif de la soirée, n’est-ce pas?
Tant que Nixie n’avait rien, tant qu’elle ne retournait pas dans cette cage à oiseau tel qu’Amétysse l’avait promis, ce qui lui arrivait après n’avait aucune importance, n’est-ce pas?
N’est-ce pas…?
Qui viendra me sauver? Aurais-je même le temps d’attendre du secours? Ais-je l’espoir d’avoir à patienter dans une cage que vienne mon tour, priant  désespérément pour que quelqu’un, même Satan en personne, vienne me sortir de là avant l’échéance? Ce sort parait, d’un certain côté, tellement enviable. Je ne veux pas que… Ce soir… Pas ce soir… Laissez-moi un peu de répit, quelques jours, quelques heures…  
Voulant échapper à ces pensées, elle redoubla d’énergie dans son exercice d’insultes. Elle ne voulait pas paniquer. Elle ne voulait pas pleurer. Pas maintenant. Alors, elle se montrait indignée, fâchée, cherchant dans la colère un moyen d’évacuer son stress, se demandant si l’homme avait activement aidé sa "maitresse" à s’occuper des torturés dans les cages-prisons, ou s’il n’était qu’une marionnette, comme le mime aux lèvres cousues. Bref, s’il méritait les grossièretés dont elle le couvrait ou si elle ne faisait qu’ajouter à son calvaire. Mais le souvenir de son regard vif derrière le masque, pétillant d’intelligence, lui indiqua qu’il ne s’était pas fait sucer la cervelle par le spectre annihilateur de volonté. Il était conscient et responsable de ses actes. Les injures se firent plus tranchantes.

Elle n’eut cependant peut le loisir d’en dire d’avantage; ce trajet à la fois atrocement long et horriblement court, ce dernier trajet du condamné, venait de prendre fin. L’homme au haut-de-forme, l’esclave volontaire, frappa à la porte d’une roulotte, tenant la jeune fille au bout d'une corde comme on ramène un chien ayant fugué.
Amétysse allait se retrouver face au Tortionnaire. A la Tortionnaire?
Et puis, quelle importance? Peu importe qui la mènerait à sa perte. La chute serait la même, quel que soit le protagoniste.

Saloperie de malchance.
Saloperie de destin.
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Jeu 20 Juin 2013 - 20:50
Hey, a quoi tu joues ce soir ? La roue a tournée, ce n’était pas prévu, un coup de bluff et elle n’a rien vu. Pourtant, elle est maîtresse de son propre jeu, son entourage n’est constitué que de pions et de fous. Une pièce inconnue s’est pourtant invitée sur le plateau et a fait sauter l’engrenage. Tout marchait si bien…trop bien.

Mais pourtant Aurore, si la vie était déjà tracée serais-tu encore toi. La tienne tu la laisse au hasard, elle se joue sur des coups de dé, c’est la seule façon d’échapper à un destin fade et sans surprise. Au fond, elle est contente de trouver un nouveau partenaire, son cavalier va aller le chercher et le jeu durera, jusqu’à ce petit joueur du dimanche soit MAT.

Hey, tu mises quoi ce soir ? Vas-tu perdre ton argent ou ton orgueil ? Le plus terrible c’est que bien souvent il suffit de perdre le premier pour entrainer la perte du second. Mais Aurore est au-dessus de tout ça, on mise plus haut ici. Toi petit pion blanc, petit grain de poussière qui a entrainé la tornade, tu seras toi-même la mise, plus de bluff on joue carte sur table.
La directrice n’était plus d’humeur à dormir, et en attendant que Grey revienne, elle s’était changée, sans doute pour la quatrième fois cette soirée. Une robe comme elle en avait tant, contre une mine sombre, qu’elle avait trop souvent en ce moment. Le destin trichait-il en ce moment ? Pourquoi rien n’allait. Il y avait cet homme, encore lui, qui faisait cavalier seul mais n’hésitait pas à servir toutes les reines qu’il croisait. Et à présent, son petit oiseau, qui avait quitté la tour sans se retourner. Aurore traça un trait noir sous ses yeux, pour rayer les émotions qui perturbaient ses pensées.  A trop miser sur le noir on finit par rester sur le carreau, smile lady, smile, pourquoi se tourmenter alors qu’une folle soirée s’annonce à l’horizon ?

Hey petit pion, tu joues pile ou face ? Que ce soit l’un ou l’autre, tu souffriras quand même. Parfois on a beau vouloir se créer d’autres choix, la vie te conduis à la même finalité. Si tu es trop faible pour te défendre, alors péris entre ses mains. Ses belles mains blanches manucurées. Que vont-elles lui faire ? Oh ça tant de choses possibles qu’on ne sait que choisir. Aurore préfère attendre son adversaire afin d’adapter son jeu à son profil.
Trois petits coups à la porte, les dés sont jetés, Aurore et son invité vont-ils faire la paire ? Surement pas, ceux qui s’approchent trop près ne finissent pour voir trente-six lanternes.
La jeune femme fit claquer ses lèvres l’une contre l’autre afin que son rouge à lèvre s’applique parfaitement. Rouge ? Non noir ce soir, comme son humeur ces derniers temps. Elle est reine de pique, son cœur souffre trop pour qu’il soit joué ce soir. Elle ne le mise plus, surement pas, une fois ça suffit. Derrière elle se trouvait l’insecte, le parasite…la…petite souris ?! Oui juste une vilaine et frêle petite souris, bien la peine de se mettre dans tous ces états.
Aurore lui tournait le dos, et finissait de s’admirer dans son fragment de miroir, épiant l’invité dans le reflet. Une brunette, bien trop jeunette pour causer autant de remous, et pourtant…Tu caches bien ton jeu ma puce. Mais à la voir ainsi, poings liés, démunie, il n’y avait rien de plus risible, ce sont toujours les enfants qui font des bêtises, comme laisser la porte d’une cage à oiseau ouverte. La jeune femme laissa échapper un rire cristallin puis dans une envolée de volants et de tissu, se tourna d’un bond face à son invitée dont elle éleva le menton près de l’unique chandelle de la roulotte. RI-DI-CU-LE.
Un sourire mauvais tordit le visage de la directrice qui lâcha son invitée pour retourner s’assoir près de sa coiffeuse. Un rire encore dans la voix, elle lui adressa enfin la parole…enfin c’était plutôt une phrase lâchée pour elle-même.
 
-Ah ah ah, une souris ! On retourne la terre pour une souris ! Les rats on les écrase, les chiens on les égorge, et les porcs je n’en parle même pas. Mais une souris, que fait-on au souris tu le sais toi ?
 
Elle jeta ses prunelles bleues pétillantes, dans les yeux apeurés de la jeune fille. Elle n’obtint pas de réponse immédiate. Pour le tac au tac tu repasseras, le jeu de ce soir c’est le roi du silence…
 
-Marre de n’avoir affaire qu’à des zéros, vais-je seulement un jour tirer un bon numéro ? Une bonne carte qui ne se déchire pas quand le jeu commence ? Mais non tu n’es qu’une souris ! –Elle haussa le ton- Et qu’est-ce qu’on fait aux souris  qui veulent s’envoler avec les oiseaux ?!
 
Sur ces derniers mots elle avait fait claquer son talon aiguille sur le plancher. Une pointe tentant de briser le mutisme de la prisonnière. Si je ne te tire pas des mots ce seront des cris. Et que l’on joue pile ou face, dans tous les cas tu resteras sur le carreau.
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Jeu 4 Juil 2013 - 22:13
Lorsque la porte de la roulotte s’ouvrit, Amétysse se surprit à fermer puérilement les yeux, cherchant à retarder le moment où le danger se matérialiserait devant elle. Mais ne pas voir le danger ne l’empêchait pas de fondre sur vous… la perspective d’une attaque surprise la terrifia d’avantage, lui faisant ouvrir les paupières en un déclic.
L’intérieur de la roulotte était éclairé d’une lumière faible, tamisée. Amplement suffisante. Devant une antique coiffeuse au miroir brisé, une femme était assise. Depuis sa position, Amétysse ne voyait que les cheveux roses qui cascadaient dans son dos. Roses…?
Allons Tyss, ne t’arrête pas sur des détails aussi futiles.

Elle tressaillit lorsqu’un rire emplit la petite pièce, un rire féminin et étrangement agréable à entendre. La femme se retourna; dans ce mouvement, les envolées de tissus de sa robe firent vaciller la flamme de la bougie. Elle saisit le menton d’Amétysse afin d’observer son visage à la lueur tremblante; ce geste permit également à la jeune fille de voir les traits de la Tortionnaire.
Elle était magnifique. Une femme superbe, sans contradiction possible, malgré l’extravagance de ses cheveux roses. Les yeux bleus qu’elle planta dans les siens étaient superbes. Comme s’il pouvait y avoir une imperfection sur ce visage… Pourtant, les lèvres maquillées de noir s’étirèrent en un semblant de sourire inquiétant, qui embellit les traits de la femme d’une glaçante cruauté, affreuse. Cheveux roses, lèvres noires… cela lui rappelait en écho indistinct les rayures du chapiteau. Une toile tendue, attirante, derrière laquelle se jouait un spectacle macabre. La Reine de ce cirque en était le plus fidèle reflet.
Elle lâcha le menton de la jeune fille pour retourner s’installer à sa place initiale, près du miroir brisé. Nouveau rire, puis des paroles enfin.  

-Ah ah ah, une souris! On retourne la terre pour une souris! Les rats on les écrase, les chiens on les égorge, et les porcs je n’en parle même pas. Mais une souris, que fait-on au souris tu le sais toi?

Et dire que Lunari l’avait déjà menacée de l’égorger comme un cochon… cela commençait à devenir une habitude. Amétysse chercha du sens à ces phrases; la jeune femme attendait-elle réellement une réponse de sa part? Quelle était cette histoire de souris? Etait-ce le nom par lequel elle la désignait, tout comme Amétysse l’avait surnommée la Tortionnaire, le Bourreau?
La jeune femme la considéra de ses iris bleus, attendant visiblement une réplique qu’Amétysse ne fut pas en mesure de lui apporter. Sa gorge était nouée, le spectre l’empêchait encore de réfléchir correctement.

-Marre de n’avoir affaire qu’à des zéros, vais-je seulement un jour tirer un bon numéro? Une bonne carte qui ne se déchire pas quand le jeu commence? Mais non tu n’es qu’une souris! Et qu’est-ce qu’on fait aux souris  qui veulent s’envoler avec les oiseaux?!

Sur la dernière phrase, Amétysse rentra malgré elle la tête entre ses épaules. Le coup de talon qui la ponctua la fit une fois encore sursauter. Elle avait la vague impression d’être une gamine qui songeait, alors que sa mère découvrait qu’elle avait renversé la grenadine sur le beau canapé blanc tout neuf, «Qu’est-ce que je vais me prendre…!»
Si seulement il ne s’agissait que de cela…
Elle comprenait difficilement les premiers mots, ceux à propos des zéros, des cartes qui se déchirent. Elle devait surtout se concentrer sur la dernière question, qui de toute évidence attendait une réponse, immédiate si possible.
Reprend-toi, espèce d’idiote! Tu joues ta peau!

Amétysse prit une profonde inspiration. Chasser le spectre. Se calmer. Afficher un semblant de sang-froid. Faire reculer tous ces sentiments qui se mélangeaient sous son crâne; angoisse, terreur, et surtout cette foutue haine envers la Tortionnaire qu’elle ne voulait surtout pas ressentir.
La jeune fille releva les yeux vers son Bourreau, prunelles vertes contre prunelles bleues, à la lueur de la flamme redevenue parfaitement droite et immobile. Elle avait presque l’air sûre d’elle.

«Eh bien… Sans doute la laisser tranquille. L’oiseau qui pouvait lui donner des ailes est déjà parti. Après tout, une souris qui tente de s’envoler finira tôt ou tard par s’écraser. Ce n’est pas la peine de précipiter sa chute.»


Sa voix n’avait pas tremblée, c’était un bon point.  Désormais, un dilemme s’imposait à elle.
Pile ou face? L’agonir d’injure tout de suite pour lui remettre les idées en place, ou essayer de discuter, de trouver une voie diplomatique autre que celle utilisée avec l’homme masqué?
Face. Beaucoup plus prudent.

«Par contre je ne suis pas vraiment une souris… Je m’appelle Amétysse, ou Tyss, si tu préfères. Et toi?»

Depuis que son esprit avait opté pour la solution «copinage», cette approche amicale était sincère. C’était la première fois qu’elle se trouvait face à un être ayant commis autant d’atrocités, elle tenait à connaitre ses motivations, comprendre ce qui l’avait poussé à agir de la sorte. Etait-ce dû à une souffrance intérieure, pouvait-elle l’alléger? Oui, la jeune fille en voulait énormément à la Tortionnaire, mais dans l’immédiat elle voulait connaitre la femme aux cheveux roses. On peut trouver un terrain d’entente, pas vrai?  

«Dis, tu veux bien me détacher? C’est pas comme si j’allais me barrer.»

La corde commençait réellement à la gêner, elle n’aimait pas être limitée dans ses mouvements et ses poignets étaient irrités. Que d’espoir.
Pile ou face, belle demoiselle? Rose ou noir? Vas-tu entrer dans mon jeu ou m’entrainer dans le tien?
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Jeu 25 Juil 2013 - 20:07
Hey, vas-y souffle à fond, puis retiens ta respiration jusqu’à ce que les dés s’immobilisent. Acculée comme tu es, tu ne crois sans doute plus au double-six, pourtant il peut arriver. Mène bien ta barque et elle te portera loin, jusqu’à ce que je te rattrape et te fasse couler pour de bon.

Plus d’échauffement, on passe au face à face, enfin, les yeux verts sortent du bois de l’effroi pour oser affronter le ciel bleu. C’est bien Aurore n’aura pas à aller la chercher par la peau du dos, quand les proies se montrent d’elles même, cela facilite grandement les choses. Mieux, quand les victimes choisissent de se rebeller, on obtient enfin une partie intéressante. Que voulez-vous, jouer avec des spectres manque cruellement d’entrain, ils ne cherchent même pas à bluffer et attendent que la partie se termine. Mais toi petite souris, tu oses prendre les cartes en main et même tenter de bluffer celle qui te fait face. Joli coup, c’est bien continue sur cette lancée. Qu’as-tu à dire ?
                                                               
-Eh bien… Sans doute la laisser tranquille. L’oiseau qui pouvait lui donner des ailes est déjà parti. Après tout, une souris qui tente de s’envoler finira tôt ou tard par s’écraser. Ce n’est pas la peine de précipiter sa chute.
 
Ah c’est vrai, la pauvre petite souris devrait s’en aller comme à son habitude, le museau au vent, fière d’avoir accomplis son action. Mais lorsque l’on vole la proie d’un chat, il n’a plus rien à se mettre sous la dent, et il ne reste que le rongeur pour le rassasier. C’est bien connu que les félins aiment jouer avec leur victime. C’est pour cela que tu es toujours en vie d’ailleurs.
Hey, on lui accorde un demi-point ? C’est vrai que c’est une jolie plaidoirie, le lancer est franc et plutôt bien placé, c’est juste dommage que le maître de la partie doive gagner à chaque fois, sinon il n’y aura plus de jeux, et qu’est-ce que l’on s’ennuierait dans nos petites routines.
Silence, la voix fluette veut rejouer…
 
-Par contre je ne suis pas vraiment une souris… Je m’appelle Amétysse, ou Tyss, si tu préfères. Et toi?
 
Aurore cessa de tourner ses mèches de cheveux en entendant cela. Jusqu’à présent, elle n’avait cessé de regarder sa proie de haut, l’air hautain et désintéressé. Elle n’avait pu empêcher un sourire de naitre sur ses lèvres lors de la plaidoirie de la jeune fille. Mais là, cette dernière carte lancée en ultime recourt, la jeune femme ne l’avait pas vu venir. Un atout gardé au plus profond de sa poche, la franche sympathie.
 
-Dis, tu veux bien me détacher? C’est pas comme si j’allais me barrer.


Et elle en rajoute en plus, d’accord on ajouter aussi la carte de l’effronterie. Une joli paire, c’est si rare de les voir réunies ainsi, mais très plaisant. Aurore lève un sourcil et considère la pauvre chose à ses pieds avec un nouvel œil.
Hey ! Est-ce toi qui rentres dans mon jeu ou moi qui vient dans le tien ? On va remettre l’échiquier en place…
La directrice considéra la jeune fille pleine d’espoir, un instant elle eut envie de la détacher pour voir ce qui allait suivre, mais la tentation de voiler se visage d’un sentiment de déception était trop tentant. Elle lui répondit par un sourire, puis tourna les talons en lui jetant un vulgaire « non » à la figure.
Elle retourna s’assoir à sa coiffeuse et attrapa un vernis à ongle contenu dans une fiole. Produit si rare ici. Le pinceau caressait doucement la surface rose et lisse au bout des doigts de la jeune femme, elle préparait son prochain coup.
 
-Les souris ont l’habitude de pénétrer dans les moindres recoins pour tout saccager, je ne veux pas que l’on me brise mes affaires une deuxième fois.
 
L’image du cadenas brisé s’imposa dans l’esprit d’Aurore, à ce moment le pinceau s’étala sur l’ongle sous la pression exercée par la main de la jeune femme, qui se contractait de rage.
Hey, la soirée n’est pas avancée, on est bien toutes les deux, faisons durer le jeu, et pourquoi pas tenter de percer celui de l’adversaire ?
La directrice soupira, après tout pourquoi pas, jusqu’à quelle point ce petit pion est-il stupide ? Changement de couleur, on repeint tout en blanc. Voyons si l’adversaire remarque la tricherie.
Reprenant son ouvrage l’air apaisé elle lui répondit enfin :
 
-Tu sais Tyss je ne veux pas tout ça…vraiment…mais avec le temps je me suis résignée, c’est mon destin de lui obéir, je ne peux rien contre lui.
 
Aurore prit un air affligée :
 
-Je sais bien qu’il m’exploite, mais il prend soin de moi aussi, il m’a conçue telle que je suis, mon bourreau mais aussi mon sauveur… Je dois donc me montrer répressive envers des gens comme toi, même si dans le fond tu es une fille sympathique.
 
Tsss, jouer le rôle d’une victime c’était plaisant aussi. Se plaindre de ses petits tracas, c’est misérable mais dans le fond elles doivent trouver ça agréable. Tout au long de son petit discours, la jeune femme se constituait un masque de tragédie, dans un jeu de chandelle et de vernis, entre regard désolé et comprimé entre deux envies.
 
-Je dois le faire…
 
Elle imita un sourire sadique sans entrain.
 
-Mais personne ne peut m’aider. Tout ce que je peux faire pour toi, c’est répondre à ta question.
 
La directrice regarda la brune droit dans les yeux, sincérité non feinte puisque la phrase qui allait être prononcé était la seule qui n’était pas un mensonge :
 
-Je m’appelle Aurore.
 
Hey, tu choisis quel côté maintenant ?
Piles tu mords à l’hameçon.
Face, c’est moi qui te mords.
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Jeu 29 Aoû 2013 - 23:07
Attente. Douloureux supplice du condamné sur la sellette. Son avenir, ou la fin de son avenir, entre les mains d’une inconnue. Son futur se jouant sur une simple décision qui ne lui appartenait pas. Pile ou face?
La jeune femme sourit à Amétysse, qui ne sût si elle devait en être rassurée ou non. Non. La Tortionnaire lui tourna le dos, tourbillonnant gracieusement sur ses talons hauts, et refusa de lui détacher les mains en un seul mot hautain. Une fois encore, la flamme de la bougie vacilla sous les envolées de tissus. Qu’est-ce que la jeune fille attendait? Elle se doutait tellement de ce refus qu’elle n’en fut qu’à peine déçue.

La belle demoiselle s’installa devant la coiffeuse. Amétysse se demanda si elle pouvait s’assoir sur le lit, ou à même le sol; cette pensée ne fit que l’effleurer. Dans la situation actuelle, elle aurait été incapable de rester sur son séant plus de quelques secondes. Se mordillant les lèvres, elle regarda la jeune femme appliquer du vernis sur ses ongles. Bien sûr, après ça te dirait de faire des soins pour le visage? C’est sympa comme soirée pyjama entre copines, j’adore l’ambiance «roulotte». Le vernis était rose cependant, Amétysse devait-elle y voir un bon présage? Pile ou face, rose ou noir, jolie demoiselle ou Bourreau?
 
-Les souris ont l’habitude de pénétrer dans les moindres recoins pour tout saccager, je ne veux pas que l’on me brise mes affaires une deuxième fois.

Ses ongles se paraient de rose, mais ses lèvres n’en étaient pas moins maquillées de noir. La jeune fille voulu se justifier –était-elle censée s’excuser? Question intéressante– mais la demoiselle reprit la parole.
                                                      
-Tu sais Tyss je ne veux pas tout ça… vraiment… mais avec le temps je me suis résignée, c’est mon destin de lui obéir, je ne peux rien contre lui.

«Tyss»? C’était un bon point, non…?                                      
«Lui» obéir? «Lui» qui? Décidemment, ce fichu Destin avait décidé de faire des siennes. La pièce de monnaie fictive tomba sur face, Amétysse décida de croire au hasard; il était tellement moins contraignant…
 
-Je sais bien qu’il m’exploite, mais il prend soin de moi aussi, il m’a conçue telle que je suis, mon bourreau mais aussi mon sauveur… Je dois donc me montrer répressive envers des gens comme toi, même si dans le fond tu es une fille sympathique.

Un Bourreau au-dessus de la Tortionnaire? L’affaire se compliquait. La jeune femme serait-elle une autre esclave volontaire, comme le roux au haut-de-forme? Difficile à croire. Elle avait beaucoup trop de charisme pour être à la botte de qui que ce soit, mais Amétysse pouvait reconnaitre que la peur brouillait son jugement, lui faisant peut être paraitre la demoiselle plus impressionnante encore.

-Je dois le faire...

Evidemment. L’homme de l’ombre te manipule, tu n’es que le jouet du destin. Arrête-ça. Je ne sais pas si tu mens ou non, dans tous les cas c’est insupportable. La jeune fille ne savait si la demoiselle lui disait la vérité, si son expression tourmentée était feinte. Elle avait envie d’y croire. Croire que celle qui lui faisait face n’était pas corrompue par la cruauté jusqu’à l’os.
La jeune femme sourit d’une manière étrange, comme si elle tentait d’avoir l’air méchante sans y parvenir, faute d’envie, de fatigue.
 
-Mais personne ne peut m’aider. Tout ce que je peux faire pour toi, c’est répondre à ta question.
 
Les yeux bleus se plantèrent dans ceux d’Amétysse, qui n’osa détourner le regard.
 
 -Je m’appelle Aurore.

Aurore… Un bien joli nom pour une bien jolie femme, la frontière entre le noir de la nuit et le ciel rosé du matin. Un nom court, difficile de le contracter en un surnom affectueux. De toute manière, Amétysse n’avait pas envie de lui en attribuer un.
 
La tirade d’Aurore semblait avoir pris fin, fallait-il lui donner la réplique? Amétysse s’interrogea sur le rôle qu’elle devait prendre. La demoiselle espérait sans doute une attitude compréhensive, que l’on voit enfin la femme manipulée derrière la Tortionnaire. La jeune fille s’en sentie incapable. Même si l’objectif principal restait de sauver sa peau, sa situation ne pouvait être pire; aussi se permit-elle de dire le fond de sa pensée. Une vague de colère fit vibrer sa voix, un peu trop forte dans l’étroite roulotte.  
 
«Bien sûr que tu peux faire quelque chose contre lui! Ne te comporte pas comme une conne, tu vaux mieux que ça. Tu es loin des misérables marionnettes que tu as créées, incapables de s’enfuir même quand elles en ont l’opportunité.»
 
Elle baissa le ton, une fois encore contrariée de s’être emportée; le ton seulement, ses yeux restèrent posés sur son interlocutrice.
 
«Mais s’il t’as fait souffrir, j’en suis sincèrement désolée…»
 
Amétysse marqua une pause, le temps de réfléchir à ce qu’elle allait dire ensuite, cherchant une tournure de phrase qui ne rende pas sa tirade hypocrite. Elle abandonna, laissant venir les mots tels quels.

«Tu prétends que personne ne peut t’aider… je veux bien essayer. Tout ce que tu as fait me semble ignoble, et ce qui m’attend n’a pas franchement l’air réjouissant, mais j’aimerais comprendre. Tu veux bien m’expliquer, Aurore? Pourquoi ce cirque est… tel qu’il est? Si tu le souhaite, si mon aide t’es d’une quelconque utilité, on peut mettre fin à tout cela, te sortir des griffes de cette personne qui te fais du mal. 
Ça ressemble vraiment à une minable plaidoirie d’une prisonnière pour rester en vie, et ce n’est pas totalement faux. Mais au-delà, j’aimerais vraiment, vraiment que ces horreurs cessent, que plus personne ne souffre. Y compris toi, Aurore. Même si ce «il» n’existe pas –qu’est-ce que j’en sais?– quelque chose d’autre te tourmente.»
  

Il n’y avait plus qu’à attendre. Attendre. Douloureux supplice du condamné. Pile ou face? Aurore déciderait-elle de se laisser manipuler par le destin sous les traits d’un Bourreau, ou se laisserait-elle aller au hasard, acceptant la main tendue d’Amétysse? Noir ou rose?
Fait comme tu veux. Mes mains sont liées, je suis précipitée entre les tiennes, fraichement manucurées. Remarque, tu ne peux pas me faire de mal tout de suite, le vernis n’a pas encore eu le temps de sécher…
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Dim 22 Sep 2013 - 22:36
Hey ? Alors qu’est-ce qu’il y a ? La roue va trop vite pour toi, où bien ton jeu est trop confus. Tu ne sais pas si le dernier coup est du bluff ou bien la stricte vérité. Rouge ou noir ? En l’occurrence c’est plutôt de rose que se teinte la soirée, alors aurore radieuse, ou sombre nuit à fendre la lumière de la lune ? Tu as les cartes en main, c’est à toi de voir. Elle hésite, cela se voit, son cœur balance entre un idéal qu’elle aimerait croire, et une idée refoulée, qui la fait frémir.
Hey, faites vos jeux ! Ce sera rouge pour la brune. Assez, elle est à bout. Le bluff, c’est assez, les pirouettes et les faux-semblants ça ne prend plus. Finit de jouer, finit de rire, finit le vernis, finit de tout. La jeune fille s’emporte dans une tirade de colère, tandis qu’Aurore indifférente regarde son vernis sécher lentement.

-Bien sûr que tu peux faire quelque chose contre lui! Ne te comporte pas comme une conne, tu vaux mieux que ça. Tu es loin des misérables marionnettes que tu as créées, incapables de s’enfuir même quand elles en ont l’opportunité.

La dernière marionnette avait eu l’occasion de s’échapper c’est vrai. Celles-là, si personne ne casse leurs fils, elles continuent de prendre la poussière dans les cages et les roulottes. Inconsciente qu’il y a un monde au-delà de la toile rayée, laissant la directrice manipuler leurs ficelles, jusqu’à qu’elles cassent le mince fil de vie qui les retiens sur terre. Se rappeler qu’elle pouvait manipuler des existences était bien plus agréable pour Aurore que de s’entendre insultée de… « Conne » ? Ah ah, des insultes, la jeune femme était à des lieux de cela. Perdue dans les délices d’une vie où ce genre de mots ne pouvaient plus l’atteindre. La puissance attire les convoitises et forcément le bas vocabulaire.

Amétysse  se rendit sans doute compte que ses mots n’étaient pas corrects et s’arrêta. Dommage, c’était était drôle. Mais bon, il fallait bien cesser à un moment. Le dé s’immobilise, il est cassé. Pourtant les jetons pleuvent sur le tapis, et se mêlent à un flux de paroles qui semblent ne plus pouvoir s’arrêter.
Hey, ça y est ? Tu as réussi à aligner trois pensées claires ensembles ? Jackpot ! Mais que peut-on retenir de tout cela, quelles sont les bonnes cartes qu’Aurore peut garder en main pour le prochain tour ? Il faut analyser chaque figures, et tournures de phrase pour se décider, et jouer en conséquence.

-Tu prétends que personne ne peut t’aider… je veux bien essayer. Tout ce que tu as fait me semble ignoble, et ce qui m’attend n’a pas franchement l’air réjouissant, mais j’aimerais comprendre.

Tapis ! Ces cartes ne valent rien… « Aider ? » « Comprendre ? »Hypocrisie…perdu, mais tu peux rejouer, après tout c’est la première fois que tu prends autant de risques, depuis que tu es dans cette roulotte. On efface tout et on recommence, qu’à tu d’autre à dire par la défense d’Aurore.

-Tu veux bien m’expliquer, Aurore? Pourquoi ce cirque est… tel qu’il est? Si tu le souhaite, si mon aide t’es d’une quelconque utilité, on peut mettre fin à tout cela, te sortir des griffes de cette personne qui te fais du mal.

Encore une mauvaise pioche, fais attention, l’adversaire en face perd patience. Mais la stratégie n’est pas mauvaise pour autant. Il faut gagner du temps, pour que l’étalement rose sur les ongles ai le temps de sécher, avant qu’ils griffes pour de bon.

-Ça ressemble vraiment à une minable plaidoirie d’une prisonnière pour rester en vie, et ce n’est pas totalement faux.

On l’avait constaté…pas besoin d’être un as du poker pour le deviner. La lame du couteau dépassant d’une trousse au bord de la coiffeuse, commençait à faire de l’œil à la demoiselle rose. Le brillant de la lame était de plus en plus attirant, et il était de plus en plus tentant de s’en servir, plutôt que de ramasser les petites mises que l’on offrait en face.

-Mais au-delà, j’aimerais vraiment, vraiment que ces horreurs cessent, que plus personne ne souffre. Y compris toi, Aurore. Même si ce «il» n’existe pas –qu’est-ce que j’en sais? – quelque chose d’autre te tourmente.»

Il n’y avait plus rien à espérer de cette bouche, visiblement incapable de sortir un jeu correct. Les débuts avaient été bons, mais à présent la partie reprenait un horrible goût de déjà vu, de futilité, et surtout d’hypocrisie. On ne se moque pas de celle qui contrôle les clowns. Tandis qu’Amétysse abattait ses dernières cartes, la main, encore humide de vernis s’approchait de la lame. Au début ce ne fut qu’une caresse rapide, et les choses finirent par se concrétiser. Une éraflure sur la surface lisse et rose, en sacrifice et le spectacle peut commencer.

Le plancher eu juste le temps de lancer un grincement d’avertissement, sous la pression des talons de Aurore qui l’a propulsèrent, couteau en main sur la brune. La pointe de la lame disparut complètement dans la porte en bois, le coup résonna longtemps dans la nuit silencieuse, comme un gong, comme une sonnette d’alarme, semblant même couvrir le bruit de chute de la jeune fille.
Dans son élan, la jeune femme avait poussé Amétysse tellement fort, que déjà déséquilibrée par ses mains liées, elle n’avait pu se rattraper et avait naturellement chuté. La position que voulait Aurore alors qu’elle avait planté son couteau juste à côté des tempes brunes de la pauvre fille. La directrice était littéralement sur elle, le manche de l’arme encore dans la main, pouvait être délogé facilement pour enchainer les coups. La voix complètement déréglée par le rire de folie qui lui montait dans la gorge, Aurore se fit un plaisir d’abattre à son tour ses propres cartes. Un jeu constitué entièrement de pique. Et à chaque phrase elle ponctua les points par des coups répété dans le bois de la pauvre porte, qui ne pouvait que mugir sous les vas et viens de la lame.

-Alors tu veux m’aider ?
CLANG !
-Tu vois peut être claire dans mon jeu…
CLANG !
-Mais en ce qui concerne la vie, tu es complètement aveugle !
CLANG !
-Alors tout le monde peut être sauvé selon toi ?
CLANG !
-Tu va vite voir que je suis irrécupérable !
CLANG !

-Parce que….
Silence…

Aurore se redresse et laissa tomber le couteau à terre, juste à côté de la jeune fille. Légèrement chancelante après ce petit instant d’émotion, elle reprit son souffle tandis qu’elle se dirigeait vers le coffre qui renfermait ce qui la « tourmentait ». La jeune femme eu un regard de dédain pour cette chose de toute façon endormis sous une pile de vêtement, et se tourna vers la brune  à terre. Le beau visage blanc se tordit comme tout à l’heure, sous le poids du rictus malsain qu’il l’habitait si souvent durant ses coups d’éclat. Les yeux pétillaient, derrière un rideau de noirceur, et le sourire se voulait mauvais mais en même temps amusé, et offrait ainsi un horrible tableau cassé entre deux émotions.
HeyHEY, tu veux encore jouer ?! Dis oui ! Dis oui…

-Parce que…

Parce que moi je m’amuse comme une folle.

-Parce que j’adore faire ce que je fais ! Si tu savais, la sensation que me procurent leurs souffrances. Les voir se tordre sous les lames et supplier encore, perdre peu à peu ce physique lisse dont ils étaient si fiers. Creuser à coup de ciseaux, pour tailler enfin le vrai reflet de leurs âme, ça…CA, tu ne peux pas le comprendre hein ?! Pitoyable et minable que tu  es ! Aveuglée par des idées stupides, c’est… AHAHAHAHAHAHAHAH, si risible…Que peux-tu me faire ?!

Les derniers mots se perdirent dans les éclats de rire cristallins, souillés par toute la noirceur des propos précédents. Envahit par la vague d’excitation, Aurore ne regardait même plus la prisonnière, qui pouvait pourtant s’emparer du couteau et fondre à son tour sur la belle et horrible femme.
Hey, je t’ai piqué cette fois, vas-tu faire de même, ou bien te contenter de rejouer encore à la dame de cœur ? Tu n’as plus de trèfles, toutes tes chances sont déjà passées, gare à ce que tu feras, une seule mauvaise pioche et tu finiras sur le carreau, encore…
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Mar 24 Sep 2013 - 23:30
L’attente ne fut pas longue, au final. Sans doute pas assez. Amétysse eu à peine le temps de voir la réaction fulgurante de la Tortionnaire. Quelques signes avant-coureurs cependant, le claquement sec d’un talon haut frappant le plancher, la flamme de la chandelle qui vacille sous un brusque courant d’air. Une main dont les ongles luisaient d’un vernis encore humide projeta durement Amétysse en arrière. La jeune fille perdit l’équilibre, ses mains liées ne lui permirent ni de le rétablir ni d’amortir sa chute; son dos et l’arrière de son crâne heurtèrent violemment la porte de la roulotte avec un bruit sourd, moins impressionnant cependant que celui de la lame s’enfonçant dans le bois à moins de cinq centimètres de son oreille.
Elle voulut se relever, mais l’étourdissement du choc, ainsi que le poids de la femme qui la maintenait à terre l’en empêchèrent. Le visage d’Aurore était tout près du sien, ses traits superbes déformés de cette folie qui l’embellissait de cruauté, si belle et monstrueuse à la fois. Les lèvres noires s’écartèrent pour laisser échapper un rire affreux, un rire fou, terrifiant sur cette voix de soie rose.  
 
"Alors tu veux m’aider? Tu vois peut être claire dans mon jeu… Mais en ce qui concerne la vie, tu es complètement aveugle! Alors tout le monde peut être sauvé selon toi? Tu vas vite voir que je suis irrécupérable! Parce que…."
 
Chaque phrase était ponctuée par le son mat du couteau se plantant dans la porte, dont les mouvements répétés faisaient voleter les cheveux d’Amétysse et gémir le bois comme un animal blessé. Les yeux de la jeune fille se fermaient instinctivement à chaque coup, craignant sans doute de voir le prochain s’abattre sur elle. A chaque phrase prononcée par Aurore, une réponse lui venait à l’esprit, impossible cependant à formuler, tant par leur inutilité que par la paralysie totale que la peur lui infligeait. Oui je veux t’aider… Non, je ne vois rien du tout dans ton jeu, je ne comprends pas ta façon d’agir… Aveugle? Un peu bigleuse sans doute, je suis passée à côté de plein de choses, mais pas aveugle… Oui, tout le monde peut être sauvé… Même toi Aurore, ne crois pas que tu es irrécupérable, on peut trouver une solution, je t’en prie…
 
La Tortionnaire se redressa enfin, laissant au sol une Amétysse tremblante et l’arme qui tinta contre le plancher. Elle fit quelques pas dans la roulotte; était-ce une impression ou vacillait-elle légèrement sur ses talons hauts? Le contrecoup de cet instant de fureur amusée?
Aurore se tourna vers la jeune fille toujours dans l’incapacité de se remettre sur ses pieds, son visage semblant porter toute la folie du monde, une carcasse d’horreur pure sous des traits magnifiés. L’espace d’un instant, Amétysse songea à lui jeter quelque chose à la figure afin d’en faire disparaitre cet insoutenable rictus.
 
"Parce que…"

La prisonnière n’était plus tout à fait sûre de vouloir le savoir. Elle se doutait de la réponse, inscrite sur les traits de la Tortionnaire, et elle lui déplaisait. La femme avait bien eu raison de la traiter d’aveugle; elle détournait trop souvent les yeux.

"Parce que j’adore faire ce que je fais! Si tu savais, la sensation que me procure leurs souffrances. Les voir se tordre sous les lames et supplier encore, perdre peu à peu ce physique lisse dont ils étaient si fiers. Creuser à coup de ciseaux, pour tailler enfin le vrai reflet de leurs âmes, ça… CA, tu ne peux pas le comprendre hein?! Pitoyable et minable que tu  es! Aveuglée par des idées stupides, c’est… AHAHAHAHAHAHAHAH, si risible… Que peux-tu me faire?!"

Voilà. C’était enfin clair, net, précis. Aurore était la Tortionnaire, rien de plus ni de moins. Le pile ou face ne tenait plus, ce n’était qu’une seule et même pièce de monnaie. Dangereuse femme en rose et noir, chapiteau attirant qui venait d’ouvrir ses rideaux pour dévoiler le spectacle macabre qui s’y jouait.
C’était terrifiant.
 
Amétysse tenta de reprendre ses esprit, passant sur son visage ses mains liées afin d’en chasser le spectre suceur de volonté et les larmes de peur qui avaient coulés sur ses joues sans qu’elle s’en aperçoive. Elle devait faire quelque chose, n’importe quoi, mais agir. Tentant de retrouver un semblant de calme, elle étudia la pièce, la femme qui ne la regardait même plus.
Le couteau était là, juste à côté d’elle. La jeune fille le saisit.
Et maintenant?
Elle aurait aimé l’utiliser pour couper la corde qui enserrait ses poignets, mais cela ne fonctionnait que dans les films ou romans pour adolescent, cette manœuvre se révélait en vérité assez compliquée.
Alors quoi?
La suite était prévisible pourtant. Petite prisonnière, saute donc sur la Tortionnaire, plonge la lame dans sa poitrine à la recherche d’un hypothétique cœur à transpercer, tranche sa gorge pâle. Si, Aurore, je peux te faire quelque chose. Elle n’avait pas vraiment le choix, elle le savait parfaitement. La femme en noir et rose la tuerait après de multiples tortures, elle ne pourrait y échapper si elle ne se débarrassait pas de cette folle superbe. Une vie pour une vie, tel est le l’échange équitable, le prix à payer. Tuer Aurore, s’enfuir, sauver les mutilés dans les roulottes-prisons, empêcher d’autres morts.
C’était monstrueux.      
 
La décision d’Amétysse était prise, elle comptait s’y tenir. Le dos appuyé contre la porte, elle se releva, le couteau provisoirement glissé à sa ceinture. En quelques pas presque assurés, elle se trouva tout près de la belle Aurore et mit en pratique, pour la première fois de sa vie, les cours de self-défense qu’on lui avait inculqué. La corde autour de ses poignets ne lui facilitèrent pas la tâche, ni sa position d’agresseur au lieu de défense, mais ce fut suffisant; attraper l’épaule d’Aurore, la faire basculer, lui faucher les jambes. Elle fut presque surprise de son succès, craignant un instant que son adversaire ne se soit laissée faire, et grimaça lorsque le corps de la femme heurta le plancher. Pas le temps de s’apitoyer. La jeune fille appliqua la lame contre sa gorge, sur le côté droit. Putain, je suis en train de pointer une arme sur quelqu’un. Menace explicite, visage déterminé de la prisonnière derrière lequel bouillonnait une rage à peine contenue, observant la Tortionnaire dévorée par la folie, laissant derrière ses talons hauts un sillage de sang, ne voyant que l’horreur du monde qu’elle perpétuait en créant de nouvelles atrocités.
C’était… tellement triste.
 
Et là, qu’est-ce qu’on fait? A quoi ça rime tout ça? La violence pour répondre à la violence, le seul moyen de m’en sortir… C’est de la connerie tout ça! Malgré tout ce que tu as fait, malgré ce que tu comptes faire, je n’ai pas envie de te blesser, encore moins de te tuer. Je n’ai pas envie de jouer à ça. Cette situation est absurde.
 
"Je suppose que c’est suffisamment clair… Alors maintenant, tu vas me filer les clés pour sortir d’ici, et pendant qu’on y est, les clés des roulottes-prisons. Laisse-moi partir avec tes jouets, même ceux qui sont cassés. Sinon, je te jure que je te tuerai. Peut-être même que j’égratignerais un peu ton visage avant; il parait que c’est une sensation très agréable de "tailler le vrai reflet des âmes"… Tu m’as suffisamment remontée pour me donner envie d’essayer."
 
Pourquoi dois-je faire cela? Pourquoi dois-je dire des choses pareilles? Pour sauver ma peau, celles des prisonniers? C’est dégueulasse. Un coup de bluff délirant, une prise d’otage de gangster. C’est ridicule. Je voulais pas en venir là. Je voulais trouver une solution pour te tirer de là aussi Aurore, te sortir de ce cirque affreux, de cet hypothétique Bourreau au-dessus de toi. Pourquoi m’obliges-tu à aller si loin, à cracher sur mes idéaux? Parce que tu ne veux pas qu’on t’aide, rester plongée dans ta folie qui t’apporte un bonheur que je ne peux comprendre. Que je refuse de comprendre. C’était à ça que tu jouais, c’est là que tu voulais en venir? Bravo, tu ne m’as guère laissé d’autres stratégies. Bordel, ce sentiment de haine à ton égard, je veux tellement l’arracher de mon crâne.  
 
Amétysse avait tant envie de jeter le couteau au loin, de crier à la Tortionnaire de mettre un terme à cette histoire insensée.
Mais son expression resta dure, fermée. Elle raffermit la prise sur l’arme. Pour donner plus de poids à ses paroles, elle aurait dû laisser une entaille intimidante sur la gorge de la Tortionnaire; elle en était tout bonnement incapable.
 
"Alors?"
 
Pile ou face, belle Aurore…
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Mer 30 Oct 2013 - 20:27
Hey, je crois que j’ai gagné. Le jeu entier ? Non seulement une partie, celle qui constituait à trouver la souris. Elle était bien cachée mais je l’ai trouvé, tapis dans un trou de gentillesse et d’attention, mais trois pirouettes et la voilà sortit dans une rage meurtrière. Fuh fuh fuh, j’ai gagné, je t’ai trouvé, petite corde sensible sur laquelle appuyer. Maintenant je vais jouer avec jusqu’à ce qu’elle éclate, après tout j’ai bien le droit de te donner un gage maintenant…
 
Aurore ne chercha pas à se défendre contre le coup porté par sa prisonnière, elle ne l’avait pas vu venir, mais elle l’avait espéré. Enfin, la souris se transformait doucement en chat.
La jeune femme eu le souffle coupé à cause de sa lourde chute, et le bruit de son corps contre le plancher chassa l’écho de ses ricanements.

D’après ce que l’on pouvait voir, la brunette ne semblait pas à l’aise dans cet inversement de rôle, mais l’expression facial de colère qui se peignait sur son visage était saisissante. Aurore derrière les mèches de ses cheveux, le regard encore hasardeux à cause de la chute, tentait d’apprécier tous les éléments de ce tableau qu’elle venait de peindre. Magnifique, elle était vraiment une artiste, même si elle n’avait jamais touché à un pinceau. Ses outils n’étaient que des instruments chirurgicaux peu recommandables…et les mots…les meilleurs qui soient en matière d’art psychologique.
La directrice jubilait intérieurement de sentir le contacte froid de la lame du couteau  contre sa gorge. Se mettre à la place de la victime tout en sachant qu’en réalité elle restait maîtresse de la partit était…enivrant. Pourtant, afin de faire bonne figure elle tenta d’écouter tout le joli petit discours de la jeune fille, qu’elle avait mis tant de temps à faire sortir. Notre invitée avait fait valser le plateau de jeu, redistribuant les cartes à sa façon.
Hey petite ? Tu ne crois que pas j’ai encore une ou deux cartes dans ma manche ?
 
-Je suppose que c’est suffisamment clair… Alors maintenant, tu vas me filer les clés pour sortir d’ici, et pendant qu’on y est, les clés des roulottes-prisons. Laisse-moi partir avec tes jouets, même ceux qui sont cassés. Sinon, je te jure que je te tuerai. Peut-être même que j’égratignerais un peu ton visage avant; il parait que c’est une sensation très agréable de "tailler le vrai reflet des âmes"… Tu m’as suffisamment remontée pour me donner envie d’essayer. Alors ?
 
Oh…alors ça se joue ainsi ton petit jeu ?
Hey, on inverse tout. Maintenant c’est moi qui me cache et toi qui me cherche. Fais attention, où tu mets les pieds, le chemin jusqu’à ma cachette est tortueux. Si tu me trouve, tu as le droit le droit de me donner un gage, mais avant il faut que tu exécute le tient.
Aurore durant le charmant discours ne laissant apparaitre qu’un grand sourire, ne lâchant à aucun moment les yeux émeraude de la jeune fille du regard. Ces magnifiques pupilles qui trahissaient le beau mensonge qui sortait de ses lèvres.
Hey, voilà ton gage…
 
-Alors vas-y essaye…
 
Tente ta chance, qu’est-ce que ça coute ? Un peu de sang étalé sur le parquet ? On n’est plus à ça prêt. Le message était murmuré, Aurore le répéta encore plus fort, plus aigüe, plus provocateur :
 
- TUE-MOI ! Allez vas-y TUE-MOI ! Tu as raison, je l’ai mérité, tous ceux ici mérite de mourir !
 
La jeune femme sentit la pression du couteau grandir, et même une goutte de sang se faufiler sur sa peau blanche. Un nuage passa sur le ciel bleu de ses pupilles, et à nouveau elle ajouta :
 
-Et quand tu m’auras tuée, toi aussi tu mériteras de mourir…La pas est si mince avant la zone noire. Tu l’as franchis, tu as joué la carte interdite, vas donc jusqu’au bout, allez, TUE-MOI !
 
Hey, joue sinon…
 
Aurore observa sa « tortionnaire » lutter avec ses doutes. Fallait-il abattre toutes les cartes ou piocher une nouvelle ? Ne te fatigue pas, la pioche n’est qu’un immense tat d’idées contradictoires qui ne t’aideront en rien. Penses simplement…que veux-tu ?
Moi je veux faire pleurer encore et encore ton charmant petit minois…
La main de la jeune se referma sur un flacon de parfum tombé par terre en même temps qu’elle.
 
Hey, joue sinon, ce sera mon tour, et tu n’auras pas droit au Joker.
 
La jeune femme ne put malheureusement pas regarder le flacon s’éparpiller en mille éclats de verre, sur le visage de la brune. Seul une forte odeur enveloppa la pièce, tandis que la directrice poussa la jeune fille, qui se protégeait les yeux à terre. Leste malgré les hauts talons, elle récupéra le couteau, et se débarrassa d’un éclat de verre fiché dans sa joue. Une rigole de sang vint se mêler au fleuve pourpre laissé sur sa peau.
Quand le blanc est souillé, on ne peut plus attendre une once de compassion, il est ternit à jamais et se complaira dans la noirceur.
Aurore ne laissa pas Amétysse se débarrasser du contenu du flacon qui lui brulait surement les yeux. Non, elle lui administra un coup de pied en pleine figure, afin que ce misérable rongeur brun reprenne sa place. Plus bas que terre…
 
-Attends sagement, je vais te donner ton gage.
 
Le talon aiguille vint exercer une faible pression sur la joue de la jeune fille, tandis que Aurore sifflait quatre notes précises en direction de la fenêtre. Sifflement en quatre notes pour un rouquin qui exécute vos moindres désirs.
 
-Mon brave petit Grey, conduits notre invité dans une salle d’attente, pendant que je prépare la suite du spectacle. Arrange-la un peu, il faudra qu’elle puisse courir…fuh fuh…
 
Aurore, retira son talon, et se retira dans la pénombre du soir. Une petite trainée de gouttes pourpres dans son sillon.
 
Hey, faut pas pleurer…quand on me cherche on me trouve ! Reposes toi, moi je prépare un nouveau jeu

[hors rp: bon c'est écrit à l'arrache et je n'ai pas relus...si il y a des choses qui te gêne mp moi !]
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Jeu 31 Oct 2013 - 10:26
Le roux patouillait entre les tentes, passant où l’on avait besoin de lui. Du simple coup de main pour porte quelque chose à une question plus spécifique comme un conseil pour un prochain numéro. C’était un jeu pour lui, il était à lui tout seul toutes les pièces maitresses d’un jeu d’échec dans le cirque, à la fois : roi car incontesté au cirque, reine car libre de tous ses déplacements, fou car artiste lui aussi, cavalier car porteur et messager et tour car gardien et surveillant de toutes les personnes vivants dans le cirque. Mais une chose qu’il ne sera jamais c’est joueur, la joueuse, c’était son Aurore, usant du rouquin pour toutes ses capacités. Serviteur, réduit à simple pion dans les mains de la superbe femme aux cheveux roses qui contrôlait sa vie mais il ne s’en souciait guère, il se plaisait dans ce cirque où il était libre à sa manière et où il pouvait être utile.

Grey venait de terminer de donner un conseil à un des artistes qui se produisait quand il entendit quatre notes, sifflement l’appelant aussi surement qu’une flamme, un papillon. Il laissa sa patrouille pour se diriger à grands pas souples vers la roulotte de sa belle maitresse. Le rouquin toqua deux coups avant de pousser la porte de bois. La première chose qui marqua le roux fut l’odeur du sang et pas n’importe lequel celui d’Aurore. Son regard se fit légèrement plus dur quand il posa sur la responsable de cet acte abominable avant de reprendre un regard neutre, tandis qu’il écoutait la requête de sa maitresse.


« Mon brave petit Grey, conduits notre invité dans une salle d’attente, pendant que je prépare la suite du spectacle. Arrange-la un peu, il faudra qu’elle puisse courir…fuh fuh… »


Grey s’inclina dans une profonde révérence avant d’attraper par le bras, la jeune femme brune qu’il avait amenée à sa maitresse quelques temps avant. Bien amochée par Aurore, la brune avait eu du mal à se lever et il la porta plus qu’il ne la mène. Sa maitresse se retira dans un coin sombre de sa roulotte tandis que le roux sortait pour mener sa prisonnière dans la sienne. Il la posa délicatement sur son lit avant de sortir une trousse de secours. Il alla chercher une bassine d’eau fraiche et s’attela à soigner son invitée. Cette dernière commençait à s’agiter mais le roux lui conseilla de rester immobile malgré son envie de fuir.

« Ne bougez pas, ça risque faire un peu mal. »


Il nettoya ses plaies et enleva un à un les morceaux de verres, faisant tinter le cristal dans une coupelle de porcelaine qu’il avait sortit à cet effet. Le rouquin tachait de ne pas faire souffrir inutilement la brune et s’y prenait avec la plus grande douceur. Une fois terminé d’enlever tous les éclats de verre, il passa de nouveau un peu d’eau fraiche sur les plaies à vif. Puis l’heure sonna, les quatre notes retentirent...


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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Mar 5 Nov 2013 - 20:53
Mince, elle a même pas l’air inquiète. J’avais déjà pas franchement l’impression d’être crédible, mais elle est en train de pourrir mon numéro.
Le sourire affiché par la Tortionnaire à terre déstabilisait complétement Amétysse. Elle conserva cependant son air déterminé ainsi que le couteau appliqué contre la gorge d’Aurore, tentant de dissimuler le fond de sa pensée. Ce fut peine perdue.
 
«Alors vas-y essaye…»
 
Espèce de sale… Exactement le genre de provocation qu’Amétysse craignait. C’était pourtant prévisible, la superbe folle ne pouvait se laisser faire si facilement.
Bien sûr que la jeune fille était incapable de tuer Aurore, ni de lacérer son visage.
Incapable? Pourtant, elle en avait physiquement les capacités. Elle pouvait accomplir le geste d’appuyer plus fort la lame sur la peau jusqu’à la transpercer. Un simple contrôle moteur de son corps. Il suffisait de cesser de réfléchir.
 
«TUE-MOI! Allez vas-y TUE-MOI! Tu as raison, je l’ai mérité, tous ceux ici mérite de mourir!»
 
Un simple geste, juste un geste. Ensuite, elle serait libre, elle pourrait libérer les prisonniers des roulottes-prisons, plus personne ne souffrirait. Une vie contre plusieurs, dont la sienne.
Juste un geste… la lame mordit la chair, laissant filer une goutte de sang.
Qu’est-ce que tu fous?!
C’était la première fois qu’elle blessait intentionnellement quelqu’un. Non. Non, non non non non non! Il était absolument hors de question qu’elle entre dans ce jeu absurde, dans cette spirale infernale. La jeune fille avait été jetée dans un monde impitoyable, entre les mains d’une personne impitoyable, mais ce n’était pas une raison pour tourner le dos à toutes les valeurs qui avaient jusque-là régies sa vie et qui lui tenaient à cœur.
Elle venait de prendre une arme. De menacer une femme de la défigurer puis de la tuer. De faire couler son sang. Prochaine étape, mettre sa menace à exécution? Et puis quoi encore?
Ça suffit.
 
«Et quand tu m’auras tuée, toi aussi tu mériteras de mourir…La pas est si mince avant la zone noire. Tu l’as franchis, tu as joué la carte interdite, vas donc jusqu’au bout, allez, TUE-MOI!»
 
Je ne l’ai pas franchie! Je suis en train de mentir, de bluffer! Je ne veux pas te tuer, je ne veux pas te faire de mal! Je n’ai pas franchi la limite…
Alors quel était ce filet de sang sur le cou de la belle Aurore? Cette arme souillée qu’elle serrait à s’en faire blanchir les phalanges?
Qu’est-ce que tu fous, Tyss? Ne deviens pas comme ça. Ne deviens comme elle.
 
La jeune fille n’eut pas le temps de réagir lorsque le bras d’Aurore s’élança vers elle. Une seconde plus tard, une intense douleur enflamma son visage, ses sens furent saturés; la souffrance qui vrillaient ses nerfs, brûlaient ses yeux, l’odeur délicate qui envahissaient ses narines, le goût amère du parfum qui s’était infiltré sur sa langue lorsqu’elle avait crié.
Elle hurla dans sa tête à l’attention de la Tortionnaire toutes les insultes se terminant en «asse» qu’elle connaissait, en inventant quelques-unes au passage. Projetée au sol par le choc, elle sentit en portant la main à sa joue les éclats de verre qui la parsemaient. Cette constatation accentua la douleur; on a toujours l’impression d’avoir plus mal lorsque l’on voit la blessure. Elle se frotta les paupières pour se débarrasser du liquide qui irritait ses yeux.
Où était Aurore? Que comptait-elle faire?
Cette incertitude la terrifiait d’avantage que l’idée d’avoir les joues hérissées de morceaux de verre.
La réponse vint rapidement, sous forme d’un coup de pied magistral qui la frappa au visage. Nouvelle explosion de souffrance. Un talon aiguille se pressa contre sa joue, la clouant au sol.   
 
«Attends sagement, je vais te donner ton gage.»
 
Cette menace rapportée par son ouïe, seul sens épargné par l’attaque au flacon de parfum et le coup de pied traitre, la paralysa d’effroi aussi sûrement que le talon aiguille la maintenait face contre terre. Le jeu était déjà suffisamment difficile, à quoi pouvait bien ressembler un gage sortit de l’imagination tordue de cette femme?
Aurore lança un sifflement modulé. Peu de temps après, la jeune fille entendit la porte de la roulotte s’ouvrir. Les larmes chassant progressivement le produit odorant de ses yeux, elle arrivait vaguement à saisir des formes étirées.
 
«Mon brave petit Grey, conduits notre invité dans une salle d’attente, pendant que je prépare la suite du spectacle. Arrange-la un peu, il faudra qu’elle puisse courir…fuh fuh…»
 
Une salle d’attente? Par pitié, pas une cage. Tout, mais pas une cage.
Le "brave petit Grey" ne répondit pas, du moins pas à voix haute. Le talon aiguille se retira de la joue de la jeune fille, des mains de toute évidence masculines la relevèrent. Un nouveau flot de larmes éclaircit sa vision. Un haut-de-forme, des cheveux roux, une fleur de lys… ainsi, tel était le visage de l’homme masqué qui l’avait ramené à sa maitresse? Quelle ironie, c’était lui qui allait l’aider à franchir la porte dans l’autre sens…
 
L’homme au haut-de-forme la traina hors de la roulotte. Si Amétysse n’était pas aussi mal en point, il n’aurait pas eu besoin de la soutenir, elle l’aurait suivit allègrement loin de cet endroit, même si ce répit était temporaire. La jeune fille continuait d’espérer qu’il ne l’enferme pas dans une cage, cette perspective la terrifiait.
Heureusement, il n’en fit rien. Ce fut la porte d’une autre roulotte qu’ils franchirent. Grey (puisqu’Aurore l’avait nommé ainsi) déposa Amétysse sur un lit. Un lit…? Elle ne s’attendait pas à un tel confort. Qu’est-ce que cela cachait? Elle entendit l’homme au haut-de-forme s’affairer dans la pièce exiguë avant de revenir vers elle. Lorsqu’il retira un morceau de verre d’une plaie, la jeune fille chercha une échappatoire, un moyen quelconque de fuir. Grey lui intima le calme en une simple phrase.
 
«Ne bougez pas, ça risque faire un peu mal.»
 
Amétysse manqua d’éclater d’un rire nerveux. «Ça risque de faire un peu mal»? Après tout ce que je viens de me prendre dans la tronche? En tout cas, c’est gentil de prévenir.
Minutieusement, il la débarrassa des éclats acérés qui parsemaient son visage. Ses gestes étaient délicats, précautionneux. La prisonnière l’observa de ses yeux rougis. Il était plus jeune qu’elle ne l’avait cru au premier abord.
Une flopée de questions se déversait dans l’esprit d’Amétysse. Elle voulait parler à Grey sans l’oser. Savoir pourquoi il travaillait pour cette femme. Savoir pourquoi il prenait soin d’elle, au-delà de l’ordre d’Aurore de «l’arranger un peu» en prévision de la suite. Elle voulait s’excuser de l’avoir insulté lorsqu’il l’avait trainée jusqu’au cirque. Elle voulait le supplier de la laisser partir.
Pas un mot ne franchit ses lèvres. Elle savoura cet instant de répit avant un nouveau calvaire. La personne penchée sur elle ne cherchait pas à lui faire du mal, ce simple fait lui semblait une véritable bénédiction.
Une fois qu’il eut fini de retirer les éclats du flacons et passé de l’eau froide sur son visage, Amétysse réussit à murmurer timidement:
 
«Merci... Et, heu… désolée de t’avoir dit toutes ces saloperies tout à l’heure.»
 
Tel un glas, le sifflement modulé résonna dans l’air. Le spectre s’étendit sous le crâne de la jeune fille. Elle implora l’homme d’un regard embué de larmes.
 
«Grey… S’il te plait…»
 
Un sanglot brisa sa phrase. Qu’espérait-elle? C’était tellement bas, tellement futile. Ce jeune homme l’avait soignée, mais il obéirait à la Tortionnaire en toute circonstance. Elle souhaitait pourtant un peu d’aide de sa part. Qu’il détache ses mains toujours liées, qu’il la laisse fuir. Qu’il plaide en sa faveur face à Aurore, la dissuadant de lui faire du mal. Qu’il lui accorde ne serait-ce qu’un mot d’encouragement, une petite preuve que son sort l’attristait.
Mais qu’est-ce qu’il en avait à foutre? Elle n’était qu’une victime parmi d’autres.
 
Histoire de se donner un peu de courage, elle songea à Nixie, désormais en sécurité. L’image de la blondinette enfermée se superposant à celles des mutilés du cirque, Amétysse se sentit fière d’avoir réussi à lui éviter un tel sort.
Le prix à payer n’en était pas moins élevé. Un échange de places. Tu peux vraiment être fière de toi, te voilà devenue martyre…
 
Grey la ramena à la roulotte de la Tortionnaire, frappa à la porte. Tiens, une impression de déjà-vu… Cette fois pourtant, elle savait ce qui l’attendait.
 
Saloperie de malchance. Foutu destin. L’un comme l’autre, il est impossible de les modifier.
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Ven 22 Nov 2013 - 10:56
Hey ! Rien ne vas plus, faites vos jeux messieurs dames ! Ce soir on mise sa vie, et peut être celle des autres. Une balle dans le barillet, on tourne on tire, on fait passer. Pas de chance pour toi petite brunette, c’est sur toi que le malheureux « BANG » a éclaté. Heureusement que c’était des balles à blanc, mais pour la seconde phase, je vais tirer jusqu’à ce que tu t’écroules.

Aurore la regarda partir, et souffla un grand coup quand la porte fut fermée. Le lit au fond de la roulotte la reçut le temps d’un soupir de satisfaction. C’était au-delà de ses espérances, le petit pion brun entre ses mains n’avait toujours pas daigné à tomber. Même acculé il se débattait, et la jeune femme espérait bien le faire courir sur tout le damier jusqu’à ce que qu’il soit MAT.
Hey, pas de repos, il faut changer de boite. Les cartes sont battues et redistribuées, Aurore s’affaire pour le grand final.
Hey à quoi on joue maintenant ? Sourire derrière les mèches roses tandis que les mains blanches s’emparent de la seringue. On ne joue pas à quoi…Une faible pression et le liquide pénètre la peau. L’important est de savoir, on joue contre quoi ?
 
Une heure et trente minutes venaient de s’écouler très exactement quand la directrice rappela son valet à elle. Il se présenta avec la jeune devant la porte de la roulotte. La tête rose apparut derrière et sans même leur accorder un regard, sorti une montre à gousset et la consulta.
 

-          Parfait, parfaitement à l’heure, fuh fuh.
 
Rangeant l’objet dans une poche de sa veste, elle saisit Ametysse par l’épaule et la traina brusquement hors du petit habitacle de bois. Là, elle la plaqua contre la paroi, ce qui fit vaciller la lanterne qui pendait juste au-dessus. Ces petits objets de verre étaient si fragiles…Et sans une once d’hésitation, l’océan des yeux devenus glace, Aurore ressortie le couteau et trancha dans le vif.
Hey ? C’est déjà la fin pour toi ? Pas de chance, tombée sur une mauvaise case dès le premier tour…
Il y eu un faiblement craquement, mais la corde qui entravait les mains de la jeune fille se délia et retomba sans bruit sur le sol. Aurore envoya un coup de pied en plein dedans, tourna le dos à son ex-prisonnière. Les lueurs mordorées de la lanterne venait caresser sa peau spectrale, faisait jouer un mélange de reflet sur les volants de sa robe fendue, et donnait à la scène un aspect irréel. Oui, le plateau de jeu venait de se retourner, le chat relâchant la souris alors qu’il pouvait la dévorer d’un coup de dent.
 
-          Tu peux partir.
 
Un vent fait de nuit et de silence vint soulever un instant le bas de la robe de la jeune femme, qui laissa cet instant planer. Un gémissement retentit pourtant, un râle masculin emplit de douleur et pourtant si bas. Aurore leva un cil, se saisit de la lanterne encore accrochée et l’abaissa vers le sol trois pas plus loin. La lumière attrapa dans son sillage, cinq misérables silhouettes, et se refléta sur les bords métalliques de la chaine qui les liait.
La jeune femme tapota la tête de l’un d’eux. Et reprit en direction d’Ametysse qui n’avait pas osé bouger.
 
-          Tu peux partir en les laissant là, après tout ils finiront par mourir. De ma main ou d’un pique.
 
La lumière s’offrit un nouvel éclat en venant envelopper une seringue de verre, qu’Aurore sorti de sa veste.



-          Parce que pendant que tu te faisais soigner j’ai administré à chacun d’entre-deux, un poison mortel à quinze minutes intervalle à  peu près en commençant par la gauche.
 
L’homme en question qui se tenait à l’extrémité gauche, n’avait plus grand-chose d’humain. Son crâne était lisse, et parcouru de deux immenses cicatrices transversales qui se prolongeait le long de son visage qu’on aurait dit tailler dans du marbre, par sa pâleur et sa fixité. La jeune femme le poussa d’une chiquenaude, sans obtenir plus de réaction, et sourit satisfaite.
Le deuxième homme qui se tenait près de lui, semblait être fuit par la lumière de la lanterne. Quand bien même, en était-il assez proche, une partie de lui restait dans l’ombre, pour la bonne raison que cette partie du corps était entièrement calcinées, assombries par les ténèbres. Un cracheur de feu raté. L’autre partie de son corps, était agité par un hoquet régulier, comme la trotteuse d’une horloge. Une lutte contre le temps qu’il lui reste sans doute.
La troisième, puisque c’était une femme, semblait plus âgée. On devinait une chevelure grise, ainsi que quelques rides éparse. Mais ce qui accrochait le regard en premier, c’étaient les nombreux anneaux qui perçaient son corps, en particulier la rangée qui parsemait sa lèvre inférieure. Cette lèvre qui ne cessait de trembler, et laissait jaillir de tant en tant un gémissement plus résigné que de douleur. A vouloir croquet des diamants, on finit par manger des anneaux d’argent.
Son voisin était dans un état à peu près similaire, mais l’œil qui lui restait accompagnait les tremblements de ses lèvres, la pupille s’agitant en tous sens, comme cherchant encore une porte de sortie.
Le dernier semblait être le moins amochés, on pouvait constater quelques traces de coups, ainsi qu’une balafre au niveau du torse qui laissait penser que le fouet d’épine de la directrice l’avait caressé quelques minutes plus tôt. Il était agité, et était l’auteur du gémissement survenu tout à l’heure. Lui n’était là que depuis peu de temps, se berçant encore de douces illusions, croyant encore que sa jeunesse ne lui avait pas totalement échappé, et qu’il pourrait l’écouler durant de nombreuses années encore.
 
Hey, est-ce que mes pions de plaisent ? Si tu décides de te lancer dans cette partie, tu devras jouer avec eux…pour eux.
 
-          Hum l’antidote doit bien traîner quelque part dans le cirque.
 
Aurore sentit le regard de la jeune fille se faire dur, malgré le voile d’obscurité qui masquait en partie son visage.
 
-          Fuh fuh fuh…alors Tyss, tout le monde peut être sauvé ?
 
Aurore fit un signe de la tête à Grey, qui n’avait pas bougé d’un pouce. Il restait tant qu’on ne lui demandait pas de partir. Il se saisit d’Ametysse et Aurore se rapprocha d’elle, la seringue en main, on pouvait voir le liquide luire à l’intérieur.
 
-          Commence déjà par te sauver toi-même…
 
Le liquide disparut de sa prison de verre pour aller se loger dans une veine de la brune. Grey la lâcha, Aurore recula.
Hey, alors tu as deviné contre quoi on joue ?
La directrice ressortie sa montre à gousset et la consultât, un sourire carnassier barrant son joli visage.
 
-          Toi il ne te reste qu’une heure et demie.
 
Les hauts talons se dirigèrent vers l’homme le plus à gauche et les doigts nacrés de rose et de noir tapotèrent sur son crâne mutilé.
Hey on joue avec le temps…CONTRE le temps.
 
-          Lui il ne lui reste que douze minutes…
 
A ces mots, l’homme à l’oppose, le plus à droite ne put s’empêcher d’émettre un cri. Aurore le rejoignit et barra sa bouche avec un morceau de tissu.
 
-          Allons, allons tais-toi donc. Laisse-la réfléchir, la clé de cette mascarade se trouve dans le drap du silence, il ne faut donc pas le troubler. Fuh fuh…
 
Hey ? Je suis sure que tu veux gagner cette partie, mais au prix de combien de pion ?
 
Alors que la brunette tournait déjà les talons, un dernier murmure de la part de la jeune femme retentit comme un premier coup d’horloge dans cette triste nuit :
 
-          Alors combien vas-tu en sauver ?
 
A toi de jouer ~
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Mar 17 Déc 2013 - 0:08
La porte de la roulotte s’ouvrit. Cette fois, Amétysse ne ferma pas les yeux, le visage de la Tortionnaire la hantait tout autant sous le rideau de ses paupières. Visage qu’elle n’aperçut qu’à peine, puisqu’Aurore ne daigna même pas lever les yeux vers eux, le regard rivé sur une montre à gousset. 

«Parfait, parfaitement à l’heure, fuh fuh.»


Génial, elle est à cheval sur la ponctualité maintenant. C’est sûr, vu tout le monde qu’il reste à torturer, mieux vaut en finir le plus vite possible avec la petite brunette agaçante. Au suivant! 

La jeune femme saisit soudain Amétysse par l’épaule, la faisant reculer de quelques pas. Le dos de la prisonnière heurta un mur de la roulotte, suffisamment violemment pour qu’elle sente la paroi trembler derrière elle. Des ombres et des éclats de lumière pâle se succédaient sans logique. Un couteau apparu dans un rayon orangé, fut avalé par l’obscurité, la lame s’éclaira à nouveau, puis s’abattit. Amétysse détourna la tête. Elle se doutait qu’Aurore ne la tuerait pas si facilement, mais elle craignait alors de perdre des morceaux.

Seules ses mains se séparèrent l’une de l’autre, libérées de la corde proprement tranchée.  La Tortionnaire balança un coup de pied dans le lien désormais inutile et s’éloigna de la jeune fille, lui tournant le dos. Sa superbe silhouette, aussi fine que la lame du couteau, apparaissait et disparaissait au rythme des oscillations de la lanterne.    


« Tu peux partir.»


Cette déclaration fut suivit d’un silence relativement long. Amétysse attendait que vienne un éclat de rire, une gifle, un coup de couteau; en somme, la preuve que cette phrase n’était qu’une atroce plaisanterie, un faux espoir pour mieux la faire sombrer. Elle refusait d’y croire, pour ne pas souffrir d’avantage lorsqu’une lame traitresse se planterait entre ses omoplates. 

Et pourtant… Pourtant… La «prisonnière» se prit à espérer. 
Pile ou face? Vérité ou mensonge? Liberté ou souffrance? Balance balance la lanterne entre lumière et obscurité…

Un gémissement glissa dans le silence du cirque aussi naturellement qu’un souffle de vent dans la nuit. Aurore se saisit de la lampe afin d’éclairer cinq silhouettes enchainées. La main aux ongles fraichement vernis de rose se posa à plusieurs reprises sur le crâne de l’un d’entre eux, en ce geste qu’on utilise pour féliciter un chien. 

La jeune fille eu un mouvement de recul lorsqu’elle vit plus distinctement les prisonniers. Ils étaient attachés les uns aux autres par des liens plus infrangibles encore que les lourds maillons de la chaine: des tourments différents qui les unissaient pourtant en une même souffrance, une même terreur, un suspend entre un reste de vie et la mort, immensité qui s’étendait autour d’eux aussi surement que les ombres s’amassaient autours du halo de la lanterne. 
Amétysse fut saisie d’une vague de dégoût et d’effroi. Que leur avait-on fait? Allait-elle subir un sort similaire? 

«Tu peux partir en les laissant là, après tout ils finiront par mourir. De ma main ou d’un pique. Parce que pendant que tu te faisais soigner j’ai administré à chacun d’entre eux, un poison mortel à quinze minutes d’intervalle à  peu près en commençant par la gauche.»

 


Il y eu une sorte de  CRASH suivit d’un grand vide dans la tête d’Amétysse. Durant de longues secondes, aucune pensée, aucun sentiment ne put émerger, seulement cette absence totale de réaction. Si on lui avait demandé ce qu’elle pensait de cette situation en cet instant, sans doute aurait-elle répondu «J’en sais rien… Je crois que je m’en fous.»
Doucement, tout doucement, ce vide post-apocalyptique laissa place à une horreur sourde, une rage aussi immense que dérisoire. Il fallait faire quelque chose, et vite. 

«Hum l’antidote doit bien traîner quelque part dans le cirque.»


La jeune fille fronça les sourcils. Tel était le gage de la Tortionnaire, la laisser courir à la recherche d’un moyen de sauver une bande de parfais inconnus? Une fois encore, toutes les insultes se terminant en «asse» résonnèrent dans son esprit, ainsi que toute autre vulgarité pouvant être adressée à la gent féminine. 

«Fuh fuh fuh…alors Tyss, tout le monde peut être sauvé?»


Arrête, ne joue pas à cela. Oui tout le monde peut être sauvé, et ce serait nettement plus facile sans des gens comme toi!
Amétysse se gifla mentalement suite à cette pensée. Encore une entorse à ses idéaux. Tout le monde a le droit de vivre.

Elle tressaillit lorsque Grey, dont elle avait oublié la présence, la saisit soudainement. Cela n’annonçant rien de bon pour son cas, la jeune fille se débattit. Inutile. Aurore était désormais près d’elle, une seringue de verre capta un éclat faiblard de la lanterne, l’aiguille traversa une veine.   
 
«Commence déjà par te sauver toi-même…»
 
La terreur se propagea dans le corps d’Amétysse comme le poison dans son sang, la faisant vaciller lorsque l’homme au haut-de-forme la lâcha. Elle était en danger de mort immédiat, en possession d’un maigre sursit dont la Tortionnaire eu la diligence de l’informer en consultant sa montre avec un sourire désagréable.
 
«Toi il ne te reste qu’une heure et demie.»
 
Une heure et demie. Dans une heure et demie, si elle ne trouvait pas l’antidote, elle mourrait. Cette menace tangible, concrète, logée dans son corps même, était plus effrayante encore que tout ce que lui avait fait subir Aurore jusque ici. De plus…
 
«Lui il ne lui reste que douze minutes…» annonça la Tortionnaire en désignant l’homme le plus à gauche, celui avec les cicatrices sur le crâne.
 
Voilà. De plus, il fallait sauver les prisonniers dont le délai se montrait plus restreint encore. Douze minutes, comment pouvait-elle retourner le cirque de fond en comble en douze misérables minutes?!

Le dernier otage, qui semblait moins mal en point que les autres, gémit d’horreur. Aurore le bâillonna sans émotions.
 
«Allons, allons tais-toi donc. Laisse-la réfléchir, la clé de cette mascarade se trouve dans le drap du silence, il ne faut donc pas le troubler. Fuh fuh…»


Devait-elle prendre en compte ces paroles, ou n’était-ce que des élucubrations de la folle superbe? Pas le temps d’y réfléchir, pas ici. Amétysse tourna les talons et s’éloigna vers le rassemblement de tentes. La voix de velours rose l’arrêta pour lui adresser une ultime provocation.
 
«Alors combien vas-tu en sauver?»


La jeune fille fit volte-face, prête à lui jeter au visage ses quatre vérités. Elles savaient toute les deux que cette épreuve se montrait tant cruelle qu’impossible. Que le fait qu’Amétysse arrive à en sauver la moitié tenait du miracle. 


«Aurore, tu…»

Son regard dériva vers le groupe loqueteux. Ils avaient besoin d’une bonne dose d’espoir autant que d’antidote. Elle changea son discours consistant à insulter la Tortionnaire et à lui faire remarquer l’impossibilité de son gage en un mensonge.


«Je les sauverai tous. Je ne les laisserais pas mourir. Vous avez entendu les gars? Je reviendrais vite. Je vous ramène l’antidote le plus rapidement possible, alors vous bilez pas trop!» 


Ses parents lui avaient-ils fait une promesse similaire avant de l’abandonner? «Ne t’inquiète pas, papa et maman reviennent tout de suite…» Elle chassa cette pensée de son esprit.

Avant qu’elle ne reparte au pas de course, un nouvel obstacle s’imposa à elle: elle ne possédait pas de montre. Demander celle d’Aurore? Elle n’osait pas. S’approchant de l’homme au haut-de-forme, elle réclama relativement poliment pour de telle circonstance:

«Grey, je peux t’emprunter ta montre s’t’eu plait?»


Le jeune homme eu la gentillesse de lui donner l’objet convoité. Amétysse détala aussitôt, lui lançant un remerciement par-dessus son épaule. Quel étrange personnage, tant amical que menaçant. Elle n’arrivait pas à se faire un avis sur son cas. Tout en courant en direction des tentes, craignant que cela ne répande le poison plus vite dans ses veines, elle régla la montre à minuit (ou midi) pile. Plus facile de voir le temps qu’il lui restait.

Arrivée au milieu du rassemblement de toiles tendues, elle s’arrêta net. Où chercher? Par où commencer? Devait-elle se montrer méthodique?

En moins de douze minutes, elle n’avait guère le loisir de réfléchir. En panique totale, elle fit irruption dans la première tente qu’elle trouva –personne n’y vivait, seul du matériel hétéroclite la remplissait– et la retourna complètement, en véritable ouragan. Rien. Absolument rien. Elle se jeta dans la tente voisine et recommença le même cinéma. Aurore se plaignait des souris qui se glissaient dans chaque recoin pour tout saccager? Elle était servie!

Neuf tentes plus tard, dont cinq abritaient les «artistes» du cirque, de véritables zombies qu’Amétysse avait secoués en leur hurlant des questions auxquelles aucun n’avait répondu: «Tu as vu ta maitresse? Est-ce qu’elle a mis un truc chez toi?» elle dû faire face à la terrible réalité.

Quinze minutes s’étaient écoulées. 

Elle tomba à genoux, les yeux fixés sur le cadran de la montre sans pouvoir s’en détourner, jusqu’à ce que les chiffres et les aiguilles se brouillent. Elle papillonna des paupières pour chasser les larmes, mais une nouvelle vague afflua aussitôt.  La jeune fille sanglota, incapable de s’arrêter. 

Un homme venait de mourir. Et elle aurait pu empêcher cela. 
Jamais encore elle n’avait eu la vie de quelqu’un entre ses mains, elle se sentait incapable de surmonter cet échec. Fallait-il l’imputer au destin, à la simple malchance?
Il n’y avait que deux véritables responsables. Aurore et Amétysse, alias Destin et Malchance. Et si mademoiselle Malchance ne se dépêche pas un peu au lieu de rester à pleurnicher, le deuxième prisonnier, l’homme brûlé, va mourir dans moins de quinze minutes. Et tu finiras par y passer, toi aussi. BOUGE! 

La jeune fille essuya ses larmes d’un geste rageur. Elle ne cessa pas de pleurer pour autant, mais c’était une question de symbolique. La montre à gousset bien serrée au creux de sa main, elle se releva et repartit en courant dévaliser les tentes à la recherche de sa perle rare avec la même frénésie qu’une acheteuse compulsive en période de soldes. Pendant ce temps, une pensée désagréable s’immisça dans son esprit, sans doute susurrée par le spectre.
Si elle trouvait l’antidote, ne valait-il pas mieux se l’administrer et fuir au plus vite, sans revenir vers les otages, vers Aurore? Il n’était pas dit qu’elle la laisse repartir si elle reparaissait devant elle. Amétysse avait là l’opportunité de quitter le cirque sans que personne ne la retienne.
Mais les prisonniers empoisonnés…
Elle leur avait dit qu’elle les aiderait. Ce n’était pourtant pas une promesse, elle n’y croyait pas elle-même. L’un d’entre eux avait déjà succombé au poison, les autres se doutaient désormais qu’il ne restait aucun espoir. Que toute chance de survie s’était évaporée depuis longtemps, depuis que mademoiselle Destin les tenaient entre ses mains aux ongles manucurés. 
Amétysse chassa cette idée. Les abandonner alors qu’elle pouvait tenter quelque chose? Hors de question. Jamais elle ne se pardonnerait d’avoir agi de la sorte.

En sortant d’une tente comme une furie, laissant un bazar monstre derrière elle, la jeune fille se heurta à un des zombies du cirque. Elle faillit repartir au pas de course sans s’en soucier d’avantage lorsqu’elle reconnut le mime aux lèvres cousues. Quoique, dans la situation actuelle, elle aurait pu s’en désintéresser tout autant si les paroles au premier abord sans aucun sens d’Aurore ne lui étaient pas revenues à la vue de l’épais fil noir qui traversait les lèvres du mime. La solution se trouve dans les draps du silence, un truc comme ça… Le silence, le mime rendu muet… C’en paraissait presque évident.


Attrapant les épaules du pauvre homme torturé de manière à fixer son attention divagante sur elle, Amétysse lui demanda, d’un ton un peu trop hystérique:


«Aurore t’as donné quelque chose? Est-ce que tu l’as vu passer? Est-ce qu’elle est entrée dans ta tente? Elle est où ta tente, où c’est que tu loges?»


Le regard du mime, toujours aussi vide, l’inquiéta grandement. Comprenait-il seulement ce qu’elle racontait? Elle le lâcha, reprit plus calmement:

«S’il te plait, amène-moi à ta tente… C’est très important, des gens vont mourir, et je vais y laisser ma peau aussi. Tu te souviens, je t’avais dit que je te sortirais d’ici? Si je crève dans l’heure qui vient, c’est foutu, tout est foutu. Alors je t’en prie, aide-moi…»


Le zombie vivant l’écouta, le regard toujours aussi mort, puis se remit en marche lentement, comme si cet intermède ne présentait aucune importance et qu’il se contentait de retourner à ses tâches habituelles. La jeune fille faillit en pleurer d’indignation. Elle se décida cependant à le suivre, à une heure pareille il irait peut-être se coucher… Hélas, le pas du mime était abominablement trainant, elle trépignait d’impatience derrière lui, jetant de rapides coups d’œil sous les toiles tendues sans apercevoir l’objet de ses recherches. Avec angoisse, elle regarda la montre à gousset. Cette fois, elle ne put retenir un sanglot et mordit dans son gant pour ne pas fondre en larmes.
Onze minutes s’étaient écoulées depuis le précédent décès. Le temps qu’elle revienne à la roulotte d’Aurore, deuxième prisonnier aurait succombé au poison, si ce n’était déjà le cas.
Quant à elle, il lui restait à peu près une heure à vivre.

De toute manière, que pouvait faire mademoiselle Malchance contre mademoiselle Destin? Ce bras de fer frôlait le ridicule. Tout le monde en connaissait l’issue. La fatalité menait la danse, rien ne pouvait détourner sa victime des pas qu’elle avait tracés d’avance. Alors, que pouvait un coup de guigne contre une telle force? 

Et cet ahuri de mime qui ne se dépêchait toujours pas! Bordel, ne comprenait-il pas le caractère catastrophique de la situation?! 
Non, pour lui cela ne présentait rien de grave. Seulement son quotidien. 

Il s’arrêta enfin devant une tente et y entra. Amétysse s’y engouffra à sa suite. Une "chambre" inhabitée, certainement celle du mime. La jeune fille ne sut s’il l’avait délibérément menée ici ou s’il rentrait simplement se reposer. Qu’importe. Elle le remercia, s’excusa d’avance et entreprit de fouiller la tente. Ce fut en secouant le lit qu’elle la trouva. Une seringue cachée sous les draps. La clé de cette mascarade se trouve dans le drap du silence… Tellement évident. Amétysse se maudit de ne pas y avoir songé plus tôt et se frappa le front. Quelle idiote! 

En lançant un bref: «Je te revaudrais ça!» elle bondit hors de la "chambre" du mime, courant de toutes ses forces jusqu’à la roulotte d’Aurore. Mademoiselle Malchance ne vaut pas grand-chose, elle n’a aucune chance de se mesurer à mademoiselle Destin, mais elle peut au moins l’emmerder. C’est là sa seule force. 


Amétysse arriva enfin aux lieux où tout se jouait, attirée comme un insecte par le halo ambré de la lanterne qui éclairait la triste scène. Elle jeta un coup d’œil à la montre: elle s’était absentée une trentaine de minute. Il restait à peu près dix minutes avant que la prochaine prisonnière, la femme un peu âgée aux multiples anneaux, ne rende l’âme.

La jeune fille se mordit la lèvre inférieure à la vue des deux corps étendus, mais s’interdit de s’apitoyer d’avantage. Elle n’en avait pas le temps si elle voulait sauver les autres. 
Elle se dirigea vers Aurore et lui présenta la seringue, avant de demander assez distinctement, bien que rapidement et essoufflée:

«Il y a de l’antidote pour combien de personnes la-dedans? Est-ce qu’il y a d’autres doses? Est-ce que tu promets de les libérer?»


Allons mademoiselle Malchance, tu ne gâches pas du tout la soirée de mademoiselle Destin, c’est toujours elle qui tire les ficelles…

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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Lun 6 Jan 2014 - 20:50
Hey ? Tu as perdus tes mots, ce n’est pas important. Là où la clé de la mascarade est cachée, tu n’en a pas besoin. Le silence sera ton ami. L’étourdissant silence, celui qui fait retentir comme des gongs, les derniers battements des cœurs ici présent.

Tic…tac…Le jeu contre le temps a déjà commencé très chère et tu es…en retard…en retard ! A chaque seconde qui s’écoule, c’est un peu plus de vie que la trotteuse de la montre arrache à ces pauvres monstres et à toi pauvre souris. A-t-on déjà vu un rongeur gagner contre un chat après tout ? La vie n’est qu’une cruelle réalité, bien que des personnages tirés de fiction soient enfermé dans ce monde, la réalité leur a rendu l’aspect humain. Ce terrible aspect suintant de douleur et d’égoïsme. La nature humaine…
Aurore était spectatrice de ce long spectacle qu’elle avait passé la soirée à mettre en place. C’était grisant, les hommes sont les partenaires de jeu idéaux, car ils nous réservent toujours des surprises, même dans le désespoir, certain ou plutôt ici, certaine, s’accroche et croient encore à l’impensable.
 
-Je les sauverai tous. Je ne les laisserais pas mourir. Vous avez entendu les gars? Je reviendrais vite. Je vous ramène l’antidote le plus rapidement possible, alors vous bilez pas trop!
 
Oh alors c’est ça que tu réponds à ma provocation ?
Le rire cristallin résonna suite à cette théâtrale tirade, et il s’accrocha aux pas de la jeune fille, le suivant comme son ombre, comme pour mieux lui rappeler que tout ici n’était qu’une sombre machination, tout comme les paroles qu’elle venait de prononcer. Puis le rire d’Aurore se perdit avec la silhouette de la jeune fille, tous happés par les ténèbres.
Hey, maintenant on attend, Grey et Aurore son hors-jeu pour le moment, c’est Amétysse qui a les cartes en main. Toutes ? Non pas tout à fait, il lui en manque deux pour avoir toutes ses chances. Deux cartes qui auraient pu lui servir, mais ce n’est pas drôle si l’on sait tout à l’avance. Le maître du jeu se doit de carter certains atouts dans sa manche.

La première carte qu’Aurore avait tut se nommait Restriction. Dans son empressement, la brunette n’y avait certainement pas songé et pourtant…un revers de roue et rien ne va plus. Peut-être aurait-elle dû se renseigner sur la dose d’antidote mis à disposition, puisque la directrice ne possédait qu’un flacon, pour une personne. Lors de la phase dilemme, nous auront tout le loisir de voir qui sera l’heureux destinataire de cet antidote…
Mais laissons, la deuxième carte était bien plus intéressante en vérité. Se nommant Coup de Bluff, rattachée à la scène qui s’était déroulée un peu plus tôt. En effet, le liquide qu’Aurore avait injecté de force à la pauvre Amétysse n’avait strictement rien de mortel…juste un peu d’eau, tout à fait potable. Sauf que cette carte, la jeune fille ne la détenait pas, et cela jouerait peut être sur sa décision finale…si elle arrive à temps.

Hey ? Combien vas-tu en sauver ? Tic Tac, déjà dix minutes, comme le temps passe vite. Tel un glas dans la nuit, la voix de Grey s’éleva pour faire remarquer à sa directrice que le prisonnier de gauche était en train de mourir. Il s’éteignit dans les minutes qui suivirent, sans qu’Aurore ai un regard pour lui. Ses iris bleues restait figées sur la trotteuse de la montre, qui marquait le temps qui passait. Quand bien même cette montres casseraient, le temps lui ne cesserait pas, c’est une puissance bien trop grande, c’est comme le feu, on ne devrait pas jouer avec lui. Mais avec Mademoiselle Boréale, les « devrait » et les « pas » sont bannis.
Tic tac…
Elle pouvait entendre au loin, les échos des caisses que l’on fait tomber, le bruit des portes que l’on claque. Peu importait toute la pagaille mise ici, Aurore n’avait jamais été quelqu’un de très ordonné. De temps en temps une lamentation, s’échappait de la bouche d’un des prisonniers, espérant ou désespérant sur leur sort à venir. Alors la directrice daignait leur jeter un regard, un regard noir malgré l’éclat de la lanterne, et elle leur sortait la même phrase : « vous l’avez méritez… ». Un sourire venait étirer ensuite ses lèvres, mais il n’avait rien d’amusé, mais quelque chose de crispé.
Tic tac…
Puis Grey réglé comme une horloge qui annonça :
 
-Baptiste vient de mourir.
 
Et la seule réaction de sa maîtresse fut cette pensée : Tient il s’appelait Baptiste…
S’en suivit un bruit de mécanique, non celui de la montre à gousset, rigoureux et imperturbable, mais celui d’une clé que l’on retourne. Celle rattachée au petit habitacle de bois, qui une fois tournée, délivra sa mélodie.
Tic tac, mélodie, tic tac, une note, tic tac, une chanson, la tant connu, la tant détestée qui accompagne le tintement des rouages rouillés, eux-mêmes qui renferment un secret bien gardé. « Ils me crient dessus,  je n'me relève plus, que s'est-il passé? Ton chant s'est stoppé. Ils n'obéissent pas, rien n'les arrêtera, j'ai besoin d'espoir, comme je veux te voir… »

Les mots sortirent des lèvres d’Aurore, et s’effacèrent immédiatement, une fois la barrière de chair franchis. Aucun ne fut audible pour quiconque, et ont eu juste cru que la demoiselle soupirait dans la nuit, ses yeux passant cette fois de la montre, à la ballerine qui tournait sur son podium.
Ainsi s’écoulèrent les dernières minutes avant que les bruits d’une course effrénée viennent perturber la jolie mécanique de la trotteuse, et celle de la ballerine. Avant qu’Amétysse apparaissent dans son champ de vision, Aurore eu tôt fait de refermer la boite à musique d’un claquement sec, et de reprendre un sourire narquois à la vue de la seringue.
Sans perdre un instant, le souffle coupé par l’effort, la brune l’assaillit de questions :
 
-Il y a de l’antidote pour combien de personnes là-dedans? Est-ce qu’il y a d’autres doses? Est-ce que tu promets de les libérer?
 
Hey, hey, hey…doucement ! Un peu de calme, la tempête n’est pas encore là. Elle s’abattra sur notre amie la croqueuse de Diamant que dans une dizaine de minutes. Ignorant donc superbement les interrogations pressées de la jeune femme se dirigea vers les deux corps à terre, et poussa le premier du pied. Il tomba sur le côté, inerte.
 
-Mort…fuh fuh….rappel moi ce que tu avais dit…Hum….
 
Aurore mit un doigt sur ses lèvres, faisant mine de réfléchir, et ajouta, le ton cassant :
 
-Ah oui ! « Je les sauverais tous. Je ne les laisserais pas mourir », assaisonné d’une bonne dose de « ça va aller les gars ». C’est plutôt pathétique de voir que ces belles paroles sont brisées par les deux cadavres que voilà…
 
La tension que se dégageait dans l’air frais de la nuit était palpable. Amétysse fit un pas en avant en direction de la jolie directrice. Un pas de menace, signifiant l’exaspération. Aurore eu tôt fait de la mettre en garde :
 
-Oh oh, tout doux petite sourie, j’ai plus d’une griffe dans mon sac…plutôt à ma ceinture dans le cas présent.
 
Joignant le geste à la parole, la jeune femme posa sa main sur le manche de son fouet d’épine, accroché à sa taille.

-Voilà, sois sage, respecte les règles de mon jeu. Je t’ai laissé tout de même un minimum de liberté, tu aurais pu t’en aller avec l’antidote….Oh mais c’est vrai, tu leur as fait une promesse que tu n’as pas tenu. A toi seule tu leurs a fait plus de mal que moi avec mes outils…en leur laissant entrevoir une lueur d’espoir qui s’est éteinte sur un coup d’aiguille. Fuh fuh…

 
Aurore marqua une pause caressant le manche en cuir de son fouet.
 
-Je vais répondre à tes questions…que tu aurais en somme, dû te poser avant de partir. Mais bon…dans tous les cas je tiens mes promesses, les prisonniers pourront partir, même les cadavres si tu le souhaites, après tout, ces jouets sont cassés, et personne ne les pleurs.
 
Hey ! Je vais te dévoiler une de mes cartes, la carte Restriction.
 
-Il y a une dose que pour une personne mon petit rongeur. On dirait que tu vas devoir faire un choix, et éteindre avec celui-ci, la petite flamme d’espoir que tu as fait naitre quelque minute auparavant, chez ceux qui ne bénéficieront pas de l’antidote. Tss, quel dommage. Oh et bien entendu il n’y a pas d’autres doses.
 
Hey, tu as joué et tu as perdu deux pions, mais le temps t’en prendra bien plus si tu ne te décides pas rapidement. Et si ce n’est pas le temps, ce sera le destin, puisque dans tous les cas il est tracé. Au mieux deux personnes vivront ce soir, quand à Aurore, elle a eu ce qu’elle voulait, sa récompense à ce jeu triste jeu, est le masque de désespoir qui se peint actuellement sur ta figure, petite souri, oh qu’elle a grise mine ♪
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Mer 29 Jan 2014 - 20:19
Son cœur battait la chamade, transportant le poison dans ses veines à une vitesse terrifiante; et si cela raccourcissait son ridicule répit? Une main plaquée contre sa poitrine, l’autre refermée sur la précieuse seringue, Amétysse tentait de reprendre son souffle afin d’apaiser ces tambourinements sourds entre ses côtes. Voulant assurer sa survie en accélérant la circulation sanguine, son corps s’autodétruisait. C’est con un corps quand même.
Son visage rougit par l’effort la brulait horriblement à cause des multiples écorchures qui le couvraient. Dans la frénésie de la recherche, ce désagrément supplémentaire fut relégué au second plan.
 
Pendues aux lèvres maquillées de noir, la jeune fille attendait le verdict, ce qui l’agaçait terriblement: elle n’avait justement pas le luxe de patienter! Enfin ces lèvres se décidèrent à s’ouvrir, mais pas pour prononcer les mots espérés.
 
«Mort…fuh fuh….rappel moi ce que tu avais dit… Hum….»

Aurore accompagna ces paroles d’un léger coup de pied dans le premier corps inerte, ce qui emplit le crâne d’Amétysse d’une rage surpassant la peur. Tu l’as déjà tué, ça te suffit pas? Un peu de respect bordel, même si ce n’est plus qu’un cadavre! Il a pas eu droit à de dignité dans ses derniers instants de vie, laisse-lui en dans la mort!
La Tortionnaire prit une pose pensive –Allez, dépêche-toi de cracher ton venin et de répondre à mes questions, on a pas que ça à faire!– avant de reprendre les dires d’Amétysse:
 
«Ah oui ! "Je les sauverais tous. Je ne les laisserais pas mourir", assaisonné d’une bonne dose de "ça va aller les gars". C’est plutôt pathétique de voir que ces belles paroles sont brisées par les deux cadavres que voilà…»

Ferme-la! C’est de TA faute s’ils sont morts! Tais-toi et arrête de nous faire languir, on a pas le TEMPS! La femme aux piercings va claquer dans cinq minutes! FERME-LA!
 
«Oh oh, tout doux petite souris, j’ai plus d’une griffe dans mon sac…plutôt à ma ceinture dans le cas présent.»
 
Amétysse ne comprit tout d’abord pas les raisons de cet avertissement. Elle se rendit soudain compte qu’elle venait d’esquisser un pas menaçant en direction de la Tortionnaire. Sans cette mise en garde, aurait-elle projeté son poing ganté sur le beau visage encadré de cheveux roses? Depuis quand la violence prenait si aisément le pas sur sa raison? Depuis qu’elle avait commencé à menacer les gens avec un couteau sans doute… Qu’est-ce que tu fous, Tyss? Ne rentre pas dans le jeu de cette timbrée. Mademoiselle Destin tire les ficelles, Mademoiselle Malchance s’empêtre dans les nœuds…

«Voilà, sois sage, respecte les règles de mon jeu. Je t’ai laissé tout de même un minimum de liberté, tu aurais pu t’en aller avec l’antidote….Oh mais c’est vrai, tu leur as fait une promesse que tu n’as pas tenu. A toi seule tu leurs a fait plus de mal que moi avec mes outils…en leur laissant entrevoir une lueur d’espoir qui s’est éteinte sur un coup d’aiguille. Fuh fuh…»


La jeune fille eut l’impression de sentir son cœur sombrer dans sa poitrine, et qu’il l’entrainait dans sa chute. C’est faux… Je ne leur ai pas fait de mal. C’est toi qui les as fait souffrir, comment leur apporter un peu d’espoir aurait pu les torturer? Je voulais les aider, et c’est ce que j’ai fait. C’est faux, n’importe quoi, je fais de mon mieux pour adoucir leur calvaire je leur ai pas fais de mal pas fais de mal jamais je ne ferais souffrir qui que ce soit surtout pas eux oh surtout pas eux ils ont tellement besoin de moi je voulais juste leur permettre d’espérer encore un peu c’est moins affreux que de croire que tout est perdu…  

Tu dérailles Tyss. Du calme!
La Tortionnaire n’avait peut-être pas tout à fait tort. Cela partait d’une bonne intention, mais les propos d’Amétysse n’eurent pas forcément l’effet voulu. Après, simple question de point de vue; est-ce plus terrible de périr avec l’espoir de s’en sortir?
Qu’importe. Ils étaient morts à présent. Et si Aurore ne se décidait pas à entrer dans le vif du sujet, au moins une prisonnière de plus y laisserait sa vie d’ici quelques minutes.   
 
«Je vais répondre à tes questions…que tu aurais en somme, dû te poser avant de partir. Mais bon…dans tous les cas je tiens mes promesses, les prisonniers pourront partir, même les cadavres si tu le souhaites, après tout, ces jouets sont cassés, et personne ne les pleure.»

Tu comptes me renvoyer toutes mes erreurs dans la gueule? T’as pas bientôt fini?
Au moins, elle avait enfin répondu. Pour l’instant, le verdict restait positif, la jeune fille vit les prisonniers se redresser, les yeux écarquillés. Moins enthousiaste, Amétysse attendait que vienne la mauvaise nouvelle. Mademoiselle Destin est trop retorse pour laisser la situation sur un happy ending. Et Mademoiselle Malchance trop maladroite pour pouvoir inverser la tendance.
 
«Il y a une dose que pour une personne mon petit rongeur. On dirait que tu vas devoir faire un choix, et éteindre avec celui-ci, la petite flamme d’espoir que tu as fait naitre quelques minutes auparavant, chez ceux qui ne bénéficieront pas de l’antidote. Tss, quel dommage. Oh et bien entendu il n’y a pas d’autres doses.»

Nouveau vide post-apocalyptique, dans lequel elle eut la sensation de tomber comme au fond d’un précipice. Papillonnant des paupières, elle évita de peu l’évanouissement. Ce n’était pas le moment, pas du tout.

Pas cela. Par pitié, comment pouvait-on faire un tel choix, comment pouvait-on pousser quelqu’un à faire un tel choix?
 
Tenant la vie d’une personne contenue dans une seringue de verre, Amétysse porta sa main libre à son visage meurtri. Elle soupira profondément. Ses doigts tremblaient. Elle ne voulait plus voir les prisonniers aux regards avides et terrifiés, ni la Tortionnaire, ni Grey l’esclave volontaire.  
 
Mourait-elle ce soir pour sauver un parfait inconnu? Vivrait-elle en laissant périr ces torturés à qui elle avait promis la délivrance?
Ses pensées s’entrechoquaient confusément sous son crâne, parfois couvertes par les battements sourds de son cœur à ses tempes, agité tel un métronome trop rapide, lui rappelant le temps qui passait, le poison qui ne cessait de se répandre.
 
BO-BOM.
Je veux pas crever.
BO-BOM.
Oh putain non, je veux pas crever.
BO-BOM.
L’antidote est juste là, dans ma main.
BO-BOM.
J’ai envie de fuir d’ici, loin très loin d’ici….
BO-BOM.
… Avec cette seringue.
BO-BOM.
Je suis pas assez courageuse pour me sacrifier...
BO-BOM.
… Il n’y a rien de lâche à cela.
BO-BOM.
Si, c’est horriblement lâche…
BO-BOM.
… Mais tellement humain.
BO-BOM.
C’est ce que veut prouver Aurore avec ses greffes bizarres, hein?
BO-BOM.
Que l’être humain est un monstre.
BO-BOM.
Eh bien…
BO-BOM.
… Elle peut aller se faire foutre.
BO-BOM.
Je ne lui ferais pas le plaisir d’ajouter une preuve à sa théorie foireuse.
BO-BOM.
Je ne fuirai pas.
BO-BOM.
Je ne laisserai pas mourir une personne que je serais en mesure de sauver.
BO-BOM.
Comment pourrais-je vivre normalement après cela?
BO-BOM.
Alors…
BO-BOM.
Autant partir en aidant quelqu’un.
BO-BOM.
Je ne veux pas mourir.
BO-BOM.
Tant pis.
BO-BOM.
Le Destin gagne toujours contre la Malchance.
BO-BOM.
Je vais mourir ce soir. Dans…
 
Amétysse osa à peine regarder la montre à gousset pour connaitre le temps qu’il lui restait à vivre. Malgré sa prétendue détermination, son choix n’était pas arrêté, elle fuirait certainement avec la seringue salvatrice à la plus infime tension supplémentaire.
 
Elle obtint une heure approximative sans avoir à consulter le cadran maudit.
Dans une affreuse convulsion, l’écume aux lèvres, la femme aux multiples anneaux rendit l’âme.
Malgré elle, la jeune fille avait regardé entre ses doigts. Sa main abandonna son visage pour serrer son améthyste. Plus la peine de se couvrir les yeux.
C’était la première fois qu’elle voyait quelqu’un mourir. Elle qui accordait tant d’importance à l’existence. Elle qui refusait d’accepter la souffrance. Elle qui croyait pouvoir sauver tout le monde.
Naïve, fragile gamine.
 
Par miracle, elle réussit à contenir ses larmes, mais sa gorge fut si nouée qu’il en devint difficile de respirer. Ç’aurait put être la tension de trop la poussant à fuir à toute jambe. Ce fut l’inverse. Non, décidément non, elle refusait que qui que ce soit d’autre ne décède en sa présence. Pas si elle était en mesure d’éviter cela.
Même si cela te coûte la vie?
 
Sans doute trop choquée et résignée pour paniquer, elle s’assit en tailleur face aux deux misérables survivants, puis consulta la montre de Grey. L’homme à l’œil fou mourra dans quinze minutes. Le dernier enfin, celui à la marque de fouet, dans quinze autres minutes. Quant à elle… Il lui restait moins de quarante-cinq minutes. A peu près.
Bien Tyss, parfait, puisque tu as décidé de jouer les martyrs, il te reste une ultime épreuve; tu vas périr pour l’un d’entre eux… Mais lequel?
La pensée qu’un autre otage ne quitte jamais le cirque lui mit le cœur au bord des lèvres. Encore un décès contre lequel elle ne pouvait rien. Quoique… Elle fouilla désespérément chaque parcelle de son cerveau à la recherche d’une solution, en vain. Mademoiselle Destin à tout prévu, évidemment, les tentatives de Mademoiselle Malchance ne peuvent qu’être vouées à l’échec…
 
Les prisonniers la fixaient, tant terrorisés que débordant d’espoir, tendus, attendant le verdict. «Donne-moi l’antidote, j’en ai besoin, vois comme je souffre, donne-le moi…»   
La logique voudrait qu’elle donne le produit salvateur à celui qui avait le plus de chances de s’en sortir, soit celui à la marque de fouet. L’autre n’était déjà plus qu’une loque à l’esprit fracassé. Mais justement, ne méritait-il pas un terme à son calvaire, la liberté, le retour à une vie paisible pourrie de traumatismes? Enfin, tant qu’il peut se plaindre d’avoir mal à son œil crevé et de faire des cauchemars, c’est qu’il est vivant.
 
Amétysse resta de longues, trop longues minutes immobile, les genoux ramenés contre sa poitrine, la seringue toujours solidement callée au creux de sa main. Au moment d’administrer l’antidote, sans doute se trouvera-t-elle incapable de la lâcher. Enfin, elle dit doucement, d’une voix aussi anormalement calme et vide que son expression.
 
«Aurore… Libère-les, s’il-te-plait.»
 
Elle aurait tant d’autres choses à lui dire, mais cela ne présentait aucune utilité. La directrice de ce cirque monstrueux aimait son univers où elle maitrisait l’horreur, ce n’était pas la peine de gaspiller le peu de temps qu’il lui restait à tenter de lui faire entendre raison.
 
Les prisonniers risquaient de se montrer violents pour obtenir l’antidote, mais avec la Tortionnaire dans les parages, la jeune fille espérait qu’ils n’en feraient rien. Et puis, le dernier des otages à périr pouvait au moins obtenir le privilège de mourir libre… si Mademoiselle Destin acceptait de détacher les chaines qu’elle utilisait telles des ficelles.
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Jeu 30 Jan 2014 - 15:40
Hey…je crois que c’est bientôt terminé. Tout le monde va se coucher, c’est toi qui remporte la mise petite brune. Maux, souffrance, emprunte noire, écœurante, dégoutante de cette autre toi que tu as vu ce soir. Celle qui tient un couteau, celle qui se fait violence, celle qui ne tient pas ses promesses, l’être humain est ainsi, une monstruosité qui se cache sous une peau rose. Cette peau si fragile qu’une feuille de papier suffit à l’effriter. L’esprit aussi est fragile, puisque que de simples mots peuvent le faire basculer dans la folie, ou l’enfermer dans une cage de remords qui ne s’en iront jamais. Quand on n’est pas prêt à faire mal, il ne faut pas jouer à des jeux dangereux.

Aurore avait suffisamment parlée pour ce soir. Un long moment elle apprécia toute les facettes du spectacle qui se tenait sous ses yeux. On pouvait apercevoir le visage d’Amétysse se fêler, chaque parcelle libérait une émotion à vif. Tristesse, désespoir, néant et mais le plus beau était l’énorme faille dans ses yeux. Un gouffre béant baigné de verre, ne reflétant qu’une crainte de la mort imminente et derrière bien caché, la tentation de s’en aller, de se sauver en partant avec la seringue.
L’espoir ? Fff, Aurore l’avait piétiné à coup de talon. Pour ne laisser qu’une terrible interrogation : se sauver ou sauver l’autre. Très nettement, la directrice pouvait imaginer les battements de cœur de sa prisonnière, déchirant un peu plus son âme, une détonation rapide et corporelle qui se synchronisait parfaitement au tintement d’aiguille de la montre à gousset.

Hey ! Un autre pion vient de tomber, il s’écrase lentement, dans un dernier râle s’échappant de lèvres souillées de salive, tel la vie quittant ce corps tourmenté. Un petit pion autrefois reine, mais qui entre les mains d’Aurore n’était rien…rien de rien !! Et Ametysse aussi, n’est au mieux que le fou, titubant gauchement de l’autre côté de l’échiquier. Case noire ou case blanche ? Connaîtras-tu vie ou trépas ?
Assommée par le poids d’une pièce à double face, la pauvrette s’écroula faisant face aux deux pions qui lui restaient, contemplant la lueur de vie derrière leurs yeux, sachant que l’un des deux tomberaient ce soir…que peut être les deux tomberaient ce soir…
Hey, tu n’as pas de roi à protéger, tu es libre de faire ce que tu veux !

Le choix importait peu à Aurore, qui restait là adossée à la roulotte. Qu’importe que ce soit pile ou face, l’herbe du cirque se nourrirait encore du sang empoisonné de quelqu’un. N’avait-elle pas eu tout ce qu’elle voulait ? L’âme déchirée de la brune, sa rage débordant dans ses gestes était une victoire que la directrice avait pris tout le temps de savourer. La nuit était avancé, elle n’avait plus envie de jouer. Le choix de Tyss serait le glas qui sonnerait l’heure du retrait. Il vint, avec une étrange résonnance :



«Aurore… Libère-les, s’il-te-plait.»

Hey ? Tu veux repartir avec tes lots ? Aurore fut assez surprise de cette demande. La victoire n’était pas totale, elle avait un goût inachevée pourtant elle décida de ne pas lui refuser. A quoi bon semer une nouvelle graine de tempête, ce regard vert restera pétrifié par toutes les précédentes qui se sont abattus. Et bien soit, que le fou maladroit s’enfui de l’échiquier, avec deux pions prêt à s’entretuer. Au lieu de semer encore du mauvais grain, Aurore préférait se débarrasser de ceux dont elle n’avait plus besoin.
Sans un regard pour son interlocutrice, la jeune femme, qui avait repris un air à peu près normal, rendu obscur par ses lèvres noires, se tourna vers Grey :

-Raccompagne-les tous les trois à au bout du bois, ça évitera à notre souris de refaire des dégâts.

Son serviteur s’exécuta. Il prit garde à détacher les prisonniers des cadavres, mais de laisser leurs mains entravé. Lui connaissait la dangerosité de ces raclures, ils trichaient sur tout, sur la vie, sur celle des autres. Aurore avait remis les  pendules à l’heure. Ils avaient joués avec ses propres règles et l’un deux subirait quand même le gage d’une mort prochaine.
Dans un cliquetis, de chaînes, rythmée par le tic-tac incessant, le groupe commença à s’éloigner.
La directrice lança un dernier dé dans la nuit :

-Hey ! Tyss, n’oublies pas ça, l’être humain joues toujours selon ses propres règles, c’est pour cela que la justice ne gagne jamais.

Le dernier mot s’envola sur une teinte plus prononcé et là-dessus, la jeune femme tourna les talons pour revenir dans sa roulotte. Son corps était encore grisé des évènements de la soirée, et se soulevait par saccade sous le joug d’émotions multiples, elle adorait ça.
Une cage au verrou cassé ? Cet évènement n’était plus un problème. Aurore balaya ses tourments du début de soirée, sous le pinceau du vernis qu’elle appliqua sur l’ongle qu’elle avait éraflé.

Hey, petite souris à la grise mine qu’as-tu à dire à présent ? On ne peut tricher au Dark Wood Circus, parce que les règles sont écrites d’avance et que c’est la directrice qui gagne toujours

Hors rp:
 
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Jeu 27 Fév 2014 - 0:18
Attendant le verdict d’Aurore, la jeune fille resta assise à même le sol, les genoux ramenés contre sa poitrine, la main crispée sur la seringue. A force de trop de tension, de terreur, d’impuissance face à l’horreur, elle se sentait terriblement lasse; comme un cauchemar ou un jeu qui tournerait à la persécution, elle voulait que tout cela cesse.
Trop fatiguée pour fuir, consciente de sa faiblesse; trop fatiguée pour s’occuper des blessés, pour prendre une décision quant à l’heureux receveur de l’antidote, pour passer devant les prisonniers sans pouvoir les aider, trop terrifiée pour mourir. Elle voudrait simplement ne plus être nulle part. Un lieu où il n’y aurait plus de cirque, plus de Tortionnaire, de mutilés, de poisons, de bouteilles de parfums maléfiques, d’esclaves volontaires. Que tout s’efface, que tout disparaisse, que la souffrance s’évapore comme par magie, que la folie d’Aurore s’envole de manière tout aussi inexpliquée. Que tout prenne fin.
 
Elle sera partiellement exaucée, puisqu’elle mourrait dans une trentaine de minutes.
 
Mais… Le cirque restera là, immuable, distillant la joie du spectacle par une plaie purulente, ouverte par la Tortionnaire. Si Amétysse disparaissait, qui s’inquiéterait du sort des prisonniers des roulottes-cages? Qui tentera de les tirer d’ici?
Parce que tu crois pouvoir les aider? Te dresser de nouveau face à Aurore? Idiote. Tu cherches seulement une raison de vivre, de t’accaparer l’antidote. Tu ne peux rien pour eux. Tu ne peux rien contre elle.
La confrontation des demoiselles Destin et Malchance ne fut pas équilibrée, contrairement à la pièce de monnaie. Pile ou face, Tyss? Que vas-tu choisir? Qui vas-tu sauver?   
 
Elle ne voulait plus penser à cela. Plus se poser ce genre de question. Le fantôme suceur de volonté fit enfin son apparition, enveloppant son esprit dans ce vide tant désiré, loin du cirque, loin de tout, nulle part…
 
«Raccompagne-les tous les trois à au bout du bois, ça évitera à notre souris de refaire des dégâts. »
 
Amétysse tressaillit, cruellement ramenée à la réalité. Mais cela lui permit de reprendre conscience, ses idées s’éclaircissaient, la première relativement cohérente qui daigna affleurer à son esprit fut: La souris t’emmerde.
Ils pouvaient partir, quitter cet endroit affreux, laisser la Tortionnaire derrière eux? Pas trop tôt!

La jeune fille se releva, tenant à peine sur ses jambes. Le "brave petit Grey " détacha les otages survivants, prenant soin de leur laisser les mains liées. Ce détail déplut à Amétysse, mais cela restait plus prudent… tant qu’elle était en possession de la seringue salvatrice. Sans un mot, elle suivit l’homme au haut-de-forme et ses deux prisonniers vers l’obscurité, hors du halo de la lanterne, et jamais, ô jamais s’éloigner d’une lumière pour plonger dans le noir n’avait paru si réconfortant.
 
Elle se raidit en entendant Aurore l’interpeller, craignant qu’une nouvelle idée monstrueuse ai fleurit sous la chevelure rose. C’était une ruse une simple ruse un faux espoir elle ne nous laissera pas partir j’aurais dû m’en douter…
 
« Hey ! Tyss, n’oublies pas ça, l’être humain joues toujours selon ses propres règles, c’est pour cela que la justice ne gagne jamais. »

Si tu le dis…

Amétysse se sentit immédiatement rassurée. RAS. Juste une très jolie conclusion à cette nuit que l’on pourrait difficilement qualifier de jolie.
Elle resta un instant immobile, observant la belle Aurore, la terrifiante Tortionnaire, lui tourner le dos pour disparaitre à l’intérieur de sa roulotte. La lanterne vacilla lorsque la jeune femme claqua la porte, éclaboussant de sa lueur ambrée des coins d’ombres qui ne demandaient qu’à rester dissimulés. La jeune fille serra son améthyste dans sa main, jeta un dernier regard au lieu où elle avait volé en éclats tel un certain flacon de parfum, aux cadavres qu’elle laissait derrière elle, avant de rattraper Grey qui avait pris de l’avance. Pourquoi se sentait-elle si soulagée, juste parce qu’elle quittait le cirque, parce que la Tortionnaire s’était désintéressée de son cas? Le calvaire continuait. Une seringue, deux estropiés, son décès imminent…
 
Amétysse jeta un dernier coup d’œil à la montre à gousset. Cela l’empêchait de voir l’intérieur des roulottes-prisons, et plus intéressant que fixer ses chaussures. Le prochain prisonnier rendra l’âme d’ici une dizaine de minutes. Il lui restait trente-cinq minutes à vivre dans le meilleur des cas. Elle rendit la montre à son légitime propriétaire.
 
«Tiens. Merci de me l’avoir prêtée, c’était sympa. Merci aussi de m’avoir soignée, et d’avoir été gentil avec moi. Cependant… »
 
Elle hésita un instant. Ce n’était certainement pas une bonne idée de le questionner, mais il y avait tant de choses qu’elle souhaiterait comprendre…
La jeune fille se tourna vers son guide, celui qui l’avait trainée ligotée jusqu’à la roulotte de la Tortionnaire, qui la menait désormais vers sa provisoire liberté. Elle ne devait pas être belle à voir, avec ses yeux rougis par les larmes et l’attaque au parfum, le visage chiffonné, parsemé de petites plaies. Elle aurait préféré que la mort la fige dans un meilleur état, quitte à choisir…
 
« T’as l’air d’être un type bien, alors qu’est-ce que tu fous ici, à faire un boulot aussi horrible? Comment tu peux accepter d’aider Aurore pour ses tortures? Regarder tous ces gens souffrir et mourir sans rien faire? Elle ne te fait pas de mal au moins? Si Aurore a quelque chose qui  mérite ton soutien, j’aimerais beaucoup savoir ce que c’est; j’aimerais tellement voir en elle un soupçon de bonté pour pouvoir arrêter de la haïr autant… Tu veux bien m’expliquer Grey? S’il te plait.»
 
Elle s’empêtrait, son discours n’était pas clair. Tant pis. Si elle décidait de passer ses dernières trente minutes de vie à faire la causette, on n’allait pas lui en vouloir de mal s’exprimer tout de même.
 
Amétysse jeta un regard inquiet aux deux prisonniers. Ils avançaient en silence, mais elle devinait la tension qui les habitait. Que donnerait-elle pour les rassurer, leur décréter que tout ira pour le mieux, que plus jamais ils ne souffriraient…
Pile ou face? Lequel vivra, lequel périra? A moins que la jeune fille n’ai pas le courage de lancer la pièce et s’enfuit avec l’antidote…
Que tout cela cesse, par pitié. Je ne veux pas faire un tel choix. Que tout cela disparaisse. Que cette situation se résolve d’un coup de baguette magique.
Que tout cela prenne fin… et je voudrais être là pour voir les choses s’arranger…
 
Mais le Destin est rarement tendre avec la Malchance, n’est-ce pas?
 
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Jeu 27 Fév 2014 - 16:54
Le rouquin était resté immobile durant tout le temps où sa belle maitresse jouait avec la petite souris qu’elle avait été attrapée. Il avait déjà assisté à pire venant de la part d’Aurore mais c’était ainsi. La jeune femme n’aurait pas dû ouvrir cette cage, une terreur à l’état pur pouvait se lire ses traits et le dilemme que représentais toutes ces vies en jeu était trop lourd à porter pour elle, il pouvait le lire sur son visage.

«Raccompagne-les tous les trois à au bout du bois, ça évitera à notre souris de refaire des dégâts. »


Grey hocha la tête et détacha les prisonniers en faisant attention de leur laisser les mains attachés. Il ne voulait pas qu’ils s’en prennent à Amétysse pour obtenir le précieux antidote, les gens faisait parfois de drôle de choses quand leur vie est en jeu. Il les porta donc jusqu’à la lisière de la forêt. Amétysse suivit à petits pas hésitants. Elle fut interpellée une dernière fois par Aurore, je poursuivais mon chemin, chargé comme il l’était, il se fera aisément rattraper. Après une dizaine, Grey aperçut dans son champ de vision la jeune femme brisée. Elle avait le regard fixée sur la montre à gousset qu’elle lui avait emprunté. Arrivé à l’endroit indiquer par sa maitresse, il lâcha les deux prisonniers en faisant attention. Il les déposa délicatement sur le sol.

«Tiens. Merci de me l’avoir prêtée, c’était sympa. Merci aussi de m’avoir soignée, et d’avoir été gentil avec moi. Cependant… »


Grey récupéra sa montre en lui offrant le sourire le plus chaleureux et écouta ce qu’elle avait à dire. Elle semblait en avoir besoin et comme il n’avait rien d’autre à faire et donc il pouvait bien lui accorder ce temps. Après tout, elle croyait qu’elle allait succomber à un poison qu’elle n’avait pas.

« T’as l’air d’être un type bien, alors qu’est-ce que tu fous ici, à faire un boulot aussi horrible? Comment tu peux accepter d’aider Aurore pour ses tortures? Regarder tous ces gens souffrir et mourir sans rien faire? Elle ne te fait pas de mal au moins? Si Aurore a quelque chose qui mérite ton soutien, j’aimerais beaucoup savoir ce que c’est; j’aimerais tellement voir en elle un soupçon de bonté pour pouvoir arrêter de la haïr autant… Tu veux bien m’expliquer Grey? S’il te plait.»

Voilà qui était inattendu, Amétysse allait mourir et elle voulait parler de lui et son rôle dans le cirque de sa déesse. Elle ne pouvait pas comprendre, c’était si particulier comme relation. Elle semblait perdue et surement qu’elle cherchait dans le rouquin une certaine stabilité. Mais elle n’avait pas choisi la meilleure personne pour ça. Mais il pouvait bien lui accorder cette discussion, elle l’avait demandé si gentiment.

« Elle ne me fait rien, je suis ici de mon plein gré. C’est le seul endroit où je peux faire des marionnettes sans être mal jugé. Ici, je peux être libre. Les gens prisonniers ici cherche à lutter, ils ne comprennent pas ce qu’elle peut leur apporter. »


Durant son discours, il remarqua le regard presque suppliant de la jeune femme sur les deux victimes.

« Amétysse. Tu... Tu n’es pas empoisonnée. Et je suis désolée de te le dire mais cet antidote ne pourra sauver qu’une seule personne. Le diviser, ne fera que les tuer tous les deux. Je sais que c’est une décision impossible à prendre mais n’hésite pas trop longtemps. »


Le roux avait hésité à révéler cette information à Amétysse. Mais son air désespéré l’avait convaincu de lui dire. Cela l’aiderait peut-être à faire un choix. Aussi dur soit-il.
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Jeu 13 Mar 2014 - 17:26
Ils avaient quitté l’enceinte du cirque désormais, ce qui rassura Amétysse. Soulagement fort inutile, le malheur coulait dans leurs veines, il les suivrait jusqu’au bout du monde. Mais où fuir lorsqu’il ne vous reste que trente-cinq minute à vivre?
 
Grey se décida à lui répondre, ce qui lui apporta également un certain réconfort. Une voix humaine ni ne proférait pas de menaces ni ne gémissait de souffrance, qui acceptait la discussion, posément, calmement…
 
« Elle ne me fait rien, je suis ici de mon plein gré. C’est le seul endroit où je peux faire des marionnettes sans être mal jugé. Ici, je peux être libre. Les gens prisonniers ici cherche à lutter, ils ne comprennent pas ce qu’elle peut leur apporter. »

Ce qu’elle peut leur apporter…? Amétysse ne comprenait pas non plus. Aurore pouvait-elle offrir autre chose que l’horreur, la souffrance, le noir sous le rose? Eclairer les zones d’ombres censées rester dissimulées, telle la lanterne oscillant à sa roulotte?

Alors qu’est-ce que cela pouvait être?
 
La jeune fille fut contente de savoir que son guide ne souffrait pas, bien que cela la trouble tout autant. Libre? Lui, l’homme de main de la Tortionnaire, obéissant au moindre de ses ordres? Ils n’avaient pas la même conception de la liberté. Enfin, tant qu’il vivait heureux, qu’espérer de plus?
 
Elle reporta son attention sur ceux qui la nécessitaient d’avantage, une main crispée sur l’antidote, l’autre sur sa pierre précieuse. Les empoisonnés. Ses otages libérés des chaines mais entravés par la mort ancrée jusqu’au plus profond de leurs corps, de leurs esprits dévastés. Tu dois trouver une solution, Tyss. Mais aucune n’est acceptable. Auras-tu réellement le courage de te sacrifier pour l’un d’entre eux?
 
Elle qui fut abandonnée par des parents qui ne l’ont jamais aimée, apparue discrètement devant la vitrine d’un bistrot comme une deuxième naissance calculée, silencieuse et sans souffrance; un retour au néant tout aussi calculé, dans la terreur et les larmes, pour avoir refusé de laisser tomber deux inconnus, n’était-ce pas une ultime farce du Destin?
 
Amétysse émergea brusquement de ses doutes profonds lorsque Grey reprit la parole.
 
« Amétysse. Tu... Tu n’es pas empoisonnée. Et je suis désolée de te le dire mais cet antidote ne pourra sauver qu’une seule personne. Le diviser, ne fera que les tuer tous les deux. Je sais que c’est une décision impossible à prendre mais n’hésite pas trop longtemps. »

CRAC.
Vide. Silence radio sous les lunettes d’aviateur.
Amétysse fixa longuement le jeune homme, cherchant à déceler le mensonge sur son expression avant que ce faux espoir ne devienne dévastateur. Rien. Grey paraissait parfaitement sincère.
 
Alors elle n’était pas empoisonnée? Elle pourra… vivre? Vivre? VIVRE!
 
Sans même réfléchir, mélangeant le simple rôle secondaire du messager et le message qu’il lui apportait, elle bondit dans les bras de Grey, s’accrochant à lui comme à un débris flottant après un naufrage; un secours inattendu, mais précaire et non prévu à cet effet.
 
«Merci Grey, t’es vraiment… vraiment… Ah, j’arrive pas à trouver mieux que «super sympa», mais tu mérites un compliment carrément supérieur! Merci de m’avoir prévenue. Merci de te soucier d’eux, de moi. Merci… »
 
La jeune fille se décida enfin à lâcher le pauvre Grey; son étreinte seulement, car elle comptait désormais tenter de le rallier à sa cause. Futile espoir, pourtant un chic type comme ça infiltré dans le cirque, elle ne pouvait laisser passer une chance pareille!
 
«S’il te plait, je ne sais pas si c’est trop te demander…  mais pourrais-tu faire quelque chose pour les prisonniers? Enfin, si tu es aussi gentil avec eux que tu le fus avec moi, c’est déjà génial... Mais pas suffisant pour tout ce qu’ils endurent. Je veux pas que tu prennes de risques, ni qu’il t’arrives quoi que ce soit, j’aimerais vraiment pouvoir compter sur toi pour… Je sais même pas au final, je peux pas te dire de les libérer, bien que ça reste mon plus grand espoir. Alors… Tu pourrais empêcher qu’il y ai de nouvelles victimes? Eviter qu’ils souffrent? J’ai besoin de ton aide pour les sauver… Et je dois être vraiment la dernière des connes pour te demander ça alors que tu bosses pour Aurore. Mais tu es la seule personne en mesure de m’aider, j’ai tellement besoin de toi… Tu veux bien?»

Eh bien… Tant de projets d’avenir pour une demoiselle qui voyait son décès survenir d’ici trente minutes…
Son discours, en plus d’être brouillon, se montrait des plus imprudents. Annoncer à l’homme de main de la Tortionnaire qu’elle ne comptait pas abandonner son plan utopique de libérer les prisonniers et de surcroit lui réclamer un coup de pouce. Mais pouvoir accorder sa confiance à quelqu’un restait un besoin pour la jeune fille. C’était quitte ou double, pile ou face.
 
Amétysse voulu consulter la montre, avant de se rappeler qu’elle l’avait rendue à Grey. Combien de temps avant que l’homme à l’œil fou ne succombe? Cinq minutes? Moins? D’avantage? La panique menaça de la submerger.
L’un d’entre eux devra périr, de toute manière. Il a perdu la raison, le poison a largement eu le temps de faire effet. Laisse-le partir, Tyss.
Cela restait le choix le plus rationnel, mais la jeune fille ne pouvait s’y résoudre. La folie et la terreur dans son œil rescapé implorait d’être soulagée, et la mort ne sera jamais un éternel apaisement pour Amétysse, plutôt un ennemi invincible qu’il fallait sans cesse repousser tant qu’il restait le moindre espoir. Mademoiselle Malchance contre le Destin…
 
Mais Grey lui avait bien fait remarquer qu’un seul des prisonniers pouvait être sauvé. Aucun d’entre ne méritait de périr. Etait-ce pour cela que la jeune fille ne cessait de bavarder avec lui? Pour perdre du temps et que l’homme à l’œil fou rende l’âme, ne laissant qu’un unique destinataire à la seringue salvatrice? Parce qu’elle avait fait son choix mais refusait de l’admettre?
Laisse-le partir, Tyss. Laisse-le partir.         
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Sam 15 Mar 2014 - 16:59
L’annonce de sa non-infection au poison de la belle Aurore eut plus d’effet qu’il n’y pensait. Il y eut un moment de flottement où la jeune femme chercha le mensonge sur les traits neutres du rouquin mais finalement ne décelant pas de trace de ce qu’elle cherchait, elle commença à assimiler la nouvelle pour finalement se jeter dans les bras du marionnettiste. Ne s’y attendant absolument pas, il faillit tomber à la renverse mais sur de ses deux jambes il réussit à résister à l’assaut. Même s’il ne comprenait pas très bien l’élan qui avait poussé la jeune femme à manifester une telle gentillesse à son égard. Etait-elle si désespérée pour voir Grey comme un sauveur ?

«Merci Grey, t’es vraiment… vraiment… Ah, j’arrive pas à trouver mieux que «super sympa», mais tu mérites un compliment carrément supérieur! Merci de m’avoir prévenue. Merci de te soucier d’eux, de moi. Merci… »


Il semblerait. Mais Grey était bien trop modeste pour croire aux paroles d’Amétysse. Néanmoins, il accepta ses remerciements. Elle le relâcha doucement même si elle restait proche de lui comme si elle craignait de le voir repartir parmi les tentes du cirque.

«S’il te plait, je ne sais pas si c’est trop te demander… mais pourrais-tu faire quelque chose pour les prisonniers? Enfin, si tu es aussi gentil avec eux que tu le fus avec moi, c’est déjà génial... Mais pas suffisant pour tout ce qu’ils endurent. Je veux pas que tu prennes de risques, ni qu’il t’arrive quoi que ce soit, j’aimerais vraiment pouvoir compter sur toi pour… Je sais même pas au final, je peux pas te dire de les libérer, bien que ça reste mon plus grand espoir. Alors… Tu pourrais empêcher qu’il y ai de nouvelles victimes? Eviter qu’ils souffrent? J’ai besoin de ton aide pour les sauver… Et je dois être vraiment la dernière des connes pour te demander ça alors que tu bosses pour Aurore. Mais tu es la seule personne en mesure de m’aider, j’ai tellement besoin de toi… Tu veux bien?»

Ce que demandait la jeune femme était de l’ordre de l’impossible pour le rouquin. Aurore était une déesse pour lui et ce qu’elle lui demandait c’était de désobéir à ses ordres. Jamais cela n’arriverait. Il ne décevrait jamais sa maitresse et il ne pouvait pas faire ce qu’attendait de lui Amétysse. Les victimes étaient le signe du bon vouloir de sa déesse et il ne pouvait aller contre. Ce n’est donc pas la requête de la jeune femme qui allait changer sa façon de penser. Et il faisait son possible pour que les conditions de vie des artistes soient les meilleures possibles tant que cela convenait à la belle Aurore.

« Je fais de mon mieux pour que leurs conditions de vie soient les meilleures possibles. Tu as pu constater l’efficacité de mes soins. »

Bien sur, il disait principalement cela pour rassurer la jeune femme. Il ferait ainsi tant que cela conviendrait à Aurore mais ses ordres étaient plus forts que n’importe quels mots. De plus, le rouquin n’avait rien promis. Il garda le silence quand il remarqua le regard de la jeune femme sur les deux victimes sur le point de mourir, il fallait qu’elle fasse vite son choix mais il était dur de décider qui doit vivre ou mourir. Peut-être cherchait-elle à gagner du temps en discutant ? Il est possible qu’elle ne veuille pas faire ce choix trop douloureux. Et Grey la comprenait, il ne choisissait jamais.
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MessageSujet: Re: Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte   Dim 20 Avr 2014 - 21:56
Les ombres noyaient toujours les bois dans lesquels ils se tenaient, seules les lueurs éparses des lanternes prouvaient que le cirque ne s’était pas dilué dans l’obscurité. Cette nuit semblait ne jamais vouloir finir. Pourtant, Amétysse n’attendait que cela ; que le soleil dissipe les ténèbres, chasse les spectres suceurs de volonté et éclaire les monstres d’un soudain éclat d’humanité.
Un Deus ex machina qui ne daignera jamais arranger la situation d’un claquement de doigts.
 
Dire qu’elle attendait désormais avec impatience que le jour se lève, alors que quelques minutes auparavant, elle craignait chaque seconde qui passait, persuadée de ne plus revoir le moindre rayon de lumière.
Alors, puisque qu’un peu d’espoir revenait, Grey acceptera-t-il de souffler sur ces braises à peine ranimées? Se laissera-t-il toucher par sa tirade incohérente?
 
« Je fais de mon mieux pour que leurs conditions de vie soient les meilleures possibles. Tu as pu constater l’efficacité de mes soins. »

Quelle gentille manière de refuser. Non petite Tyss, je n’en ferais pas d’avantage…

Il n’avait ni soufflé sur les flammes naissantes ni piétiné les braises ; simplement ignoré cette infime source de chaleur lumineuse qu’Amétysse chérissait.
La jeune fille sourit et hocha la tête.
 
« Je te fais confiance pour continuer d’être efficace, alors. Merci Grey. »
 
C’est faux Tyss, tu es horriblement déçue. Pourquoi le dissimuler dans une situation aussi critique? Pourquoi ne pas lui hurler dessus comme tu rêves de le faire?
Parce que je n’ai pas envie d’engueuler Grey. Je ne veux pas qu’il les abandonne parce que je l’ais agacé.   
 
Dong.
Comme si le temps lui-même venait de sonner un glas muet, le sursit de l’homme au regard fou prit fin. Il eut un mouvement de panique vers Amétysse –ou plus exactement vers la seringue qu’elle tenait –, handicapé par les liens qui entravaient ses mains, avant de s’écrouler dans un affreux gargouillis. La jeune fille tomba à genoux vers lui et l’enveloppa de ses bras, cherchant désespérément à le réconforter dans ses derniers instants. Vain. Ridicule.
L’agonisant se débattait, la frappait de ses poings liés, grognait des suppliques rageuses. Amétysse ne le lâcha pas. La seringue qu’elle tenait à la main était pressée contre la peau de l’empoisonné, tout près, si près, l’antidote prisonnier de la cage de verre au lieu de circuler sous sa peau.
A la manière dont il se débattait, la jeune fille avait l’impression que c’était elle qui le tuait, l’étouffant dans ses bras, faisant naitre l’écume à ses lèvres qu’elle sentait glisser dans son cou. Pourtant oh, pourtant, même auprès de tous les malades qu’elle visitait dans les hôpitaux, jamais elle n’avait tenté de transmettre tant de douceur et de réconfort. Ignorant les coups qui entrecoupaient ses paroles de spasmes douloureux, elle murmurait à son oreille des mots sans intérêt, dénués de sens dans cette situation, mais qui lui permettait d’entendre une voix douce qui ne proférait pas des menaces à son égard.
L’agonisant cessa soudain de bouger, se serra contre elle comme s’il avait froid.
Plus rien.
Amétysse ne sentait plus son souffle dans son cou, juste ce filet de salive qui continuait de couler. Elle resta un instant paralysée, incapable d’essuyer sa nuque ni de lâcher le corps inerte. Un homme venait de mourir dans ses bras. Alors qu’elle détenait l’antidote pour le sauver.
 
Elle s’ébroua mentalement et allongea le cadavre sur le sol. Elle ferma son unique œil où ne subsistait plus la moindre trace de folie. Plus de terreur sur son visage non plus, aurait-elle réussit à l’apaiser, ne serait-ce que dans la dernière seconde, lorsqu’il s’était blottit contre elle?    
 
Amétysse se releva. Elle se sentait vide, comme si le contenu de son crâne et ses os avait été remplacés par du coton. Malgré cette étrange faiblesse, elle s’avança vers le dernier prisonnier survivant. Celui-ci l’observait, les yeux ronds, frémissant de frayeur et d’espoir. Elle s’assit à côté de lui et prit son bras droit, tentant de réfléchir. Devait-elle piquer comme pour un vaccin, ou directement dans la veine, comme Aurore le fit pour injecter le poison? La jeune fille opta pour la deuxième solution. Elle déplia les doigts serrés autour de la seringue avec difficulté, et planta le plus délicatement possible l’aiguille dans le sillon bleu au creux du coude de l’empoisonné.
 
« Ça va, je te fais pas mal? »
 
Il leva vers elle un visage effaré. Elle se souciait d’une ridicule douleur de piqure alors qu’elle lui administrait un antidote et qu’il avait certainement subit de multiples tortures. Le produit salvateur quitta son contenant de verre pour se diluer dans le sang de l’ex-prisonnier. Amétysse retira l’aiguille puis la jeta dans sa sacoche avant d’en sortir une boite de pansements.

 
« Tu préfères quoi comme motif, des grenouilles roses en tutu, des nounours à pois verts en tutu, des canards lilas à pois verts en tutu ou des pingouins et ours polaires tout mignons sur fond bleu pastel? »
 
Alors que le rescapé lui jeta un nouveau regard stupéfait, elle opta finalement pour un pansement avec des petits chats noirs assis sur des citrouilles qu’elle appliqua sur l’unique goutte de sang qui perlait au creux du coude de son premier cobaye aux piqures. 
 
« Pendant qu’on y est, je vais soigner les reste… bouge pas, ça va piquer un peu »
, prévint-elle en s’emparant du désinfectant.

 
L’homme eu un mouvement de recul, esquissa un geste pour s’enfuir. D’un bond, Amétysse s’installa sur ses genoux pour l’empêcher de se relever (elle avait vérifié plus tôt à sa manière de marcher qu’il ne souffrait d’aucune blessure grave aux jambes).
 
« Ecoute bien l’ami, tu viens de frôler la mort de quinze minutes, un autre type aurait pu vivre à ta place et j’étais prête à y laisser ma peau, alors t’as pas intérêt à crever d’une infection, ce serait trop con. »
 
Surprit, il s’immobilisa. La jeune fille le rassura d’un sourire et d’un « Ça va aller » tout ce qu’on fait de plus commun, puis entreprit de désinfecter la marque de fouet sur son torse, ainsi que toutes autres plaies qui marquaient sa peau avant de les panser. La poitrine ainsi entourée de bandes de gaze, il ressemblait à un soldat revenant du front ; cette impression s’atténua lorsqu’elle le couvrit de pansements aux motifs pour enfants.
Elle se sentait apaisée. Elle soignait quelqu’un, plus personne ne mourrait ce soir. Le cauchemar était derrière eux.
 
Amétysse se releva, relâchant du même coup son «patient», et lui tendit une main amicale pour l’aider à se redresser. Le blessé fixa alternativement la main tendue et le visage de la jeune fille avant de secouer doucement la tête.
 
« Tu es complètement stupide. Jamais je n’aurais fait cela pour toi. Aucun des prisonniers n’aurait fait cela pour toi. Occupe-toi de tes affaires et pense d’abord à sauver ta peau, tu auras peut être une chance de survivre ici. »
 
Durant sa tirade, il s’était relevé et commencé à s’éloigner, visiblement désireux de fuir au plus vite. La colère empourpra les joues de la jeune fille, enflammant les multiples entailles sur son visage. Saisissant un caillou, elle le jeta dans la direction de l’ex-prisonnier, prenant garde à ne pas le toucher.
 
« C’est parce que t’es tombé sur une conne que t’es toujours en vie. Alors un peu de respect pour les crétins sans instinct de survie. »
 
Il se tourna vers elle, de l’amusement sur son visage. Sa liberté lui redonnait des forces, la jeune fille en fut soulagée.
 
« C’était un conseil, il ne fallait pas le prendre comme cela… Tu as eu beaucoup de chance de t’en sortir. Je te remercie pour cet accès d’inconscience que tu as pris pour du courage, mais évite de te fourrer dans ce genre de situation, il n’y a pas assez de «crétins sans instinct de survie» en ce monde pour que quelqu’un vienne à ton secours. »
 
Amétysse faillit éclater de rire. De la chance? Quelle plaisanterie. Elle était en vie parce Mademoiselle Destin en avait décidé ainsi.
 
Il se détourna et s’enfonça dans l’obscurité. Cette fois, il ne s’arrêta pas lorsque la jeune fille l’appela. « Quelle mentalité de merde », marmonna-t-elle entre ses dents. Étaient-ce les règles de ce monde ?   
L’être humain joues toujours selon ses propres règles, c’est pour cela que la justice ne gagne jamais.      
 
Il va falloir changer cela.
 
Amétysse se retourna, un adorable sourire sur le visage. Le cadavre était toujours là. Pas Grey. Son sourire factice s’effrita. Elle fit un tour complet sur elle-même, tentant de percer l’obscurité, mais aucune trace du jeune homme aux cheveux roux. Au cas où il serait toujours dans les parages, elle lança dans le vide:
 
« Eh, Grey! Merci encore pour tout! Oublie pas, prend bien soin d’eux s’il te plait! »
 
Et maintenant?
La jeune fille était seule désormais. Seuls le corps étendu dans l’herbe et les multiples douleurs qui la parcouraient lui prouvaient que ce cauchemar fut réel. Elle observa un instant le cadavre, hésitante. Pouvait-elle le laisser pourrir ainsi en plein air, sans sépulture décente?
Si tu veux lui creuser une tombe avec les ongles, libre à toi.
Que devait-elle faire alors? Lui joindre les mains sur la poitrine? Une petite prière? Laisse tomber. Où il est, il s’en fout pas mal.  
 
Amétysse quitta donc les lieux, essayant de ne pas regarder en arrière pour apercevoir au loin les lumières du cirque noyées dans l’obscurité. Les ombres qui l’entouraient l’inquiétaient beaucoup moins que ces lueurs lointaines. «L’heure avant l’aube du jour suivant est toujours si cruellement noire… »
L’aube approchait.
 
La jeune fille sera son améthyste dans sa main en songeant aux paroles du seul rescapé du Dark Wood Circus.
Chance ou Destin, peu importe à qui elle devait son salut.
Elle était en vie. 


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Malchance ou destin, peu importe qui te mène à ta perte

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