Petit humain, mais qu'as-tu fait ? Ouvrir ce livre, pris de curiosité ! Quelle grave erreur, car dès maintenant, les contes te garderont pour eux !
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 Transactions spectrales et nocturnes autour d'une chandelle [PV Jonathan]

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MessageSujet: Transactions spectrales et nocturnes autour d'une chandelle [PV Jonathan]   Ven 31 Jan 2014 - 14:22
La mort est entrée ils y a une semaine, elle est repartie avec un monocle. Faucher les chenilles n'apportent rien, il est plus gratifiant de substituer des clés pour retourner dans son lit douillet. Oh comme Mii le comprenait, ce petit homme aux yeux sans couleur distincte, à l'étrange aura, au sang empoisonné. Sans doute avait il marqué une emprunte de ténèbres en quittant les lieux, puisque depuis son départ, l'atmosphère de la boutique s'en trouvait plus alourdis que d’ordinaire. Peut être était-ce Soleyl qui percevait son environnement autrement, n'aspirant plus de l'air, mais de la douleur sur des plaies qui refusaient de se refermer correctement.

Oh, niveau médical, elle n'en doutait pas, la chenille avait de quoi se soigner seule, même si les blessures tardaient à cicatriser, il ne resterait que du triste épisode du pentacle, de misérables cicatrices qui s'en iraient au fil des mois, laissant à nouveau une peau blanche, une page vierge pour y écrire de nouveau quelques tracés sanglants. Oh elle ne l’espérait pas, avant ce passage, tâchons d'être sage. Prudence et et somnolence avait conduit la vendeuse à se montrer aussi brève que possible, lorsqu'elle s'était adressé à son dernier client. Ceux qui veulent demeurer vides n'ont pas intérêt à ce voir comblés de mots. Étrange épisode, qui déjà dans l'esprit de Mii appartenait au passé. Elle en était là, suspendue entre deux cloisons de bois grinçant, errant entre le monde réel et le monde spirituel. Un délire naissant sous sa chevelure noire, venait mélanger ses idées de fortune. La douleur amenait par vagues violentes, des milliers de souvenirs et de connaissances, qui étaient aussitôt arrachées de sa pensée, par une nouvelle vague, plus grandissante. C'était une vraie marrée, un torrent qui se tordait sous son crâne.

Au milieu de cette tempête, elle arrivait à saisir quelque débris de mémoire. Des spectres glissant entre ses doigts, sitôt qu'elle en tenait le bout. Ils étaient visages, ils étaient personnages. Autant de clients, de voyageurs de passage, mais plus ancien encore quelque profils abstraits tirés des méandres d'une vie de cours révolue. Une archiviste rachitique, errant dans le château de la Reine de Cœur, qui venait se mélanger à la silhouette d'une vendeuse pathétique, somnolant entre les murs d'une vielle boutique.

Soleyl s'enfonça d'avantage dans la mer des fragments de son passé. Et à mesure qu'elle s'y enfonçait, l'air étouffant vint se diluer dans un vent exotique. Il amenait des senteurs oubliés d'un pays lointain où jadis elle était né. Mais les yeux de la chenille ne percevaient que des images fantomatiques de ces souvenirs bien trop vieux pour être perçus correctement. En revanche, elle ne ressentais plus aucune douleur, plus rien, tout était si irréel, entre cauchemar, rêverie et réflexion profonde. Les seules sons qu'elle percevaient était les craquements lointains de la charpente de sa boutique. Mii aurait pu longtemps restée ainsi dans une torpeur fiévreuse, mais ce qu'elle perçu à ce moment là, fut aussi un courant d'air froid. Tout son océan se glaça et elle fut tiré des méandres du sommeil.

Soleyl se réveilla au milieu de son lit, quelque sueur perlant sur son front. Un courant d'air, il y avait un courant d'air. Elle ne s'attardait pas toujours sur des phénomènes inexpliqués, mais depuis quelques jours, elle avait apprit à redouter les portes et les fenêtres s'ouvrant sur des ombres armées de rasoir. Dans sa prudence elle ne pouvait ignorer un courant d'air en pleine nuit alors qu'elle avait tout fermé avant de monter se coucher. Enfilant un long peignoir de sois aux motifs fleuris par dessus sa chemise de nuit, elle se saisit d'une chandelle qu'elle alluma.
Légèrement chancelante au départ, elle se déplaça dans sa mezzanine à la rencontre d'une araignée qui avait fait sa toile au-dessus de l'escalier. Elle lui chuchota sa question: Il y avait-il quelqu'un en bas ? L'insecte répondit par l'affirmative entre ses mandibules, et visiblement il n'y avait pas de danger. Soleyl, rassérénée se mit à sourire, et descendit l'escalier, brandissant sa chandelle vers une silhouette humaine encore non identifiée.
La lumière de la flamme, donnait un aspect fantastique au visage de porcelaine de la Caterpillar. Sa chevelure noire, malgré le sommeil passé, coulait comme de l'encre sur ses épaules, se perdant dans les motifs dorés du tissu en sois. Une figure spectrale sortie de son lit, face à une carrure d'ombre à priori masculine. Les yeux encore ensommeillés de Mii percevait un manteau, mais surtout une somme d'argent posée sur le comptoir. Vraiment rien à craindre. Ceux qui payent d'avance son presque toujours inoffensif.

Elle esquissa un sourire derrière ses mèches brunes tombant sur une partie de son visage. Son esprit doucement, s'extirpait de son océan de rêve fiévreux pour revenir à une réalité pourtant très fantomatique. Il faisait froid ici, très froid, mais aucune buée ne s'échappait de ses lèvres, un froid irréel qu'elle était seule à percevoir, le visiteur serait-il au pluriel ?
Le principal soucis ne demeurait point ici, une visite nocturne...elle n'avait pas l'habitude, mais la chenille s'efforça de faire remonter un semblant de voix, dont elle usa pour s'adresser à l'ombre dans la pénombre:

- La prochaine fois, passez donc par la porte. Ce sera plus commode pour faire d'éventuelles transaction.

Mii reporta son attention sur la bourse qui à vu d’œil -elle était douée pour ce genre de chose- semblait bien garnie. Quel objet avait-il put donc prendre qui vaille cette somme ?

- Puis-je connaitre la nature de l'objet de vos envies ? Je doute que vous devez être timide pour venir de ce fait en pleine nuit. Mais vous savez j'ai des registres à entretenir....-soupir- enfin pas vraiment, je ne suis pas très rigoureuse là-dessus, mais parfois ils me mènent la vie dure alors j'aime bien savoir ce que je vend hu hu ~

Soleyl avait réussi à retrouver un peu de contenance. Mal ? Oh non elle n'avait plus vraiment mal, mais une part de son esprit continuait de flotter quelques part entre les poutres du plafond, cherchant dans le noir, la source du froid qui l'avait tiré de son lit.

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MessageSujet: Re: Transactions spectrales et nocturnes autour d'une chandelle [PV Jonathan]   Ven 21 Fév 2014 - 21:55
Aussi naturellement que s’il rentrait chez lui, Jonathan ouvrit la porte d’entrée d’une maison familiale, après en avoir discrètement crocheté la serrure avec une rapidité forçant l’admiration. Il était très tôt, le soleil trainait paresseusement derrière l’horizon, pourtant une lueur vacillante filtrait par une fenêtre. Sans aucune hésitation, l’intrus traversa le couloir sans un bruit et, à mon grand étonnement, se dirigea directement vers la pièce d’où venait la source de lumière. Quasiment aussi silencieux et transparent que moi, Orphée se coula dans le salon illuminé d’une unique chandelle. Assit seul à la table où toute la famille prenait certainement ses repas, un homme nous tournait le dos. Je fis le tour de la pièce afin de lui faire face, me demandant ce que Jonathan fichait ici. Agé d’une quarantaine d’années, trop mince pour que cela soit sans effet sur sa santé et cheveux commençant à grisonner, le visage de cet homme m’était familier.
Il me fallut quelques secondes pour le resituer, mais il me revint en mémoire; nous l’apercevions à chaque fois que Jonathan passait dans les parages, comme une borne sur le trajet. Du peu que j’ai pu observer jusque-là, c’est un  simple père de famille –une épouse ainsi que quatre enfants–, gagnant honnêtement sa vie, très affectueux envers sa progéniture mais un peu trop protecteur (le premier petit ami de sa fille ainée risquera d’en baver), énergique, sympathique. Si ma mémoire ne me trompait pas, j’avais entendu sa femme l’appeler un jour Tony.
En plus de la chandelle se trouvait posée face à lui une lettre qu’il observait avec défiance. De toute évidence, elle n’apportait pas de bonnes nouvelles. Le nom du destinataire inscrit sur l’enveloppe, Anthony Lag, confirma mon vague souvenir du surnom utilisé par son épouse.   
 
Eclairés de cette unique chandelle à la flamme droite et presque immobile, oscillant seulement tout doucement au rythme du souffle d’Anthony, les deux hommes étaient baignés d’un étrange clair-obscur. Malgré la lueur orangée, le teint du propriétaire des lieux paraissait pâle, les ombres sous ses yeux n’avaient rien à voir avec l’éclairage. Mains jointes contre ses lèvres, la préoccupation tirant les traits de son visage, il semblait de toute évidence en proie à un problème qu’il ne pouvait résoudre. Il observait la lettre posée juste devant lui sur la table comme si elle allait le mordre. Non, disons plutôt: comme si elle venait de le mordre, et que désormais son venin se répandait dans ses veines, annonçant son décès prochain. Lentement, si lentement, le compte à rebours s’égrenait, avec pour seul pendule les oscillations régulières de la flamme.
 
Tout près d’Anthony, tellement près qu’il pourrait le toucher, Jonathan se tenait immobile. Il suffisait que l’homme tourne la tête pour l’apercevoir, il devait être réellement soucieux pour ne pas même sentir sa présence. La chandelle traçait sur le visage du musicien deux profils parfaits d’ombre et de lumière séparés en une ligne nette. Le regard qu’il posait sur Anthony, légèrement voilé de tristesse, ne laissait aucun doute. Ils se connaissaient.
Cette proximité me parut alors plus affreuse encore; un seul mouvement de tête du père de famille pour qu’Orphée entre dans son champ de vision. Il suffirait d’un geste, ou qu’il cesse de ruminer pour sentir cette présence à ses côtés, ou ne serait-ce que Jonathan veuille être vu pour qu’ils se retrouvent. Pour qu’il trouve un soutien réel, pour que le musicien silencieux se détache de ce rôle d’ange gardien impuissant dissimulé dans la pénombre.
 
Anthony Lag papillonna soudainement des paupières, jeta un coup d’œil par la fenêtre –dans la direction opposée à Orphée– constatant alors que le ciel commençait à s’éclaircir. Avec un soupir désespéré qui fit vaciller la flamme, il se leva, jeta la lettre dans le tiroir d’une commode placée près de la porte et quitta la pièce. Jonathan eu à peine à se déplacer pour éviter de se faire repérer. Talent tant impressionnant que frustrant.
 
Le musicien silencieux attendit une longue minute que les pas d’Anthony cessent de résonner, avant d’ouvrir le tiroir sans le faire grincer afin de récupérer la lettre qu’il parcourut rapidement. Je ne me permis pas de lire par-dessus son épaule, cette visite fantôme dans cette demeure me mettait déjà mal à l’aise. Son contenu paraissant en effet préoccupant si je me fiais à l’ombre qui passa dans les yeux d’Orphée; il remit le papier à sa place et disparu de la maison familiale d’Anthony Lag. La seule preuve qu’il laissa de son passage fut de souffler la chandelle avant de se dissiper dans l’obscurité, comme les volutes odorantes qui s’échappèrent de la mèche brûlée.
 
Je suppose que c’est suite à cet évènement que nous nous retrouvâmes le soir-même, en pleine nuit, devant la célèbre boutique de Mii Soleyl.
 
Jonathan a décidément des méthodes de cambrioleur, je me demande où il a saisis ces mauvaises habitudes et surtout ces incroyables aptitudes à déjouer n’importe quel verrou. Il jeta un regard par la fenêtre. Il faisait sombre à l’intérieur, mais on y devinait surtout un innommable capharnaüm. En observant bien, un chemin praticable menait jusqu’à la porte d’entrée; crocheter la serrure ne prendrait que quelques secondes à Orphée…
Pourtant, au lieu de choisir cette voie plus facile, il ouvrit la fenêtre sans que je ne comprenne par quelle miraculeuse manœuvre il avait réussi. Il s’engouffra à l’intérieur de la boutique, laissa le carreau ouvert une poignée de secondes pour me laisser entrer avant de le refermer. Si vite et silencieusement que je le perdis de vue un instant, il passa la véritable petite colline d’obstacles sans les abimer ni en déplacer un seul pour rejoindre le «chemin praticable». Aussi rapidement que possible, il parcouru la boutique, bougeant certaines marchandises mais les remettant à leur place avec une exactitude qui frôlerait le trouble obsessionnel d’ordre dans d’autres circonstances, cherchant l’objet dont il aurait besoin; enfin, dont Anthony Lag aurait besoin. Le laissant fouiller, je fis le tour de la boutique. Tout étant noyé dans l’obscurité, même si la vision nocturne de Jonathan semblait parfois défier les capacités humaines, retrouver l’objet qu’il lui fallait dans un tel bazar risquait de lui prendre plus de temps que d’habitude, d’où son empressement. Flânant dans la boutique, je compris enfin pourquoi le musicien n’avait pas utilisé la porte d’entrée; celle-ci était dotée d’une clochette, la neutraliser aurait été plus long que de traverser le parcours d’obstacles placé devant la fenêtre.
 
Orphée mit enfin la main sur l’objet convoité, qui disparut aussitôt entre les pans du manteau sombre. Sans que ne tinte la moindre pièce, il déposa sur le comptoir une bourse bien remplie. Je le soupçonnais d’avoir laissé une somme supérieure à la valeur de la marchandise, pour le dérangement nocturne. Bon sang, d’où sortait-il cet argent?
Alors qu’il venait de dénicher sur le comptoir un papier ainsi qu’une plume et son encrier pour annoncer quel article venait d’être vendu, des bruits de pas nous parvinrent à l’étage. Peu de temps après, une lueur tremblotante apparue en haut des escaliers. Si cela ne parut ni surprendre ni déranger Jonathan, cette prise en flagrant délit ne manqua pas de m’étonner: rien de ce qu’avait fait Orphée durant ses recherches ne pouvait alarmer la propriétaire.
 
Avec malgré tout dans le regard l’équivalent muet d’un soupir, le musicien contourna le comptoir le temps que Mii Soleyl (ou un associé, ou un gardien de nuit, que sais-je encore?) descende les escaliers. Le connaissant, il aurait pu s’esquiver aisément, le capharnaüm de la boutique offrait un nombre de cachettes inimaginable, mais il n’était pas un voleur après tout…
Ce fut une grande femme aux longs cheveux bruns, enveloppée dans un peignoir taillé dans un riche tissu –de la soie, si je me fiais à la manière dont il brillait à la lumière de la flamme– qui entra dans la pièce. La pauvre ne semblait guère éveillée, pourtant un sourire étira ses lèvres, en partie dissimulé par les interminables cheveux noirs et lisses qui la couvraient tels de longs rubans aussi soyeux que son peignoir.  
 
« La prochaine fois, passez donc par la porte. Ce sera plus commode pour faire d'éventuelles transactions. »

Voix faible des premiers mots du matin, mais tant d’aplomb dans ses paroles. Ce n’est pas donné à n’importe qui de pouvoir parler aussi naturellement à un inconnu qui s’infiltre chez vous en plein milieu de la nuit, non?

 
«Puis-je connaitre la nature de l'objet de vos envies ? Je doute que vous devez être timide pour venir de ce fait en pleine nuit. Mais vous savez j'ai des registres à entretenir....-soupir- enfin pas vraiment, je ne suis pas très rigoureuse là-dessus, mais parfois ils me mènent la vie dure alors j'aime bien savoir ce que je vends hu hu ~ »

Suite à cela, on pouvait supposer qu’il s’agissait bel et bien de la propriétaire des lieux, soit Mii Soleyl. Cette femme m’intriguait en tout cas. Il se mêlait chez elle une sorte d’insouciance et une sagesse sans âge qui la plaçait hors de portée.

 
Suffisamment lentement pour ne pas paraitre agressif, Jonathan s’avança vers elle. Il s’arrêta dès qu’il entra dans le halo de la chandelle, permettant à la propriétaire de voir son visage et ainsi communiquer par regard si besoin, tout en gardant entre eux une distance qui signifiait clairement «je viens en paix». Mii Soleyl ne paraissait guère inquiète, mais cela valait mieux que de se montrer brusque. Seule l’éclat de la flamme se reflétait dans ses yeux qui ne trahissaient alors aucune émotion, parfaitement impassibles. Le musicien tendit la main vers elle, où semblait être apparu comme par magie l’objet que je n’avais eu le temps de voir tout à l’heure, je m’approchais donc pour l’observer. Il s’agissait d’une sorte de petit appareil rond, de la forme d’une boussole, tenant parfaitement dans sa paume. Sous une plaque de verre, on pouvait voir que l’appareil était remplit d’un liquide transparent ressemblant fort à de l’eau –mais dans la boutique de Mii Soleyl, cela m’étonnerais que les choses soient aussi simples– ainsi que de multiples rouages dont l’association avec ce liquide me semblait plus qu’obscure. Quelle pouvait bien être l’utilité de cet objet?   
 
Jonathan présenta donc à la propriétaire l’article vendu, lui permettant dans le même mouvement de le reprendre si elle ne considérait pas que la transaction soit correcte. Décidemment, les situations étranges autours de chandelles se multipliaient… Flammes des bougies pour de l’eau enchantée…    
 
 
 
[Eurydice ne peut pas le savoir, mais l’appareil sert à connaitre les intentions néfastes ou bénéfiques de son interlocuteur, selon si le liquide est clair ou trouble.]
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MessageSujet: Re: Transactions spectrales et nocturnes autour d'une chandelle [PV Jonathan]   Mer 12 Mar 2014 - 22:32
Dans un coin de la pièce, deux ombres s’étiraient jusqu’au vielles poutres de bois. L’une immense, ondulant légèrement, suivant les courbes qu’émettait la faible flamme de la chandelle, l’autre, plus petite, mais étirée, semblant être retenue par des liens faits de ténèbres. L’Ombre au sens littéral de Soleyl, qui depuis un certain après-midi pluvieux, était enchaînée sur le mur. La vendeuse n’avait trouvé que ce stratagème au prix de nombreux efforts, plutôt que d’affronter le vrai sens de ses problèmes. Il faudrait peut être qu’un de ces jours, elle trouve une véritable solution, on ne peut pas vivre avec un fauve enfermé dans une cage rouillée.

Toujours est-il que les deux ombres se faisaient face, semblant s’étirer à l’infini, imperturbable, comme l’était leur deux propriétaires. Soleyl, vit apparaitre dans le halo de lumière, un jeune homme brun. Il donnait à cette pièce, à cet instant précis, une impression d’irréalité encore plus forte que d’habitude. La multitude d’objets entassés ici ne parvenaient, aussi surprenant et incongrus soient-ils, ne parvenaient pas à battre cet homme, qui semblait être un mirage. Lointain, à peine perceptible, il suffirait d’un battement de cil pour le faire disparaitre, d’un souffle pour l’effacer, et pourtant, la Caterpillar cernait autre chose derrière les pupilles parfaitement immobiles de son client. Un simple souffle ne suffirait jamais à le faire basculer. Le faire disparaitre surement, mais derrière sa surface paisible, un torrent pouvait surement gronder. Décidément, les clients se succèdent et ne se ressemblent pas.
 
L’homme en s’approchant, lançant un regard à Soleyl, une empreinte qui la saisit comme une main rassurante qui disait « n’est pas peur », oh mais je n’ai pas peur avait-elle envie de répondre. Ses yeux le dirent à sa place, puisque à cet instant ils se colorèrent d’un jaune très vif, avant de redevenir terne. C’était comme une reconnaissance, les deux protagonistes c’étaient reconnu, se croisant le temps d’une transaction, chacun reprenant son chemin par la suite.
Mais voilà, il y avait une ombre au tableau, où plutôt un souffle glacé. Maintenant qu’elle avait le jeune homme devant elle, la vendeuse en était persuadée, ce n’était pas lui qui l’avait tiré de son océan de limbes, mais autre chose, quelqu’un d’autre ? La température dans la pièce était très basse, mais la Caterpillar semblait être la seule à le ressentir, ses insectes allaient et venaient comme d’habitude, milles et une pattes grouillant entre les lattes du vieux parquets. Laissant ce phénomène de côté pour le moment, la femme-chenille reporta son attention, et ses yeux encore vaporeux de sommeil sur l’objet qui avait attiré les convoitises du jeune homme mystérieux. Sans aucune gêne, les longs doigts blancs de Soleyl s’en saisirent, et l’éleva à la hauteur de ses yeux pour qu’il s’imprègne entièrement de la faible lueur de la bougie.
 
- Oh je vois que vous êtes connaisseur, Le….- elle leva les yeux au plafond, à la recherche du nom exact, perdu parmi la multitude de lettres, de symboles et de langues en vrac dans sa tête-  ah oui, le Jugement de Leia est un objet fabriqué en série très limitée….je suppose…avec raison je n’en doute qu’à peine…que vous connaissez ses effets ?

 
La Caterpillar laissa échapper un bâillement, et attrapa au passage ce qui ressemblait à une lueur d’approbation au fond du regard brumeux du jeune homme.
 
- Vous savez ce que contient exactement cet objet ? Je parle du liquide qui noie les rouages….


Sa voix étaient toujours aussi lente, plus lointaine que d’habitude, dû à l’éloignement de son esprit, qui flottait encore entre sommeil et poutre de bois, en compagnie de la source du froid qui régnait dans la pièce. Mais les mots de Soleyl ne tarissaient pas, cela faisait tout de même longtemps qu’elle n’avait pas eu de clients aussi prompt à l’écouter, même contre son grés. Elle continua sans lui laisser le temps de répondre, de toute façon il ne semblait pas vraiment bavard, une brume silencieuse, ne se dissipant jamais, ne laissant rien pénétrer en son sein, pas même la faible lueur d’une chandelle.
 
- On dit que ce sont les larmes d’une jeune fille, je ne sais par quels tourment elle est passée…toutefois à présent, elles sont désormais capable dénoncer les intentions bonnes ou mauvaises d’autrui.


Joignant le geste à la parole, la Caterpillar approcha l’objet de son client, et vit sans surprise le liquide reste clair et limpide. Paradoxalement, c’était tout l’inverse du jeune homme qui se tenait devant elle. La vendeuse laissa échapper un petit rire et rendit Le Jugement de Leia à son nouveau propriétaire. Que pouvait-il bien faire de cela ? Impossible de le déterminer, ça la chenille aurait bien voulu le savoir, mais décida de ne pas étancher sa soif de savoir pour ce soir, déjà que trouver ses mots à une heure aussi tardive était une véritable épreuve, il ne fallait pas trop forcer.
Mii se tourna vers ce qui faisait office de comptoirs, mais qui ne servait jamais, pour soupeser la bourse d’argent que l’étranger avait déposé. Rien que par ce geste, elle put deviner que la somme était bien supérieure à la valeur de l’objet acheté. Il était rare en effet, mais d’autres raretés se cachaient ailleurs, entre tissus et tapis et valaient bien plus chers. La chenille avide n’allait pas s’en plaindre, et pouvait très bien laisser l’homme repartir, pourtant, ses mots le retinrent, un long ruban de parole troué de silence :
 
- Je pense qu’il y a dans cette bourse, largement assez pour payer l’objet et le dérangement nocturne…*baille* mais rassurez-vous, ce n’est pas vous qui m’avez réveillé, la brume ne fait que se poser en silence, et repart, insaisissable, elle ne réveil pas les vendeuses endormies…à l’inverse des esprits d’air glacé.
 
Le fil du discours de Mii se déroulait emmêlé, presque incompréhensible, mais il se déroulait, parallèle à celui de ses pensées qui n’était qu’un amas de sacs de nœuds.
Tandis qu’elle parlait, elle se rapprocha de la source du froid, et éleva la main, près des poutres du plafond, là où les ombres se joignaient. Ses yeux encore une fois, s’allumèrent brièvement d’une lueur dorée :
 
- En gentleman vous auriez pu me présenter votre amie ici présente…
 
Le froid s’intensifia d’avantage, un souffle d’air glacé, qui un instant fit vaciller la flamme de la bougie posée sur le comptoir.
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MessageSujet: Re: Transactions spectrales et nocturnes autour d'une chandelle [PV Jonathan]   Mer 26 Mar 2014 - 18:17
Depuis que la vendeuse était venue avec la chandelle, le reste de la boutique, hors du halo de la flamme, paraissait plongé dans une nuit d’encre. Simple illusion, le clair de lune fut suffisamment favorable pour permettre à Orphée de trouver cet objet mystérieux, objet dont s’empara la propriétaire afin de l’observer. Les rouages se tintèrent de reflets cuivrés, la plaque de verre scintilla un bref instant. 
 
« Oh je vois que vous êtes connaisseur, Le… »
 
Mii Soleyl leva les yeux, comme si elle cherchait réellement le souvenir sous sa masse de cheveux bruns. D’ailleurs, ses iris… N’étaient-ils pas de couleur différente il y a quelques minutes?
 
 «Ah oui, le Jugement de Leia est un objet fabriqué en série très limitée….je suppose…avec raison je n’en doute qu’à peine…que vous connaissez ses effets ? »

Mii Soleyl se tu le temps d’un bâillement –pauvre femme, tirée du lit à une heure aussi indue– tandis que Jonathan acquiesçait sans un mot ni un mouvement. Un peu plus de précision, je vous prie? J’en ignorais l’utilité, moi! Quelle idée de mettre face à face deux personnes aussi nébuleuses?

En effet, quelque chose dans la manière d’être de Mii Soleyl attisait ma curiosité. Elle paraissait… ailleurs. Inaccessible. A croire qu’elle restait cachée entre les limbes du sommeil comme entre les fils soyeux de ses cheveux, dans un univers à la fois proche et lointain où rien ne pouvait l’atteindre. J’aurais voulu la toucher pour m’assurer de sa présence. Le halo de la chandelle, paradoxalement, semblait matérialiser l’aura de mystère qui les entourait tous deux.

« Vous savez ce que contient exactement cet objet ? Je parle du liquide qui noie les rouages…. On dit que ce sont les larmes d’une jeune fille, je ne sais par quels tourments elle est passée…toutefois à présent, elles sont désormais capables de dénoncer les intentions bonnes ou mauvaises d’autrui. »

 
Telle était donc la fonction de cet objet? Fidèle à sa réputation, la boutique de Mii Soleyl recèle des merveilles qui dépassent l’entendement. J’ignore si Jonathan connaissait cette histoire, en tout cas elle n’eut pas l’air de le surprendre.
En quoi Anthony Lag, le sympathique père de famille, aurait-il besoin d’un tel artefact !?
 
Soudain, la propriétaire des lieux pointa le Jugement de Leia vers le musicien. Celui-ci ne bougea pas, mais il me sembla deviner une infime tension. Logiquement, tout ce qui permettait d’en savoir d’avantage à son sujet ne lui plaisait guère. Il n’y eu aucun changement sous la plaque de verre; je supposais que c’était plutôt bon signe, surtout si je me fiais à la réaction de la vendeuse qui rendit l’objet à Orphée avec un petit rire sibyllin avant de se détourner. Ses pas la dirigèrent vers la bourse sur le comptoir, à laquelle elle accorda son attention.
Jonathan recula de deux pas en direction de la fenêtre, à la limite du chemin praticable. Pourtant il s’arrêta. Si je me fiais à son regard posé sur la propriétaire de la boutique, quelque chose dans ses mouvements avait attiré son attention. Quelque chose de préoccupant. La voix de Mii Soleyl qui s’éleva à nouveau, aussi lentement que pour ses précédentes prises de paroles, l’empêcha définitivement de s’éclipser, si telle était bien son intention.

« Je pense qu’il y a dans cette bourse, largement assez pour payer l’objet et le dérangement nocturne…*baille* mais rassurez-vous, ce n’est pas vous qui m’avez réveillée, la brume ne fait que se poser en silence, et repart, insaisissable, elle ne réveille pas les vendeuses endormies…à l’inverse des esprits d’air glacé. »

 
Où êtes-vous, Mademoiselle Soleyl? Sont-ce les songes qui vous étreignent encore? Le début de vos paroles était pourtant cohérent…
Plus étrange encore, le musicien parut saisir le sens de ces mots, et une ombre passa dans son regard.
La vendeuse s’était déplacée, pour lever les yeux et la main vers le plafond… dans ma direction. Cette fois, je pus clairement voir ses iris modifier leur pigmentation, se teintant d’un doré superbe.

« En gentleman vous auriez pu me présenter votre amie ici présente… »

Surprise, j’eu un mouvement de recul pour m’approcher d’Orphée. Sans que rien d’autre ne bouge dans la boutique, la flamme de la chandelle vacilla, jetant des ombres fantasmagoriques sur le capharnaüm de la boutique. Impossible. Je ne pouvais agir sur ce monde, d’aucune façon. Mii Soleyl m’aurait-elle entrainée sur son plan parallèle, à mi-chemin entre la réalité et un univers plus obscur?

 
Que la propriétaire des lieux arrive à déterminer si distinctement ma présence m’impressionnait. Elle avait même réussit à deviner que j’étais –avait été– une femme, et non pas une simple entité certainement imaginaire dont le regard picote la nuque (l’on me remarquait de cette manière le peu de fois où cela arrivait, seule la Poupée Douceur faisait exception jusqu’alors).   
 
Le musicien silencieux observa la scène sans trahir la moindre réaction. Il prenait vraiment garde à ne rien laisser transparaitre en présence de la vendeuse, craignait-il que les yeux aux couleurs variables ne transpercent son armure? Après tout, il ne possédait aucune défense contre les phénomènes surnaturels, et la boutique en était emplie…
 
Il brisa pourtant son constant silence pour annoncer de cette voix qui coulait avec beaucoup trop de naturel pour un si long mutisme:
 
« Elle s’appelle Eurydice. »
 
Le strict minimum, encore et toujours… Au moins, il avait répondu. Ton bas, posé, qui ne semblait aucunement déranger l’ambiance nocturne de la mystérieuse boutique.
Que voyait Mii Soleyl en cet instant, à la lueur de la chandelle? Un inconnu qui la fixait calmement, entre la parfaite impassibilité et une infime ouverture qui permettait de garder un contact;  et tout près de lui, comme une enfant timide à laquelle un adulte vient d’adresser la parole, un fantôme invisible. Lequel de nous deux discernait-elle le mieux?
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MessageSujet: Re: Transactions spectrales et nocturnes autour d'une chandelle [PV Jonathan]   Mer 23 Avr 2014 - 23:56
Il était décidément étrange de constater, que sur ces derniers jours, cette visite nocturne, d’un jeune homme des plus étranges, et de son amie l’esprit égaré, était la moins perturbante, voir même la plus plaisante et de loin. S’ils avaient pu venir à une heure moins avancée de la nuit, Soleyl aurait sans doute mieux apprécié cette entrevue, riche en rebondissements. Lorsque l’homme décida à confirmer les soupçons de la chenille, les yeux de cette dernières brulaient d’une intense lumière dorée. On eut presque cru, que ses iris, pouvaient percer la pénombre, voir à travers le spectre, et même à travers l’homme. Pour lui c’était impossible, et à vrai dire, malgré ses facultés assez hors-norme, Mii ne pouvait percevoir l’esprit de la jeune fille de façon visuelle. Simplement, elle sentait sa présence, percevait son esprit tourmenté, arrachée aux rubans vaporeux de la mort, pourtant si solides. Après un long silence, l’homme mit un nom sur ce Elle :

-Elle s’appelle Eurydice.


Eurydice…chaque syllabe vint se répercuter dans la tête de la Caterpillar. Parfois elles se heurtaient à une pensée confuse à laquelle elles ne pouvaient se raccrocher. Mais finalement, un éclair fusa sous la chevelure brune. Eurydice, c’était un nom gravé dans les écrits d’une légende. Un personnage tout droit sorti des mains du Narrateur, tout comme Mii Soleyl elle-même. Sans consulter un livre, la vendeuse était incapable de se remémorer les péripéties qu’étaient censée traverser la malheureuse, jusqu’à son funeste destin, et au fond, cela lui importait peu. Les contes de Queer Tales défilaient en permanence, les histoires se succédant et ne se ressemblant qu’à peine. La seule chose que la chenille réussi à associer à ce nom outre la légende, fut un autre nom, celui d’Orphée, un musicien si elle ne se trompait pas. Mais cela fut tout, à une heure pareille de la nuit, il ne fallait pas trop en demander à Soleyl ! Et puis à quoi bon remuer le passé, c’était le présent qui importait. Pour cette jeune fille prisonnière des limbes, et surtout pour elle, vendeuse, qui pourrait d’avantage tirer profit de cette malheureuse situation.

La Caterpillar contourna le comptoir, et s’appuya dessus. Ses membres, le tissu de son peignoir, ses longs cheveux noirs, tout semblaient couler sur le bois du meuble, en une source aussi trouble que colorée. La femme ferma les yeux, faisant disparaitre ses iris dorée, pour les rouvrir sur une teinte moins prononcée. Elle se mit à réfléchir à voix haute. Entendre le propre son de sa voix, lui permettait d’entendre l’écho de ses idées et ainsi de mieux les apprécier.

-C’est un cas pour le moins intéressant…pas très courant mais surement pas inexistant…


Soleyl approcha la chandelle jusqu’à elle. La lueur mordorée vint mordre son visage, ainsi que la mince chaleur qu’elle procurait. C’était comme une mise en lumière de son esprit :

-J’ai déjà rencontré des esprits errants, pour des raisons diverses, tous sont uniques, et vous jeune fille, à votre façon, vous êtes unique…bien que de nombreux esprits cours les contrées sinueuses de Queer Tale.

La chenille avait décidée de s’adresser directement à…Eurydice. Son compagnon semblait hermétique à toute conversation, et Mii se sentait par conséquent, mieux écoutée par le fantôme que par l’être humain. Et puis cela la concernait elle, et un peu lui, juste un peu…après tout la vendeuse ignorait les liens qui les unissaient.

-Mais je dois avouer que votre cas me déconcerte un peu…votre âme me semble altérée par quelque chose…comme si elle avait été attachée à quelque chose…hum…

A nouveau, la vendeuse ferma les yeux, mais ils demeurèrent clos. Un pli vint marquer son front, en signe de réflexion. Tout autour d’elle disparu, Soleyl faisait le vide. Les vielles planches de bois abritant un peuple d’insecte, l’odeur fantôme des bâtons d’encens consumé, la présence du jeune homme, tout fut engloutis par le vide. Seuls demeuraient, l’esprit suspendu entre les poutres, et la fumée émanant de la chandelle. Cette âme, mais à quoi cela lui faisait penser ? Puis le vide se combla, la chandelle vacilla, et Mii rouvrit les yeux, plus flamboyants que la flamme de la bougie à moitié consumée. Elle savait.

-Hum oui…vous êtes né dans un village, près d’un cours d’eau que vous appelez le Styx n’est-ce pas ?


Sans attendre une réponse qui ne viendrait pas, elle enchaîna :

-Oui cela explique beaucoup de choses…j’ai déjà entendu parler de ce cas, les morts appartiennent à deux personnages assez puissants…on peut dire que malgré tout, vous êtes vraiment unique…mais je crois quand même pouvoir faire quelque chose pour vous.


Soleyl perçu un léger changement dans l’attitude d’Eurydice, elle devinait que cette dernière était tout ouïe.

-C’est une triste malédiction que la vôtre, et je n’en connais aucune qui ne puis être brisée…cependant -elle prit un ton plus grave- la mort est un état irréversible, contrer cette loi…même de façon temporaire…coûte un certain prix, et je ne parle pas ici…du prix que votre jeune ami pourrait hypothétiquement me verser.

Passer outre l’état d’esprit, voilà un défi qui intéressait Mii. Bon c’est vrai, cette Eurydice ne lui avait rien demandé. Mais quel fantôme ne rêverait pas de pouvoir à nouveau fouler cette terre, sentir le souffle de l’air sur sa chair, et les odeurs portées par le vent ? La Caterpillar, en bonne commerçante savait tout de même repérer les bons clients.

-Je peux vous proposer un petit arrangement qui devrait vous intéresser…car dans votre cas l’artefact auquel je pense, pourrais vous convenir…un instant…

Sans attendre, la jeune femme tourna les talons. Ses mèches brunes vinrent lécher le bois du comptoir avant de tomber dans le vide. La Caterpillar disparue dans l’arrière-boutique. Les objets s’entassaient sur des étagères branlantes, débordaient de coffres au bois fissuré. Dans ce capharnaüm, la vendeuse avait pour le moment une vague idée de l’endroit ou pouvait être entreposé ce qu'elle cherchait. Les miroirs…où rangeait-elle les miroirs ? Trouvant une large étagère qui servait en théorie à entreposer des tableaux, elle s’y attarda un instant, et ce avec raison. Il y avait bien une unique toile, mais tous les autres objets étaient dotés d’une surface lisse réfléchissante, plus ou moins poussiéreuse. Bon voilà les miroirs. Se rappelant la forme de celui qu’elle cherchait, la chenille choisie de se saisir d’une boite, dans laquelle d’autres miroirs, et allez savoir pourquoi, des pinces à cheveux, étaient entreposées. Les doigts de nacre de la vendeuse rencontrèrent enfin celui qu’elle cherchait et s’en munirent. C’était un miroir vraiment petit, de poche dirait-on. Sa surface était de forme ovale, somme toute assez banale. C’était son cadre qui l’était moins. Un cadre entièrement noir, assez lourd pour un objet de cette taille, et assez travaillé. Les bords n’étaient que des formes d’entrelacs sculptés, mais, en revanche le sommet était orné d’une tête de mort, remarquablement bien travaillée. L’autre particularité de l’objet, venait également du cadre. Une sorte de long pique assez fin, de la même couleur sombre, semblaient traverser l’objet de part en part dans la longueur. Comme si quelqu’un avait planté ce pique dans le cadre. Le bout du haut était légèrement rougi. La vendeuse soupesa sa trouvaille et se redirigea vers ses clients.
Elle reprit sa place sur le comptoir, et poussa le miroir vers l’homme. La lumière de la chandelle jouait avec les reflets de l’objet, provoquant des ondes lumineuses, qui se répercutaient çà et là. Mii lui laissa le temps d’apprécier l’objet, avant d’entamer son discours explicatif.

-Ceci devrait permettre à votre amie, de jouir quelques temporairement des joies de la vie…-raclement de gorge- C’est un objet de rituel qui était assez utilisé dans le temps par le Mage Grima, un nécromancien fort habile ma foi…ce miroir n’est pas sa plus belle œuvre, mais pour le cas, concernant notre amie…ici présente, je pense que cela devrait être approprié…le fonctionnement est particulier…je vous demande d’être attentifs, car cela vous concerne tous les deux.


Soleyl se tassa d’avantage, ses cheveux s’allongeant sur toute la surface du comptoir. Ses doigts faisaient glisser le miroir avec nonchalance, effleurant avec prudence l’un des piques du miroir. Son discours coula, avec lenteur sur un ton monocorde :

-Comme je vous l’ai dit, jouer sur les règles de vie et de mort n’est pas simple et peut s’avérer dangereux. Il faut manier le miroir de Grima avec précaution...voici comment cela fonctionne. Un être humain, parfaitement en vie, dont le cœur bat…etc. Comme Monsieur ici présent. Doit prendre le miroir en main après s’être piqué sur le pique du haut, celui qui surmonte la tête de mort.

La jeune femme tapota sur le crâne, pour accompagner ses paroles.

-Il est impératif que le sang coule, sinon ça ne fonctionnera pas. Ensuite il faut que tous les deux, l’humain et vous Eurydice, fixiez le miroir, quelques secondes devraient être suffisantes…Un transfert d’âme va opérer, et vous Eurydice serez transportée dans le corps de l’autre personne, et cette dernière aura son esprit enfermé dans le miroir.

La flamme de la chandelle vacilla, et menaça même de s’éteindre.

-Et c’est là –elle accentua ce mot- que vous devez prendre garde. Cet état est temporaire, quelques heures tout au plus cela dépend, c’est assez aléatoire. Vous devez garder en permanence un œil sur la blessure que vous a infligez le pique, plus le temps passe, et plus elle se nécrose. Un esprit logé dans un corps qui ne lui appartient pas, manifeste des signes de rejets…une occupation trop longue peut conduire à l’imputation du doigt, de la main ou même à la mort du corps. Et l’esprit restera à jamais enfermé dans le miroir.

Soleyl, lorsqu’elle avait reçu cet objet, avait dû procéder à un petit rituel pour libérer l’esprit qui s’y trouvait piégé. Mais elle préféra taire cette anecdote.

-Pour arrêter le rituel, il suffit de procéder à la même opération que tout à l’heure, mais en se repiquant le doigt sur le pique du bas. L’échange d’esprit se fera de nouveau, sauf que celui d’Eurydice reprendre son état initial….

La chandelle s’éteignit pour de bon cette fois-ci. La Caterpillar, en prenant son temps, la ralluma à l’aide d’une allumette qui trainait dans sa poche de peignoir. Tout ramenant la lumière, la chenille s’adressa à ses clients :

-Je vous laisse réfléchir…


La décision n’était pas à prendre à la légère, il suffit d’un souffle, d’un temps trop allongé, d’un manque de confiance entre les deux partenaires, et la flamme de vie s’éteint pour les deux, aussi soudainement que cette chandelle.
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MessageSujet: Re: Transactions spectrales et nocturnes autour d'une chandelle [PV Jonathan]   Dim 10 Aoû 2014 - 16:49
La lueur de la chandelle vint caresser les iris de Mii Soleyl, ce qui les fit étinceler telle une feuille d’or un peu froissée, renvoyant çà et là des éclats plus brillants. Quoique… cette couleur surnaturelle était si lumineuse qu’elle semblait pouvoir se passer de la flamme pour éclairer le regard de cette femme surprenante.

Elle s’appuya au comptoir. Ses longs cheveux et les manches de son peignoir s’y répandirent en un ensemble soyeux qui chatoyait à la lueur de la bougie. Cette chandelle serait-elle également enchantée pour donner un si bel éclat à tout ce qu’elle éclairait? Je regardais Orphée pour vérifier. Aucun changement notoire, il ne me parut ni plus ni moins beau qu’à la lueur de la bougie chez Anthony Lag.  Alors cette aura venait de Mii Soleyl elle-même?
Ses yeux se firent moins lumineux, et du même coup moins inquiétants.

« C’est un cas pour le moins intéressant…pas très courant mais surement pas inexistant…
(Elle fit glisser la chandelle jusqu’à elle; cela n’attisa aucun éclat supplémentaire dans ses iris, mais des reflets ondulèrent sur ses cheveux et ses vêtements). J’ai déjà rencontré des esprits errants, pour des raisons diverses, tous sont uniques, et vous jeune fille, à votre façon, vous êtes unique…bien que de nombreux esprits cours les contrées sinueuses de Queer Tale.
Mais je dois avouer que votre cas me déconcerte un peu…votre âme me semble altérée par quelque chose…comme si elle avait été attachée à quelque chose…hum… »


Trop de révélations d’un coup. Tout d’abord, c’était la première personne à s’adresser à moi à voix haute, comme si j’étais en mesure de lui répondre… Ce fut tant une source de bonheur que de frustration.
Ensuite, il existait d’autres fantômes en ce monde? Je n’en avais jamais croisé. Cependant, mon cas différait? En quoi? Mii Soleyl parut y réfléchir également, yeux clos pour mieux assembler ses pensées –du moins je le supposais. Ses derniers propos m’inquiétèrent; mon âme altérée… Dis ainsi, cela semblait grave. Un fois encore, je me rapprochais instinctivement de Jonathan, comme s’il pouvait encore m’apporter une quelconque protection. Et puis si mon âme devait être attachée à quelque chose, ce ne pouvait être que lui, non? Dans ce cas, d’où venait cette altération…?

Une lumière vacilla, une autre flamboya; tandis que la chandelle frissonna sous un courant d’air imperceptible, les yeux d’or de Mii Soleyl s’ouvrirent.

« Hum oui…vous êtes née dans un village, près d’un cours d’eau que vous appelez le Styx n’est-ce pas ? »

Précisément oui, le Styx… Cela faisait bien longtemps que je n’avais entendu mentionner cette rivière. D’où tenait-elle cette information?

« Oui cela explique beaucoup de choses…j’ai déjà entendu parler de ce cas, les morts appartiennent à deux personnages assez puissants…on peut dire que malgré tout, vous êtes vraiment unique…mais je crois quand même pouvoir faire quelque chose pour vous. »

Alors tel était l’attachement auquel elle faisait allusion, les Enfers d’Hadès et Perséphone où je devrais croupir à l’heure actuelle… Ce lieu monstrueux, ces deux personnes qui se donnaient le droit de s’approprier mon âme y avait tout de même laissé une trace alors qu’Orphée m’avait arrachée à leurs griffes… Je ne m’étais rarement sentie aussi souillée.
Cependant, sa dernière phrase chassa ma consternation.
Faire quelque chose… pour moi?
Une vague d’espoir à l’écume inquiète me submergea. Je n’attendais pas qu’elle me ramène d’entre les morts, mais quelle limite avaient ses pouvoirs?

« C’est une triste malédiction que la vôtre, et je n’en connais aucune qui ne puis être brisée…cependant -elle prit un ton plus grave- la mort est un état irréversible, contrer cette loi…même de façon temporaire…coûte un certain prix, et je ne parle pas ici…du prix que votre jeune ami pourrait hypothétiquement me verser.
Je peux vous proposer un petit arrangement qui devrait vous intéresser…car dans votre cas l’artefact auquel je pense, pourrais vous convenir…un instant… »


Sur ces mots, elle quitta la pièce. Trop tendue pour rester en place ou me montrer patiente, je songeais à la suivre, mais ne m’en sentis pas le culot; si je pouvais me permettre d’espionner pas mal de monde, cela se révélait plus difficile avec cette femme capable de sentir si distinctement ma présence.
Je ne saurais dire si j’étais heureuse ou terrifiée. Cette situation est difficile à supporter, si Mii Soleyl trouvait un moyen de l’arranger, jamais je ne pourrais lui exprimer toute ma gratitude; moi, pauvre fantôme invisible aux yeux de tous, enfuie d’un royaumes des morts où je refuse de retourner, condamnée à errer dans ce monde où la seule personne à savoir que j’existe est, à mon plus grand bonheur, l’homme que j’aime. Et lui qui jamais ne m’a rendu mes sentiments, obligé de supporter chaque seconde mon impalpable mais étouffante présence. Je restais alors dans la peur constante de le perdre, qu’il m’abandonne, ce qui me rend certainement encore plus collante.
Alors, Mii Soleyl pourrait arranger cela? Elle pourrait nous aider? Oh, comme j’aimerais que ce soit le cas…

Un élément m’inquiétait beaucoup cependant : le prix évoqué par la propriétaire des lieux. Surtout si Jonathan devait le payer. Une simple question d’argent? Pour une affaire de retour d’entre les morts, je ne parierais pas… Pourquoi n’avais-je plus rien à offrir?  J’étais prête à faire don de mes souvenirs s’il le fallait, je ne voulais pas qu’il souffre encore par ma faute…

Le retour de Mii Soleyl me coupa dans ma réflexion. Retournant à sa place derrière le comptoir, elle y posa quelque chose de brillant entouré d’ombre qu’elle fit glisser vers Orphée. Il considéra l’objet à peine quelques secondes avant de relever les yeux vers son interlocutrice –puisqu’elle s’adressait à lui à présent. Tandis qu’elle reprenait le fil de son discours, j’observais le… un miroir? Cela risque de ne pas plaire à Jonathan. Il me rappela par sa forme et par sa taille celui que je possédais de mon vivant; mais le cadre aux  arabesques noirs, surmontés d’un crâne et transpercé d’une pique le différenciait considérablement de mon mignon miroir de femme encadré de doré.

« Ceci devrait permettre à votre amie, de jouir quelques temporairement des joies de la vie…-raclement de gorge- C’est un objet de rituel qui était assez utilisé dans le temps par le Mage Grima, un nécromancien fort habile ma foi…ce miroir n’est pas sa plus belle œuvre, mais pour le cas, concernant notre amie…ici présente, je pense que cela devrait être approprié…le fonctionnement est particulier…je vous demande d’être attentifs, car cela vous concerne tous les deux. »

Attentifs? Comment pourrions-nous l’être d’avantage? Je ne pus que me sentir surprise de la voir jouer avec un artefact de nécromancien comme s’il ne s’agissait que de mon vulgaire miroir de poche.  

« Comme je vous l’ai dit, jouer sur les règles de vie et de mort n’est pas simple et peut s’avérer dangereux. Il faut manier le miroir de Grima avec précaution...voici comment cela fonctionne. Un être humain, parfaitement en vie, dont le cœur bat…etc. Comme Monsieur ici présent. Doit prendre le miroir en main après s’être piqué sur le pique du haut, celui qui surmonte la tête de mort. (Elle la tapota pour illustrer ses propos). Il est impératif que le sang coule, sinon ça ne fonctionnera pas. Ensuite il faut que tous les deux, l’humain et vous Eurydice, fixiez le miroir, quelques secondes devraient être suffisantes…Un transfert d’âme va opérer, et vous Eurydice serez transportée dans le corps de l’autre personne, et cette dernière aura son esprit enfermé dans le miroir. »

Le nouveau vacillement de la flamme illustra à merveille le chancellement qui s’opéra dans mon esprit. Un tel miracle était possible… ?

« Et c’est là –elle accentua ce mot- que vous devez prendre garde. Cet état est temporaire, quelques heures tout au plus cela dépend, c’est assez aléatoire. Vous devez garder en permanence un œil sur la blessure que vous a infligez le pique, plus le temps passe, et plus elle se nécrose. Un esprit logé dans un corps qui ne lui appartient pas, manifeste des signes de rejets…une occupation trop longue peut conduire à l’imputation du doigt, de la main ou même à la mort du corps. Et l’esprit restera à jamais enfermé dans le miroir. »

Si cette possibilité ne parut nullement troubler Jonathan, elle me paralysa d’effroi. Son âme enfermée pour toujours, la mienne perdue à Queer Tales et son corps rongé par la nécrose à cause de moi… Oh pitié non! Je ne pouvais lui faire courir un tel risque, jamais…! C’était beaucoup trop dangereux, nous ne devrions pas jouer les apprentis nécromanciens. Cette  contrepartie était certes prévisible pour un tel pouvoir, mais je ne le lui ferais pas payer… la possession de son corps était déjà un prix trop élevé.

« Pour arrêter le rituel, il suffit de procéder à la même opération que tout à l’heure, mais en se repiquant le doigt sur le pique du bas. L’échange d’esprit se fera de nouveau, sauf que celui d’Eurydice reprendre son état initial…. »


Comme par hasard, ce fut le moment que choisit la chandelle pour s’éteindre. Quel bel effet dramatique.

« Je vous laisse réfléchir… »


Les mots revinrent en même temps que la lumière, puis ce fut le silence.
C’était tout réfléchit. Il m’a déjà ramenée d’entre les morts et voilà où nous en sommes. Nous ne pouvions prendre le risque d’empirer la situation. Les conditions de ce miroir étaient beaucoup trop dangereuses pour lui.
Tout de même, quel dommage… Alors que je trouvais une occasion de revivre, bien qu’en tant que parasite en m’appropriant son corps, me voici obligée d’abandonner une telle aubaine...

Le regard d’Orphée se posait sur le comptoir, mais il n’accordait pas d’attention à ce qu’il voyait; toute son attention était tournée vers moi, cherchant à définir mon avis, mon ressenti. Percevait-il ma peur, mon hésitation? Comprenait-il que je craignais de le faire souffrir? Il me semblait que oui. Alors il pourra dire à Mii Soleyl qu’il refusait, et tout rentrera dans l’ordre…
Cependant, il n’agit pas comme je m’y attendais. Il s’empara du miroir et déclara calmement:

« C’est à Eurydice de décider. »

Il s’apprêta à appuyer son doigt sur le pique, mais se ravisa pour passer l’artefact dans sa main gauche où, sans émotion aucune, il fit couler son sang.
Mais qu’est-ce qu’il fabrique… Me laissait-il son corps pour me permettre de donner ma réponse en bonne et due forme? Arrête, je t’en prie!
Ce fut à l’étape suivante qu’il marqua une hésitation. Regarder dans une glace était peut-être pour lui l’épreuve la plus difficile. Enfin, il posa les yeux sur le miroir. Il ne fixa pas son image, mais derrière lui, à l’endroit où je me tenais. Soudain, de cette manière, alors que je ne voyais dans le miroir ovale que le haut de son visage et non pas le vide qui se trouvait derrière lui à l’endroit où j’étais censée être, j’eu la réelle impression qu’il me regardait. Aucune inquiétude ne troublait ses iris. A sa place, j’aurais été terrifiée. Je l’étais déjà.
Il m’adressa un message-regard rassurant et j’eu l’impression d’être attirée vers lui. Fort, très fort, par un courant glacé contre lequel je ne pouvais lutter. L’espace d’un instant tout devint noir, j’eus froid, vraiment froid, puis étrangement chaud, une chaleur rassurante qui resta constante, je fus assaillis par une foule de sensations tactiles –la douleur au bout de mon index gauche, le lourd miroir dans ma main, le sol sous mes pieds, les vêtements sur ma peau– et je… tombais.

Il faut dire qu’au bout de deux ans à flotter dans l’air, devoir se tenir sur ses jambes n’est pas évident. C’est ainsi que je me trouvais assise sur le plancher de la boutique, dans la zone praticable, essayant de comprendre ce qui m’arrivais. Bouger, respirer, vivre… j’en avais perdu l’habitude, mais en même temps cela revenait tout à fait naturellement. Inspirer, expirer… recommencer… Si simple.
Pourtant... pourtant je n’étais pas tout à fait moi. Je regardais avec stupéfaction ses jambes étendues ; je portais à ce visage que j’aurais voulu toucher plus souvent cette main que je rêvais de sentir sur ma peau, passais les doigts dans ses cheveux. Le miroir ovale pesant dans sa paume gauche me rappela à son bon souvenir, je le considérais avec angoisse ; Mii Soleyl avait bien dit qu’il y serait enfermé, pourrais-je l’y apercevoir? Mais la glace ne me renvoya rien. Pas même mon reflet. Son reflet. Un filet de sang coulait le long du cadre ouvragé. Une plaie qui ne cicatrisera pas tant que je serais dans son corps. Cela signifiait-il que toute blessure infligée quand je serais là ne pourra pas guérir? C’était bien ce qu’avait expliqué Mii Soleyl, non? Un corps habité par une âme défunte ne pouvait continuer de vivre.

Hésitante, je me relevais lentement, redécouvrant la fonction de chaque muscle. Bigre, je tenais debout. Je restais un instant immobile au milieu de la boutique, vacillante, essayant de m’habituer à cette enveloppe charnelle. Il avait une sacrément bonne vue. Là-bas, un grand miroir voilé de poussière. Je me dirigeais prudemment dans cette direction, essayant de mettre un pied devant l’autre correctement et de me souvenir que je pouvais renverser des objets désormais. Le capharnaüm ambiant n’était pas le plus approprié pour faire ses premiers pas. Ce que je devais sembler ridicule. Pauvre Jonathan.
J’arrivais malgré tout face à mon objectif et, malgré le voile de poussière et l’obscurité car je n’avais pas pensé à emporter la chandelle, le reflet que je découvris me laissa perplexe. Certes, c’était son corps. Mais… l’expression de stupéfaction sur son visage –le premier sentiment que je découvrais sur ses traits!– ne lui appartenait pas. Ce maintien ne lui appartenait pas. Et surtout, surtout, ce regard qui éclairait ses magnifiques iris n’était pas le sien. Bref, cet être dans le miroir n’était ni lui, ni moi.
Cette vue me devint rapidement insoutenable, je me détournais pour revenir tant bien que mal vers Mii Soleyl. Je pris prudemment appuies sur le comptoir. Le miroir ovale me gênait mais je refusais de le lâcher. Parce qu’Orphée s’y trouvait. Pour la première fois depuis mon décès je ne pouvais me trouver près de lui et alors que j’étais à l’intérieur même de sa peau, il me manquait terriblement.

Je relevais enfin la tête vers la propriétaire de la boutique, posant sur elle ces yeux habités d’un regard tristement commun. Je souhaitais lui parler, mais cela faisait si longtemps… et serait-ce un affront de plus à l’image de Jonathan déjà bien malmenée? Tant pis, essayons.
Ses lèvres acceptèrent de bouger pour formuler le message, mais il me fallut un deuxième essai afin d’y ajouter du son.

« Merci beaucoup, Mademoiselle Soleyl… »

Je n’avais pas fini ma phrase, mais entendre sa voix imprimer mes mots me surprit suffisamment pour me couper nette, même si je n’avais produit qu’un chuchotis. Reprenons. Un peu plus fort, un peu plus distinctement.  

« … Pour avoir pris en compte le fait que j’existais malgré mon trépas et pour m’avoir aidée. »


La première fois que je pouvais m’adresser réellement à quelqu’un. Quel bonheur que d’exister. Etait-ce ce que tu voulais me montrer Orphée, en utilisant le miroir? Tu l’as fait parce que j’avais peur, n’est-ce pas… ?
La propriétaire des lieux me regardait, et cela me troublait profondément. J’avais oublié ce que c’était que de sentir le regard de quelqu’un peser sur soi. Etre vue, entendue… tout cela était si loin. Je me pris à porter la main à sa joue pour vérifier que je ne rougissais pas. Etait-ce seulement possible de le faire rougir? J’étais curieuse de voir cela…
Trêve de distraction, j’avais une interlocutrice désormais ainsi que beaucoup de questions à poser. Commençons par l’essentiel. Ah, devoir mettre de l’ordre dans ses pensées pour être claire…
Relevant la tête vers Mii Soleyl, j’entrepris donc de la questionner.

« Est-ce douloureux pour lui? Est-ce effrayant de se trouver dans le miroir? Enfin, je ne pense pas que Jonathan ai peur de quoi que ce soit, mais tout de même… (je posais une main sur sa poitrine pour montrer que c’était lui, Jonathan, bien que Mii Soleyl s’en doutait certainement.) Vous parliez d’un prix à payer, était-ce simplement le fait de céder son enveloppe charnelle pour me permettre de revivre ou devra-t-il donner d’avantage? Puis-je payer à sa place, même si je n’ai plus grand-chose à offrir… ? »

Du calme Eurydice, du calme. Je devais lui laisser le temps de répondre au lieu de l’assommer d’interrogations. Aussi me sentis-je obligée de justifier mon angoisse :

« C’est que… je ne veux pas qu’Orphée souffre d’avantage… » murmurais-je en désignant encore une fois le corps que je possédais pour montrer que c’était lui aussi, Orphée.

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MessageSujet: Re: Transactions spectrales et nocturnes autour d'une chandelle [PV Jonathan]   Mar 28 Oct 2014 - 21:18
A la lumière de cette nouvelle flamme, Soleyl toujours plus penchée sur son comptoir, put observer le visiteur nocturne décider du choix à faire concernant l’objet désormais entre ses mains. A vrai dire elle n’observait que la surface de son enveloppe corporelle, toujours lisse et dépourvu de la moindre expression. La chenille devait définitivement se l’avouer à regret, elle ne pourrait percer les noires profondeurs que renfermait son client. Du même ton dénudé de sentiments, il répondit au long discours de Soleyl par ces quelques mots :

- C’est à Eurydice de décider.

Alors appliquant à la lettre les consignes d’utilisation de la Caterpillar, l’homme plongea son mystérieux regard dans le reflet du miroir. C’est qu’il avait du cran, vraiment intéressant. Mii ressentit toutefois, une légère réticence de la part de ce dernier, tandis qu’il accomplissait ce geste. Que pouvait-il lire à cet instant même, dans cette image que la surface lisse lui renvoyait ? La vendeuse aurait bien voulu le savoir, pourtant cet instant s’estompa si rapidement, que la chenille encore suspendue entre éveil et sommeil, crut qu’elle avait rêvé ce semblant de répulsion.
Du reste, elle observa d’un œil distrait, parfois amusé, le changement qui s’opéra de l’autre côté du comptoir. Sans doute en avait-elle assez vu pour ne pas ressentir plus d’émerveillement à ce spectacle, et en cet instant, Soleyl semblait trouver plus d’intérêt au vacillement irrégulier de la flamme de sa chandelle. Perdue entre éveil et sommeil, à quoi pouvait-elle songer en cet instant ? Impossible à déterminer, ses iris revenues bleue pâle étaient nus de toute expression.

La couleur de son regard retrouva sa teinte doré seulement quand le changement fut finalisé et que le fantôme put arracher des mots à son corps d’emprunt. Ils ne furent pas assurés, tout comme ses premiers pas, toutefois, Soleyl accepta sa gratitude avec le sourire ainsi qu’un bref hochement de tête. D’avantage de mèche sombre, coulèrent alors le long de ses épaules, pour finir en flaque noires sur le comptoir.
On voyait vraiment un changement dans le corps du jeune homme. Mii pensa avec ironie qu’il fallait qu’un fantôme vint habiter ce corps pour qu’il exprime d’avantage de vie.
Eurydice, puisque cette appellation convenait mieux pour le moment, se lança alors dans un enchainement d’interrogations à l’adresse de Soleyl. De nombreux mots retenus depuis trop longtemps par le silence impénétrable de la mort. Une parole nouvellement retrouvée dont elle gouttait avec joie alors que ces dernières phrases remontaient surement à des années, et avaient dû se perdre dans quelques évènements sanglants.
Tels étaient les pensées de la chenille, si toutefois elle n’avait rien perdu de ses connaissances mythologiques. Le prénom « Orphée » glissé dans le discours d’Eurydice, vint lui confirmer qu’en apparence elle ne se trompait pas. Du reste Soleyl entreprit de se redresser derrière son comptoir tout en prenant une longue inspiration pour répondre à la défunte. Contrairement à cette dernière, ses mots s’écoulaient à un rythme bien plus lent :

- Calmez vos craintes Eurydice, votre aimé n’a à souffrir d’aucune douleur ou peur…dans ce miroir.


La Caterpillar vit le rouge monter aux joues de son interlocuteur (ou interlocutrice comme vous préférez…c’est compliqué !). Cela lui arracha un petit rire, qu’elle étouffa derrière le fin tissu de son peignoir, qui recouvrait toute sa main tant il était grand. La situation était vraiment risible, de voir ce corps impassible, soudainement envahit par la gêne. Reprenant de la constance, Soleyl poursuivit :

- Enfin je n’y suis jamais allé moi-même, mais les connaissances de j’ai sur sa structure me permettent de qu’hormis les dangers dont je vous ai fait part précédemment, il ne risque rien.

Au moment où la Caterpillar émettait ces mots, une pensée lui vint à l’esprit : Et si l’on brisait le miroir ? Hum en voilà une question intéressante. Elle retint bien une minute de l’attention de la vendeuse, qui pour ne pas affoler Eurydice, ne la partagea pas, mais préféra s’imaginer les situations possibles en cas de casse. Ce genre d’absence était commun à Mii, qui pouvait focaliser son attention sur des choses plus ou moins futiles, plus ou moins sensées.
S’arrachant à ses réflexions, elle s’employa à répondre aux autres questions. Le ton un peu plus absent, comme si une part d’elle-même demeurait encore au plus profond de ses propres pensées.  

- Concernant le prix à payer, j’entendais les risques que je vous ai précédemment cités, ainsi que le prix du miroir en lui-même.


Un silence passa, brisé de temps en temps par le passage d’un insecte. Ce genre de bruit que seule la propriétaire pouvait entendre le plus souvent et qui suffisait à la distraire. Elle se reprit néanmoins :

- Je ne demanderais rien de bien compliqué. Plutôt que de l’argent cette fois, je demanderais un service. Il y a tant de chose à faire dans cette boutique…Tant de choses que je remets à plus tard…Notre ami Orphée pourrait en accomplir une qu’en dites-vous ?


Sans attendre de réponse, l’esprit de Soleyl s’employa tout entier à chercher que faire faire à un jeune homme visiblement plein de vigueur. C’est beau un homme qui travail…Elle se souvint alors, avoir marchandé le nettoyage de sa baignoire avec un de ses clients et d’avoir, à regret dû céder aux exigences de ce dernier. Le couple spectral de cette nuit semblait bien plus disposé à ce genre de tâche, aussi Mii n’hésita pas :

- J’ai justement en ma possession, une baignoire fort belle que j’aimerais utiliser. Malheureusement, ces derniers mois, elle a accueilli une créature aquatique qui après sa vente, a laissé son habitat temporaire dans un triste état. Orphée pourrait s’en charger, ce n’est pas quelque chose de bien compliqué si l’on sait frotter.

Elle marqua une pause et ajouta en souriant :

- Et n’ayez crainte, la créature n’était pas toxique, du moins je crois…

Un éclair de malice apparut sur le visage blanc de la vendeuse. Il s’accordait à merveille avec les lueurs que prodiguait la flamme de la bougie.

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MessageSujet: Re: Transactions spectrales et nocturnes autour d'une chandelle [PV Jonathan]   Sam 29 Nov 2014 - 21:46
L’aurais-je assommée avec mes questions?  La propriétaire de la boutique me parut absente, errant dans les limbes du sommeil, bien qu’elle réponde à mes remerciements d’un sourire accompagné d’un signe de tête.
Enfin, il est vrai que nous étions au milieu de la nuit ; si Jonathan semblait avoir perdu depuis longtemps toute notion de rythme nycthéméral, la pauvre Mii Soleyl en revanche devait souffrir de devoir tenir éveillée à une heure pareille.

« Calmez vos craintes Eurydice, votre aimé n’a à souffrir d’aucune douleur ou peur…dans ce miroir. »

Mon… aimé? Je sentis son visage devenir chaud, puis mon interlocutrice dissimula un rire derrière la manche de son peignoir de soie, lui donnant un air espiègle tout à fait charmant. Je portais la main à sa joue ; il semblerait que j’ai réussi à le faire rougir. Bel exploit. Il faudra absolument que je vois cela un jour. Quoique… si l’on se fiait à la réaction de Mii Soleyl, je devais surtout couvrir Jonathan de ridicule.

Et puis, quelle était cette pause à peine marquée avant la dernière partie de sa phrase ? Quelque chose d’autre que le miroir risquait de lui apporter peur et douleur? Arrêtez je vous en prie, il y a suffisamment de problèmes, n’en ajoutez pas…

« Enfin je n’y suis jamais allé moi-même, mais les connaissances de j’ai sur sa structure me permettent de qu’hormis les dangers dont je vous ai fait part précédemment, il ne risque rien. »

Voilà qui était rassurant. Je baissais les yeux vers le miroir que je tenais toujours dans la main gauche. Orphée était là, au creux de ma paume, en sécurité.
Par contre, son doigt saignait toujours, tachant l’artéfact et, plus embêtant, le comptoir sur lequel je m’appuyais pour me maintenir debout. Prudemment, je me redressais afin de me tenir correctement sur ses deux jambes pour pouvoir passer le miroir dans sa main droite et essuyer la trace de sang sur le bois d’un revers de manche comme un enfant prit en faute. Histoire de ne pas faire d’avantage de dégâts, en un réflexe tout aussi gamin, je portai l’index à sa bouche pour téter la blessure. Quelle ironie. Le sang était la dernière chose que j’avais senti sur mes lèvres le jour de mon décès et à présent, la première à laquelle je goûtai à nouveau. Devais-je réclamer un pansement? De plus, j’avais sali la manche de son manteau pour nettoyer le comptoir, allait-il m’en vouloir… ?

Mii Soleyl ne parut rien remarquer de mon manège, perdue dans ses pensées. Trop absorbée par ces considérations de vivante au sujet des taches de sang, j’avais à peine remarqué que le silence s’installait. Mon interlocutrice revint enfin dans le monde réel, du moins partiellement, toujours dissimulée dans cette autre dimension à la lisière de la nôtre. Maintenant que je le pouvais, j’avais vraiment envie de la toucher pour m’assurer de sa réalité. Ses beaux cheveux semblaient doux, c’était tentant…

«  Concernant le prix à payer, j’entendais les risques que je vous ai précédemment cités, ainsi que le prix du miroir en lui-même. »

Trêve de divagations, revenons au sujet le plus important. J’attendis le verdict sans un mot, me demandant si Mii Soleyl s’amusait à faire trainer son discours afin de ménager le suspense. Cela avait le mérite de fonctionner. L’inquiétude accéléra les battements de son cœur, j’eu l’impression d’être un mauvais machiniste qui détraquait maladroitement toute la mécanique parfaite de son organisme.  

« Je ne demanderais rien de bien compliqué. Plutôt que de l’argent cette fois, je demanderais un service. Il y a tant de chose à faire dans cette boutique…Tant de choses que je remets à plus tard…Notre ami Orphée pourrait en accomplir une qu’en dites-vous ? »

Un service? L’espace d’un instant, cela me parut dangereux, plus dangereux encore que de s’endetter auprès du pire malfrat de Queer Tales pour obtenir la somme nécessaire.  

« J’ai justement en ma possession, une baignoire fort belle que j’aimerais utiliser. Malheureusement, ces derniers mois, elle a accueilli une créature aquatique qui après sa vente, a laissé son habitat temporaire dans un triste état. Orphée pourrait s’en charger, ce n’est pas quelque chose de bien compliqué si l’on sait frotter. »


Elle se tu, le temps de me laisser évaluer la tâche. Un sourire apparu sur ses lèvres, un éclat malicieux dansa sur son visage comme la lueur de la chandelle.

«  Et n’ayez crainte, la créature n’était pas toxique, du moins je crois… »

Par pitié mademoiselle Soleyl, cessez de jouer avec mes nerfs…
Nettoyer une baignoire donc ? J’aurais aimé payer le prix à la place de Jonathan mais je devais me faire une raison, j’étais bien trop maladroite pour effectuer cette corvée. C’était heureusement sans danger, quoique je n’aie pas vu l’état de ladite baignoire…

Eh oh, un instant !
Je n’avais pas encore accepté le miroir de Grima, cette affaire de prix restait secondaire, une autre question accapara mon esprit : pouvais-je me permettre d’user encore de cet artefact?
Les yeux rivés sur la flamme de la chandelle, je cessai de suçoter le doigt blessé et tapotai pensivement ses dents du bout de l’ongle ; elles étaient parfaitement droites et lisses. J’avais oublié cette sensation… et que j’avais ce tic. Songeant que cela devait une fois encore lui donner un drôle d’air, je cessai rapidement. Le sang commençait à coaguler, la plaie ne saignait plus. Je cherchai les signes de nécrose, sans en trouver. Ce ne devait pas faire assez longtemps. Un instant… là, la peau ne serait-elle pas un peu plus sombre… ? Fichtre, à peine retrouvais-je une enveloppe charnelle que je devenais hypocondriaque. Je tournai les yeux vers Mii Soleyl, m’excusant d’un sourire confus. J’espérais qu’elle aurait la patience d’attendre que je prenne ma décision.  

Le choix me semblait si difficile… Bien sûr que de pouvoir interagir avec le monde extérieur, retrouver cette sensation de vie me plaisait, mais… il y avait trop de "mais".
Les dangers encourus par Orphée me dérangeaient en premier lieu; si je savais désormais qu’il ne risquait rien dans le miroir, il restait la nécrose, cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête. Je ne pouvais me permettre de mettre sa vie en danger. De plus, même s’il le dissimulait à merveille, je savais que cet engagement lui déplaisait. Il s’agissait de Jonathan, l’homme en perpétuelle vigilance, qui dort les yeux ouverts, qui se dissimule derrière un masque impassible ; il était tout de même question de me laisser investir son corps et de se retrouver enfermé dans un miroir, hors de conscience, impuissant. Je n’arrivais pas à croire qu’il accepte un tel sacrifice pour moi alors qu’il ne me rend pas mon amour. Comment pouvais-je lui faire endurer cela?

Surtout, si je voulais revivre, c’était pour être de nouveau avec lui… Pouvoir lui parler, lui dire tout ce que je tais depuis qu’il m’a sortie des Enfers, pouvoir me jeter dans ses bras, pouvoir plonger dans son regard fascinant. Je voulais exister à ses côtés. Or, je ne faisais que voler sa peau. Je n’arrivais pas à retirer de ma vision intérieure l’image de cet être hybride, à la fois lui et moi, ni lui ni moi, insoutenable.

Désespérée, je tendis la main vers la chandelle, rassurée de sentir cette douce chaleur. C’était agréable, je l’avais oublié aussi…
Cependant… il était possible lui écrire. C’était déjà beaucoup. Oui, lui écrire… J’en rêvais tant. Il choisissait lui-même quand utiliser le miroir ou non, je ne pouvais le forcer d’aucune manière. Quant à la nécrose, il me suffisait d’être prudente, très prudente.

Alors… s’il m’était offert de communiquer avec lui et de goûter à la chaleur d’une flamme, comment pouvais-je refuser l’artefact… ?
Cette semi-résurrection tenait déjà du miracle, je n’avais aucun droit d’en réclamer d’avantage. Quant à Jonathan… Si je refusais simplement parce que je m’inquiétais pour lui, il était très probable qu’il en soit attristé.

Tu te cherches des excuses Eurydice. Que tu es égoïste.
Je veux sentir la chaleur et le froid.
Je veux discuter avec des gens.
Je veux écrire à Orphée.
Je veux exister.
Je veux vivre…

Je pris une profonde inspiration avant de me tourner vers Mii Soleyl, me demandant si elle s’était rendormie durant ce temps de réflexion qui dû lui paraitre affreusement long. Mais non. Courageuse cette femme.

« J’accepte le marché. Merci beaucoup mademoiselle Soleyl. Merci. Puis-je écrire à Jonathan pour l’avertir de mon choix? Je lui rendrais son corps immédiatement après. »

Je récupérai le papier ainsi que la plume et l’encrier qu’Orphée avait déniché dans l’intention d’y noter qu’il allait emporter le jugement de Leia… avant de se faire prendre en flagrant délit.
En passant le miroir de Grima dans la main gauche, je compris pourquoi il avait songé à se piquer à cette main; il savait que j’étais droitière. Trempant la plume dans l’encrier, j’hésitais un instant. Cette lettre me semblait si difficile à débuter, je ne savais même pas comment le nommer ; Jonathan d’Orphée n’était pas son vrai nom, et je ne pouvais me permettre de l’appeler « mon amour », même si je l’ai souvent pensé… Tant pis, allons-y. Je couvris la feuille d’une écriture maladroite, à la fois ivre de bonheur de pouvoir enfin m’adresser à lui et atrocement déçue de ne pas avoir suffisamment de temps et de place sur ce bout de papier pour tout lui dire. Patience Eurydice, patience.

« A toi,
Merci. Pour tout ce que tu as fait pour moi et pour le sacrifice auquel tu consens encore aujourd’hui, mille fois merci.
Je vais accepter le miroir de Grima. Je te promets d’être prudente, pour rien au monde je ne te ferais courir le moindre risque. De plus, le prix à payer n’est pas trop élevé, il s’agit simplement de nettoyer une baignoire.
Par pitié, pardonne mon égoïsme, je sais parfaitement que cela te coûte, ne te force pas à l’utiliser trop souvent, je t’en conjure. Il s’agit de ta vie et de ton corps, je ne souhaite en aucun cas t’en déposséder. Malgré tout, je préfère te regarder vivre que de vivre à ta place ; je n’ai jamais imaginé mon avenir avorté sans ta présence, ni ce nouvel avenir infini et cristallisé. L’infini, pour un fantôme, est quelque chose de réel. Et mon infini, j’ai besoin de le passer avec toi.
J’attendrai patiemment de pouvoir t’écrire à nouveau. J’ai tant de choses à te dire.
Je t’aime.


Eurydice »


Voilà. Je serrais le papier dans sa main droite afin qu’il le trouve immédiatement en retrouvant son corps et relevais la tête vers Mii Soleyl, tentant de lui sourire convenablement.

« Merci pour tout. J’espère que nous aurons l’occasion de nous parler à nouveau, ce fut un plaisir de vous rencontrer. Et… »

Quelque chose me perturba soudain. Le maintien de mon interlocutrice, un détail indéfinissable… Vu à travers ses yeux, cela semblait évident.

« Vous êtes blessée… ! Je vous en prie, n’hésitez pas à demander à Jonathan, je suis sûre qu’il pourra vous aider. »


Il suffit Eurydice. Il est temps de repartir.
Je me piquais le doigt sur la pique du bas, comme convenu, puis observais la surface du miroir, qui ne me renvoya que ce regard triste de banalité.
Soudain, ce fut comme si un courant glacé me repoussait. J’eu froid, vraiment froid, puis cette sensation s’estompa pour laisser place à cet éternel vide de perceptions. Je voyais de nouveau… Orphée! Là, il était là. Je pivotai afin de voir son visage. Aucun signe de souffrance ni d’inquiétude. Quel soulagement de le revoir. En tout cas, lui n’était pas pitoyablement tombé en retrouvant son corps, mais il s’appuyait tout de même au comptoir ; il se redressa rapidement, pris conscience du papier qu’il serrait dans sa main.

Il prit connaissance du contenu de ma lettre, assez rapidement pour ne pas trop faire attendre la propriétaire des lieux, avec attention cependant. Tandis qu’il lisait mes mots, ni son visage ni son regard ne transcrivirent la moindre émotion réactionnelle. Dommage, j’aurais aimé avoir un vague avis sur son ressenti. Jonathan était revenu.
Lorsqu’il eut fini, il apporta un coin de la feuille à la flamme de la chandelle afin de la faire brûler, illuminant soudainement la boutique d’une source de lumière supplémentaire. J’en fus attristée, mais pas vexée ; bien sûr que j’aurais préféré qu’il la conserve précieusement, si possible dans une poche intérieure de son manteau tout contre son cœur, hélas cette lettre le concernait de trop près, je savais parfaitement qu’il faisait disparaitre tout ce qui se référait à lui, comme on efface les traces de pas que l’on laisse dans le sable.

Alors que les derniers restes de papier se consumaient entre ses doigts, il releva les yeux vers Mii Soleyl.

« Une baignoire à nettoyer… ? »


Jonathan attendit le dernier moment pour lâcher le papier enflammé qui s’éteignit avant de toucher le plancher de la boutique, ne laissant que quelques cendres éparses à peine visibles dans l’obscurité.



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Transactions spectrales et nocturnes autour d'une chandelle [PV Jonathan]

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