Petit humain, mais qu'as-tu fait ? Ouvrir ce livre, pris de curiosité ! Quelle grave erreur, car dès maintenant, les contes te garderont pour eux !
La seule manière de t'en sortir, c'est de te battre et survivre. [RPG Survival Conte&Humain]

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 [Intrigue 1] Parce que la culpabilité ronge

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MessageSujet: [Intrigue 1] Parce que la culpabilité ronge   Lun 2 Sep 2013 - 14:56
Kû Fei était vraiment fatiguée. Elle s’effondra sur son lit et regarda distraitement le plafond pendant un bon moment, tandis que son corps sombrait lentement dans le sommeil. Elle observait fixement le mur sans le voir, en faisant l'emploi du temps du lendemain. Elle se tournait distraitement vers sa droite, somnolent à moitié et… Faillit faire un bond de trois mètres. Sa réplique exacte la fixait, impassible, et ne tiqua pas lorsque son original se redressa et se plaqua contre le mur, les yeux écarquillés, au bord de la crise cardiaque.

« Mais enfin que …?»

Son double secoua la tête, l’air consterné, soupira, balaya de son regard la pièce, et déclara posément :

« Je suis ton ombre.» Tandis qu’elle contemplait la fille dont elle avait reproduit chaque geste pendant des années, elle reprit « Les temps vont enfin changer. Tu ne vas plus jamais te réveiller, et moi, je vais prendre ta place en ce monde. »

Et sans rien ajouter d’autre, elle ferma les yeux. Kû Fei eut tout juste le temps de cligner les siens, et se retrouva sur une surface blanche et laiteuse. Elle fit un pas, éveillée (ouais c'est super logique je sais). Son pas fit soulever un peu de brume derrière elle, avant que celle-ci ne retombe lentement, entrant de nouveau en harmonie avec la surface laiteuse. Elle regarda cet étrange spectacle, ne parvenant plus à penser à rien. Ce sol... Un souffle semblait pouvoir le disperser, et pourtant sous ses pieds il avait l'air bien solide. Il semblait si fragile. Frissons. La voix de sa réplique la sortit de sa transe l’air toujours aussi calme, assise sur le côté en tailleur à côté d’elle :

« Je vais t’expliquer en bref. Pour être enfin débarrassée de toi, je dois te vaincre. De cet endroit naîtra tes propres peurs, qui te m’aideront à t’anéantir. Si je te révèle ceci, c’est pour que tu réfléchisses à tes peurs pour qu’elles prennent vie et que je les modèle comme bon me semble, tu l’auras sûrement compris. »

Elle ne tourna même pas la tête. Pourquoi vouloir prendre sa place? Quelle pensée absurde. Qu'avait-elle dit, tout à l'heure? Qu'elle était son ombre? Et que voulait-elle qu'elle réponde? Tout allait bien trop vite. Les événements (étaient-ce vraiment des événements?) se succédaient trop vite. Son double lui disait trop de choses trop vite. Et comment pouvait-elle savoir si cette dernière disait la vérité? Était-ce elle-même, en fait? Était-ce un rêve? Ou alors son imagination lui jouait des tours. Rêvait-elle? Elle n'en avait pas l'impression. Elle ne rêvait pas souvent. La deuxième Kû Fei se tritura un instant les ongles, esquissa un semblant de sourire, puis reprit :

« Nous allons jouer à un jeu. Mais tu vas deviner lequel. Tu te souviens du jour où tu as tué indirectement ce lapin? Ca paraît bien anodin, formulé comme ça. Si je me souviens bien, tu étais encore jeune non ? Je vais te rafraîchir la mémoire, étant donné que tu ne le feras pas par toi-même… »

Le paysage blanc se modifia, se modela, des formes et des couleurs apparurent, formant un paysage. Un paysage qui rappelait quelque chose à Kû Fei. Il venait de l’un des souvenirs qu’elle avait enfoui dans sa mémoire pour ne plus jamais s’en souvenir, justement. Elle fronça les sourcils. Quand avait-elle vu un tel paysage ? Elle ne souhaitait pas le savoir. Mais pourquoi son ombre voulait-elle faire renaître des événements désagréables? Elle avait mal à la tête. Un vide, un néant devant elle. Elle s'empêchait de penser pour ne pas se torturer. Elle voulait faire des rêves normaux, où les ombres ne viennent pas en disant : Ah, au fait, je viens prendre ta place en ce monde. J’espère que ça ne te dérange pas. Je te fais une tasse de thé à la menthe ? Non, elle voulait une nuit reposante et sans rêves. Elle se pinça pour que la douleur la réveille. Et fronça les sourcils. La douleur était bien là, mais rien n’avait changé. Elle prit son bras, respira profondément, puis le mordit sauvagement, en y mettant toute sa volonté. Elle parvint même à s’entailler un peu la peau avec ses canines, et un mince filet de sang sortit lentement de l’entaille. Malgré le fait que le paysage n'avait pas changé, la douleur de son bras concentra toute son attention durant un instant. Son double l’observait narquoisement, avec un air de: Tu es vraiment dingue ma pauvre, tandis que toutes deux se retrouvèrent au bord d’un chemin de terre.

Un chemin bordé d’un côté par la forêt, de l’autre de la campagne. Un jour ensoleillé, où les couleurs semblaient  plus claires, plus vives, plus belles que d’ordinaire.  Une belle journée pour se promener. Une gamine métisse aux petites couettes blondes courait sur ce même chemin en riant.


La véritable Kû Fei se mordit la joue. La suite lui revenait en mémoire.


Ses parents suivaient derrière, souriants. Heureux. Le portrait parfait d’une famille unie. La petite fille avait trouvé un papillon et sautillait derrière lui en riant. Elle trébucha. Et son regard croisa celui d’un petit animal caché entre les buissons. Elle avança dans sa direction à quatre pattes, en souriant. Et dévisagea le lièvre tremblant, car c’en était un, en souriant. Puis se rapprocha encore, toujours avec un grand sourire.
« Hé ? » fit-elle en chuchotant. La petite bête terrorisée sursauta, les muscles bandés, prête à bondir. « Tu joues à cache cache ? »
Des paroles innocentes, prononcées par une petite fille qui l’était tout autant. Elle regarda dans toutes les directions, pour voir avec qui le petit animal jouait. Ce dernier choisit ce moment pour bondir. Il fit craquer des brindilles, et s’enfuit sous l’œil de la gamine, qui venait de reporter son attention sur lui.
« Attend ! » s’écria-t-elle.
Elle se releva et s’élança dans sa direction.
Kû Fei voulut l’interposer et se plaça devant elle. Mais l’enfant passa au travers d’elle, un court instant percée d’un trou tandis que de la brume s’envolait. Puis cette dernière revint à sa place, et la fillette fut de nouveau entière. Kû Fei la regarda, impuissante.
Il y eut de l’agitation. Elle la perçue, et sa curiosité se renforça tandis qu’elle écartait les feuillages verts pour suivre le petit lapin. Et croisa de nouveau un regard. Un regard vert, dans l’ombre. Elle recula, effarée. Ce regard là appartenait à une bête bien plus grosse. Et elle tenait entre ses crocs un lièvre agonisant, frémissant à peine. Quelle était la nature de la bête ? Renard, loup, belette peut-être ? Ou autre chose. Un prédateur, en tout cas. Qui la fixait avec insistance. Elle revint sur le chemin en courant, affolée. Et se répétait les paroles qu’elle avait prononcées quelques secondes plus tôt. -Tu joues à cache cache ? -Non, à la vie.



Les arbres s’enfoncèrent, tandis que toutes formes et couleurs s’atténuaient pour se réunir et redevenir une surface plate et laiteuse. Les deux demoiselles se regardaient. L’une avait un petit sourire insistant, l’autre avait l’air neutre. Mais en son for intérieur, elle se remémorait les instants qui avaient suivis cet événement.

La même scène qu’au tout début, celle de la famille unie, avec le sourire des parents, inconscient de ce que venait de vivre la petite. Les rires s’étaient envolés. Le vent les avait balayés. La petite fille marchait en silence, ne cherchant pas à oublier la scène, mais à l’analyser de fond en comble, se torturant l'esprit. Elle avait finit pas en conclure que le cache cache pouvait être dangereux. La grosse bête avait-elle demandé son avis au lapin? D'après le regard de celui-ci, sûrement pas. Elle eut un frisson. Et en avait fait des cauchemars durant de nombreuses nuits après.

« Te souviens-tu ? »

Une voix, une phrase, peuvent-elles tout faire s’écrouler ?
Kû Fei ne répondit pas.
Un silence, un blanc, peuvent-ils témoigner de la fin ?
Car toutes deux savaient déjà ce qui allait suivre. L’une l’avait deviné, l’autre l’avait préparé. Deux portraits presque identiques, l’un revivant amèrement déjà les souvenirs, l’autre jubilant déjà d’une victoire facile.

« Te souviens-tu ? »

Car les souvenirs étaient le principal objet de torture de Kû Fei. Car elle éprouvait des remords qui la tenaillaient. Car elle fuyait depuis trop longtemps des vérités trop facilement découvertes.

« Te souviens-tu ? »

Car elle n’avait pas réussi à supporter ses conclusions. Car elle n’avait pas réussi à faire un deuil, un seul…

« Je suis sûre que oui. »

Alors l’ombre allait l’exploiter pour l’affaiblir, puis aller l’anéantir entièrement. Une nuit de sommeil peut-elle être la clé d’une existence ?
Alors les formes changèrent et se modelèrent en un nouveau paysage, différent. Une maison grise, que personne n’avait eu le temps ni l’envie de peindre, se dessina. Une ou deux tuiles étaient tombées, mais nul n’avait voulu les remettre en place. Cette maison, malgré tout les efforts de Kû pour la faire disparaître, elle s’en souvint aussitôt. Mais elle s’était préparée aux deux filles insouciantes qui riaient en se poussant sur la balançoire. Elles aussi allaient jouer à cache cache. Et l’une d’entre elles allait y laisser la vie. Car le cache cache n’est rien de plus que le reflet de la réalité…

 « On joue à cache cache ? »
La petite fille rousse qui avait posé la question était la cousine de la fille aux cheveux dorés.
« D’accord ! »
Et cette même enfant blonde allait tuer la fille rousse.
« C’est toi qui cherche ! »
« Oui ! »
La gamine se recroquevilla et commença à compter, tandis que l’autre regardait dans tout les sens pour trouver une cachette. Elle s’élança finalement vers le grenier, en se félicitant elle-même.
Fei ne la trouverait jamais ! Elle mit un bout de temps avant de réussir à ouvrir un placard délaissé.
« J’arrive ! »
L’enfant accéléra ses gestes, s’affolant. Elle saisit la clé du placard, et s’y enferma, signant son arrêt de mort. Car le placard n’avait pas d’entrée d’air. Et qu’elle n’allait pas retrouver la fente qui aurait pu permettre de lui sauver la vie. Car sa cousine tirerait des conclusions trop hâtives. Car elle avait trop envie de gagner pour appeler. Et la proie succomba dans son propre refuge.
Pendant ce temps, l’autre fouillant chaque pièce en hurlant à tue-tête :
« Elise ! Je vais te trouver ! »
Elle bouscula sa tante et se confondit en excuses avant de reprendre ses recherches. Cette dernière esquissa un sourire et secoua la tête avant de se remettre à ranger la cuisine.
La fillette aux couettes blondes finit par arriver au grenier. Quand elle parvint au placard, elle tenta de l’ouvrir en vain.
« T’es cachée là-dedans, j’en suis sûre. »
Un petit rire étouffé lui parvint. Elles s’étaient mises d’accord que si Kû n’arrivait pas à la retrouver avant le déjeuner, celle-ci aurait perdu. Et Kû savait bien qu’Elise avait vraiment très envie de gagner. Elle y tenait. Alors Kû fit comme si elle n’avait pas entendu ce rire et continua à faire semblant de chercher avant le dîner. Avant de sortir du grenier, cependant, elle s’exclama :
« Ce placard ouvrait pourtant hier ! Ma tante l’aurait fermé ! »
Et elle entendit de nouveau ces rires étouffés qui lui firent chaud au cœur. Elle ne tint pas compte que ces rires semblaient entrecoupés d’un souffle haletant dans la chaleur et le manque d’air désormais bien présents dans le placard.


« A table ! »
Kû Fei se précipita dans le grenier, et fit :
« Elise tu as gagné ! Viens on va manger ! »
Silence.
« Elise ! Je sais que tu es là-dedans ! »
Silence. Une angoisse montante. Elise aurait du au moins rire du fait qu’elle faisait comme si elle n’était pas dans ce placard non ?
« Elise ? »
Kû Fei colla son oreille contre le placard. Derrière sa petite silhouette inquiète se tenait les deux autres Kennedy, bien plus grandes, qui l’observait. Elle s’inquiéta de ne pas entendre le souffle de celle à qui elle demandait de sortir. Le retenait-elle pour la tromper ? Etait-elle déjà en bas ? La fillette donna de grands coups sur le placard, qui finit, étant déjà ancien, par craquer, et à force de coup, la porte s’écroula. Une forme sombre gisait, sur le sol de bois, les yeux écarquillés mais vitreux, une main sur le cœur, l’autre serrant tant la clé que ses jointures en étaient devenues blanches. Mais peu à peu, cette main se desserrait, abandonnée de volonté. Ses yeux devaient, une seconde plus tôt, être dirigés sur la porte. A présent, ils étaient plongé dans la regard d’une petite fille qui se retenait de hurler, la main sur la bouche, tremblante d’effroi.
« ELISE ! »
Elle se jeta sur cette forme pâle et sans vie, mais fit un bond en arrière à son contact froid. Si froid. Une goutte s’écrasa sur le sol. Pleuvait-il dans le grenier ? Une autre. Et tandis que les larmes s’échappaient de ses yeux, la masse frémissante commença à gémir. Ca commença par des sanglots. Puis petit à petit, un long cri s’échappa de sa gorge, désespéré et terrorisé :
« Aaaaaaaaaaaaaah ! »
Il fut interrompu par des hoquets douloureux puis reprit, entrecoupés par des sanglots.
« Elise ! Elise s’il te plait répond-moi ! Tu as gagné, c’est bon ! Elise ! »
Il se termina dans un gémissement, et elle se recroquevilla sur elle-même. Elle s’endormit, épuisée par tant de larmes versées.


De nouveau, la brume perdit ses couleurs et ses formes, et tomba sur le sol. Mais à mesure que les souvenirs se ravivaient, la couleur blanche du sol prenait des teintes sales, comme si des personnes l’avaient piétiné avec des pieds pleins de boue. Ou des souvenirs.

« Nous allons jouer, nous allons nous amuser ! »

A mesure que la jubilation du clone de la fille jubilait et que l’authentique plongeait dans l’amertume, le sol devenait de plus en plus pourpre et sale, sale et pourpre.

« A présent, pars vite te cacher, ton ombre va te retrouver ! Nous allons jouer et nous amuser ! »

L’autre voulut parler, protester, questionner, mais la brume céda comme elle le craignait sous ses pieds, formant gouffre de terreurs passées.
Elle se retrouva dans une forêt sombre. Elle n’eut même pas à faire trois pas qu’un village apparut à ses yeux. Et si, et si… ? Et si son double apparaissait derrière elle ?

« Je t’ai trouvé ! »

Lorsque toutes les peurs d’un être se réalisent, peut-il vraiment y réchapper ?
Elle se mit alors à courir. Sans rien penser. Et entra dans une maison. Mais pourquoi ne pas combattre ? Parce et si, si… Si chacun des coups qu’elle portait à son double se répercutaient sur elle ? Elle tomba devant un long corridor, et s’y avança. Elle n’en voyait pas le bout. Et la porte disparaissait derrière elle ? Non, il ne fallait pas qu’elle pense ! Trop tard. En l’instant d’une pensée, tout s’était envolé. Et si le corridor l’enfermait ? Si elle ne pouvait plus sortir ? Non ! La panique la saisit lorsqu’à chaque pas, elle voyait le couloir se rapprocher des deux côté. Non ! Elle allait être enfermée. Elle allait mourir. Lorsque que son espace fut réduit à un minuscule cube, elle se mit à hurler et à frapper les murs. Sortir ! Elle voulait sortir. Sa terreur croissait et son énergie diminuait. Elle s’évanouit.

Elle se réveilla sur la surface brumeuse. Son ombre avait disparu. Une étrange sérénité la gagna peu à peu. Son ombre ne reviendrait pas. Pas sous sa forme, en tout les cas. Elle reviendrait en tant qu’ombre. Elle n’avait pas peur de la trouver en face d’elle. Et si elle ne voyait plus jamais l’ombre ? Et si elle ne pourrait jamais lui demander ce qu’était sa vie d’ombre ? Et si jamais elle ne pourrait lui demander d’alterner leurs rôles ? Une fois ombre, une fois humaine ? Ne pouvaient-elles pas faire ça ? Et si jamais elle sortait du rêve trop tôt ? Elle aurait voulu s’empêcher de penser pour ne pas se réveiller et discuter tranquillement.

Elle se retrouva dans son lit sans rien faire d’autre que penser. Le monde de l’ombre était basé sur ses peurs. Qu’était-elle devenue à présent ? Pourquoi être venue maintenant ?

« Toi alors. »

L’ombre était perché à la fenêtre.

« T’es vraiment… » Elle leva les yeux au ciel. « J’aurais du penser que tu voudrais ne pas sortir pour parler. N’importe quoi. Je me demande pourquoi tu n’es pas ombre à ma place. »

Un sourire. Un souffle. Une promesse espérant être tenue.

« Je reviendrais.»

Elle bascula en arrière. Battit des bras pour retrouver un équilibre. Vainement. Un souffle la balaya.

Kû Fei fixa longuement la fenêtre. Puis se leva. Lentement. Plus de traces de son double. Il n'en restait qu'un rêve, et une ombre noire à ses pieds, dépendante de la lumière. L'aube finit par se pointer enfin, éclairant un visage vide, au regard fixe. Kû-Fei n’arrivait plus à penser à rien.
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[Intrigue 1] Parce que la culpabilité ronge

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